Cameroun – Loi des Finances 2016 : Edgard Alain Mbe Ngo’o recadre Jean Michel Nintcheu à l’Assemblée Nationale

Edgard Alain Mebe Ngo’o, ministre camerounais des transports | Photo d'archives
Edgard Alain Mebe Ngo’o, ministre camerounais des transports | Photo d’archives

L’affaire d’Air France et le Mint publié par Jeune Afrique a divisé les deux hommes lors de l’adoption du projet loi des Finances 2016.

Le projet de loi des Finances pour l’exercice 2016 est sur la table des Sénateurs depuis hier après-midi. Du moins, la mouture adoptée très tôt dimanche dernier à 2h 50 par l’Assemblée nationale est en train d’être réexaminée par la commission des finances et du budget du Sénat. Les membres du gouvernement défendent à nouveau l’enveloppe de leur département ministériel devant les Sénateurs de ladite commission. Une sorte de « remake ».

Toutefois, l’examen en plénière du projet de loi des Finances à l’Assemblée nationale a duré près de dix-sept heures d’horloge. A l’hémicycle de Ngoa Ekellé, l’assistance se lassait quelque peu. Le rapporteur général, Luc Koa, a procédé à une lecture près de huit heures du rapport produit par leur commission. En fait, la plénière consacrée à l’adoption du budget de l’Etat pour l’exercice 2016 s’est ouverte samedi dernier à 10 heures. Elle sera suspendue à 17 heures, le président de cette auguste chambre du Parlement se hâtait pour l’Aéroport international de Nsimalen. Il devait faire partir protocole d’Etat commis pour accueillir le chef de l’Etat de retour de la conférence pour le changement climatique de Paris (Cop 21).

Ainsi, les travaux ne reprendront à l’Assemblée nationale qu’après 19 heures par la discussion générale. Une étape au cours de laquelle vingt députés, parmi lesquels Jean Michel Nitcheu, par ailleurs vice-président du groupe parlementaire Sdf à l’Assemblée nationale, vont adresser leurs questions aux membres du gouvernement Yang III. En réalité, le député du parti de Ni John Fru Ndi, élu dans la région du Littoral, ne va pas louper l’occasion pour interroger Edgar Alain Mebe Ngo’o, ministre des Transports (Mint). Tout comme le ministre du Sport et de l’Education civique (Minsep) et le ministre de l’Eau et de l’Energie (Minee), représenté son homologue de l’Urbanisme et du Développement urbain (Minhdu).

Certes, cette étape participe au contrôle de l’action du gouvernement. Mais, l’échange entre Edgar Alain Mebe Ngo’o et le député du Sdf sur un fait divers à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle à Paris va défrayer la chronique au sein de cette chambre du Parlement. Une information « fausse », qui a fait l’objet d’un traitement du journal de Bechir Ben Yamed, Jeunes Afrique.

En effet, l’élu de la nation, dans le libellé de sa question, qualifiera le ministre des Transports de personnage « sulfureux et antipatriote » pour avoir emprunté Air France. Et d’ajouter : « L’exemple vaut plus que la leçon ». Des propos qui n’ont pas laissé indifférents le reste de la représentation nationale, qui s’est illustrée par un brouhaha en signe de protestation. Même dans le box réservé aux membres du gouvernement, le ministre de la Communication assis près d’Edgar Alain Mebe Ngo’o n’a eu de cesse de susurrer quelques mots de solidarité au Mint. Devant ce spectacle, Mebe Ngo’o, stoïque, restera de marbre. En revanche, sa réplique sera proportionnelle à l’attaque. Toutefois, sa réponse engendrera de l’émotion. Dans un silence de parquet, il va rétablir la vérité sur cette affaire publiée par Jeune Afrique : « Cette histoire n’est pas vraie, une délégation d’Air France est venue s’excuser dans mon cabinet. En plus, honorable, vous avez soutenu ces accusations et avez eu la faiblesse de me traiter de personnage sulfureux et antipatriote. Avec tout le respect que je vous dois, votre réaction m’inspire un triple sentiment d’injustice, de désapprobation et de frustration ». Le ministre de la Communication, se présentant comme porte-parole du gouvernement va revenir sur les minutes de cette affaire.

Source : © Mutations : Pascal Dibamou

La réaction de Mebe Ngo’o à Nintcheu

Honorable, votre interpellation relève d’un fait divers et ne devait pas être traité ici. Par respect pour la représentation nationale, je vais répondre. Vous faites allusion à l’article de Jeune Afrique qui a révélé que j’ai bloqué un avion d’Air France à Paris, laquelle révèle qu’après avoir tempêté à tue-tête, il a fallu l’intervention du commandant de bord dudit avion qui a permis de me ramener à l’ordre. L’article se conclut en disant qu’en tant que ministre des Transports, j’aurai pu voyager par Camer-co. Et d’ajouter que j’ai l’habitude de me presser pour donner l’exemple. En plus d’avoir soutenu ces accusations, honorable, vous avez eu la faiblesse de me traiter de personnage sulfureux et antipatriote. Avec tout le respect que je vous dois, honorable, votre intervention m’inspire un triple sentiment d’injustice, de désapprobation et de frustration. Injustice parce que vous n’avez pas pris la peine de recouper. Dans l’administration, lorsque vous devez sanctionner un collaborateur, vous lui donnez une demande d’explication. Dans la politique, tous les députés ici soutiennent mordicus le droit de la défense. Mais vous m’avez condamné de manière unilatérale. J’ai un sentiment de désapprobation. Honorables députés, je ne suis pas un personnage sulfureux. Je ne suis pas un délinquant.

Je ne suis pas un personnage antipatriote. Je laisse le soin à chacun d’entre vous de se livrer à une introspection et chacun peut arriver à la conclusion de savoir si je suis sulfureux, antipatriote et délinquant. Honorable Nintcheu, si j’étais à votre place, je demanderai pardon. Je vous accorde mon pardon, parce que j’ai la certitude que quand vous vous êtes exprimé, vous n’avez pas mesuré la gravité de vos déclarations. Alors, tout ce que je peux vous dire c’est que ce qui s’est dit dans ce journal se situe aux antipodes de la vérité. Effectivement, je me suis retrouvé à l’aéroport de Paris, en provenance du Brésil, où le chef de l’Etat m’avait dépêché en mission. Je devais voyager le 23 octobre, en première classe. Au moment de l’embarquement, j’avais comme compagnon de voyage le Dgsn et le général de brigade Mahamad Admed. Lorsque nous accédons à bord, on nous annonce que l’avion ne dispose pas de première classe. Nous nous sommes mis à la disposition de l’équipage. Le Dgsn a été installé à la première cabine de la Business. Quant à moi, j’ai été conduit dans la deuxième cabine, qui est en fait la classe affaires prémium. J’ai été installé au dernier siège de la Premium. Avec beaucoup de courtoisie, j’ai appelé une hôtesse pour lui poser mon problème. Et la dame de me répondre qu’il n’y avait pas d’autres solutions. J’ai alors pris place. Je dois, à l’honnêteté reconnaître que l’équipage s’est très bien occupé de nous jusqu’à Yaoundé. Vous ne le savez peut-être pas, Air France a démenti cette information. Et, une délégation de cette compagnie au Cameroun est venue me présenter ses excuses dans mon cabinet.

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