Cameroun – Fin de parcours : l’inhumation de Marthe Ouandié boycottée

Obsèques de Marthe Ouamdié | © LNE/DR
Obsèques de Marthe Ouamdié | © LNE/DR

Les autorités administratives, politiques et traditionnelles, n’ont pas assisté à l’inhumation de l’épouse du héros national Ernest Ouandié, samedi 14 mai dernier, à Bafoussam.

Décédée le 15 avril 2016 à l’âge de 87 ans, Marthe Eding, épouse Ouandié, repose depuis samedi 14 mai 2016, au quartier Kouogouo à Bafoussam. Loin d’être fortuit, son enterrement dans cette ville, ont précisé les proches de la défunte, est en effet conforme à l’une de ses dernières volontés. Pendant ses derniers jours sur terre, a-t-on appris, Marthe Eding avait clairement fait part de son désir d’être inhumée sur la terre où l’avait précédé son époux le 15 janvier 1971, après avoir été publiquement criblé de balles par les forces néocoloniales. Après avoir porté en terre Marthe Ouandié, les personnes présentes, en procession, avec en tête de file ses quatre enfants, sont allées déposer des gerbes de fleurs sur la tombe d’Ernest Ouandié.

Boycott des autorités politiques, administratives et traditionnelles

Les chapiteaux dressés pour accueillir les autorités administratives et traditionnelles sont restés désespérément vides pendant la cérémonie d’adieu à Marthe Ouandié. C’est vers la fin qu’ils ont été pris d’assaut par des badauds du quartier Kouogouo. Seul le chef du village Badoumla, dans le département du Haut-Nkam qui a des liens de parenté avec Ernest Ouandié, était présent. Outre les autorités administratives et traditionnelles, celles politiques, du pouvoir comme de l’opposition, y compris les cadres de l’Union des populations du Cameroun (Upc) n’ont daigné sacrifier de leur temps pour accompagner dans sa dernière demeure, une femme dont les historiens renseignent qu’elle a sacrifié sa jeunesse et sa vie pour la libération du Cameroun. Les valeurs qu’elle incarnait et les idéaux qu’elle défendait, ont d’ailleurs été exalté pendant les témoignages. Il en ressort que Marthe Ouandié « l’incarnation vivante des valeurs de patriotisme, d’intégrité, de nationalisme… ». Mieux, pour elle, laisse-t-on entendre, rien n’était supérieur à son pays le Cameroun. C’est pourquoi justifie-t-on, elle avait abandonné contre son gré, ses enfants lorsqu’elle menait ses luttes pour la libération totale du Cameroun. Philipe Ouandié, fils ainé du couple Ouandié a confié qu’il n’a réellement vu sa mère que lorsqu’il avait l’âge de 30 ans. En effet sous le coup des persécutions, Marthe Ouandié avait été contrainte à l’exile en 1957. Et ne retournera au Cameroun qu’en 2000 après l’acte du Chef de l’Etat qui faisait de certains combattants de la lutte pour l’indépendance du Cameroun, « héros national », dont Ernest Ouandié. Dans son témoignage, Mathieu Djassep, secrétaire particulier de Ernest Ouandié, a indiqué, que Marthe, à côté de ce dernier, était bien plus qu’une épouse.  « Marthe n’était pas seulement une épouse du camarade Ernest, elle était une grande fidèle de la lutte pour la libération du Cameroun.


Parce qu’elle fut l’une des premières femmes militantes de l’Upc qui revendiquait l’indépendance du Cameroun », a témoigné l’ancien secrétaire particulier d’Ernest Ouandié. Pour lui, les combats que cette femme a menés avec son mari, méritent mieux qu’une simple reconnaissance de « Héros national ». Il trouve d’ailleurs aberrant qu’aucun monument n’ait été jusque-là été érigé et qu’aucune rue, ne porte les noms de ceux-là qui ont versé de leur sang pour permettre au Cameroun d’accéder à l’indépendance.

Source : © La Nouvelle Expression

Par Vivien Tonfack

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