Cameroun : Le financement innovant pourrait aider à pallier la baisse des recettes pétrolières consacrées au financement des infrastructures

Le financement innovant pourrait aider à pallier la baisse des recettes pétrolières consacrées au financement des infrastructures | DR
Le financement innovant pourrait aider à pallier la baisse des recettes pétrolières consacrées au financement des infrastructures | DR

Le Cameroun, richement doté en ressources naturelles, comme le pétrole et le gaz en particulier, a vu ses activités économiques domestiques affectées par la chute des cours du pétrole, cette ressource représentant environ 20% des recettes totales du pays, et près de 45% de ses exportations. Dans ce contexte, vu la baisse des recettes pétrolières, le Cameroun, à l’instar d’autres pays, se retrouve dans l’obligation de mobiliser des financements extérieurs pour financer ses importants projets d’infrastructure.

Les financements extérieurs mobilisés pour financer les projets d’infrastructure ont entraîné une hausse de la dette publique du Cameroun, qui représentait 26,7% du PIB à la fin de l’année 2015, contre 22,9% en 2014. Selon la dernière analyse du niveau d’endettement acceptable, réalisée par le FMI et la Banque mondiale, le Cameroun présentait un risque élevé de surendettement extérieur en 2015, alors que ce risque n’était que modéré en 2014.

C’est ainsi qu’au début de l’année 2016, Christine Lagarde, la patronne du FMI, et les ministres de l’Économie et des Finances de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) ont tenu une table ronde à Yaoundé afin d’aborder la problématique du financement des infrastructures dans un contexte de forte baisse des cours du pétrole et des recettes budgétaires des pays exportateurs.

Christine Lagarde a souligné que la réalisation continue de grands programmes d’infrastructure a mis en évidence des tensions budgétaires, dont un déficit budgétaire combiné de la CEMAC, qui, selon les estimations, se serait creusé à 6,5% du PIB en 2015. Dans cette perspective, pour assurer une croissance forte et inclusive au sein de la CEMAC, Christine Lagarde a préconisé que les politiques nécessaires soient structurées autour de trois priorités : dépenser mieux ; percevoir davantage ; et mobiliser la région dans son propre intérêt.

Concernant la deuxième priorité, à savoir percevoir davantage, Christine Lagarde a proposé de mieux mobiliser les ressources intérieures pour atténuer les tensions budgétaires, en allant au-delà du niveau indicatif régional de 17% du PIB. On peut y arriver, a-t-elle souligné, « en réduisant l’utilisation généralisée des exonérations fiscales et douanières discrétionnaires dans la région, et en améliorant la coordination et la coopération intergouvernementales en matière de politique fiscale ». Pour relever les défis auxquels les pays de la CEMAC font face, le ministre du Plan et de l’Intégration du Congo, Léon Raphaël Mokoko, le porte-parole des autorités de la CEMAC, affirme que ces pays doivent mettre l’accent sur la diversification des sources de croissance hors pétrole.

À cet égard, les solutions comme celles proposées par la société Global Voice Group, spécialiste dans l’assurance-revenu, permettent l’élargissement de l’assiette fiscale ̶ à travers une fiscalisation optimale du secteur informel ̶ et la rationalisation des régimes fiscaux incitatifs, ainsi que la sécurisation des recettes fiscales, dont il est notamment question pour le Cameroun. De telles solutions auraient pu être envisagées comme une piste de solution viable lors de cette table ronde de haut niveau. En effet, elles consistent essentiellement à aider bon nombre de pays à générer des sources de revenus additionnelles en leur permettant de monétiser des services tels que les appels téléphoniques internationaux, l’argent mobile ̶  Global Voice Group est la première société à avoir déployé une solution de monitoring de l’argent mobile, en Tanzanie ̶ et les transferts d’argent (e-remittances). La méthode est relativement simple : il s’agit de prélever une micro-contribution sur chaque transaction correspondante.

Au Cameroun, où un important trafic d’appels internationaux converge chaque année, les solutions évoquées ci-dessus pourraient renflouer les caisses avec des capitaux frais, sans que le pays soit obligé d’avoir recours aux financements extérieurs. À titre d’exemple, en 2015, le volume des appels internationaux entrant au Cameroun tournait autour de 650 millions de minutes, ce qui, pour une micro-contribution de 5 centimes de dollar américain par minute, pourrait générer 32.5 millions de dollars sur l’année. Parallèlement, pour la même période, le volume des appels internationaux sortants atteignait 255 millions de minutes, ce qui, selon les calculs, pourrait générer 5.1 millions de dollars par an, grâce à une micro-contribution de 2 centimes de dollar la minute.

Même si les solutions comme celles de Global Voice Group n’ont été évoquées à aucun moment lors de la table ronde, elles sont à même, de par leurs caractéristiques (zéro endettement, par exemple), de répondre aux différentes questions, dont l’épineuse question du financement, qui ont été soulevées par le ministre camerounais des Finances, Alamine Ousmane Mey : « Les ressources propres sont-elles à même d’assurer la couverture de ces dépenses d’investissements ? Assurément non. L’accès aux ressources concessionnelles est-il suffisant ? Point du tout. Le recours aux marchés des capitaux est-il la solution ? Les conditions ont bien changé. Le financement monétaire est-il la solution alternative ? À court terme, dans une certaine mesure », sont, entres autres, les questions que le haut fonctionnaire camerounais s’est évertué à mettre sur le tapis.

Par ailleurs, à l’instar d’autres pays de la région subsaharienne qui profitent pleinement des solutions comme celles de Global Voice Group en générant des ressources additionnelles pour financer leurs projets de développement, le Cameroun, pour en faire autant, devrait d’abord enrayer la fraude SIM-Box, qui est endémique et représente une menace pour la sécurité nationale. L’année dernière, au Cameroun, près de 60 millions de minutes de trafic international ont été détournées par des fraudeurs via des SIM-Box. Il s’agit là d’un dispositif permettant de contourner la voie normale des appels internationaux entrants, ces appels étant transformés en appels locaux et facturés comme tels. D’après un rapport publié en 2013 par la « Communications Fraud Control Association », la fraude à la SIM-Box ferait perdre environ 3 milliards de dollars chaque année aux opérateurs de téléphonie mobile dans le monde.

Par Joseph Narcisse