Cameroun – Faillite bancaire : Un repreneur pour sauver le Crédit mutuel

A l’instar de Comeci, le Crédit mutuel est aujourd’hui sous les feux de la rampe | © CIN
A l’instar de Comeci, le Crédit mutuel est aujourd’hui sous les feux de la rampe | © CIN

C’est l’une des portes de sorties qui s’offrent à l’EMF pour ne pas faire définitivement faillite. Solution improbable d’après certains spécialistes en microfinance.

A l’instar de Comeci, le Crédit mutuel est aujourd’hui sous les feux de la rampe. Et pour cause, l’entreprise traverse depuis quelques mois des difficultés dues aux fortes tensions de trésorerie. Une situation qui a causé la fermeture de plusieurs agences de l’EMF à travers le territoire national depuis plus de deux mois. Les responsables de l’EMF en difficulté n’ont pas souhaité se prononcer sur cette situation de manière officielle jusqu’à ce jour. Toutefois, des informations glanées auprès de certains responsables de cette structure, l’on apprend que la fermeture de l’EMF n’est pas définitive.

« L’EMF est actuellement fermé, non pas parce que l’entreprise a fait banqueroute, mais, juste parce que les dirigeants veulent à tout prix éviter les agressions des épargnants, qui, après avoir été informés de la situation de crise actuelle, ont tôt fait de se précipiter dans les agences », affirme l’un des responsables de cette structure. « Avant de fermer les portes, les visites des clients venants régulièrement pour les retraits étaient de plus en plus pressantes. En deux mois, près de 1,5 milliards de FCFA ont été décaissés pour satisfaire les épargnants. Ce qui a vidé les caisses de l’EMF, car, on décaissait sans aucune entrée significative. De ce fait, il n’y avait pas assez d’argent dans les caisses pour satisfaire tout le monde. Nous avons donc préféré fermer les portes en attendant que les créanciers de l’EMF viennent rembourser afin de nous permettre de reprendre nos activités », poursuit-il.

Repreneur

Cependant, malgré cette situation de crise que traverse cet établissement de microfinance de première catégorie, ses responsables ne semblent pas désespérés malgré la situation difficile. Aujourd’hui, apprend-on, ces responsables sont en train de prendre des mesures afin que l’EMF ouvre à nouveau ses portes. En ce moment par exemple, certains créanciers de la microfinance saisis ont commencé à rembourser ce qu’ils doivent, apprend-on. L’autre solution qui pourrait être envisagée par la microfinance est celle d’un repreneur.

Une solution que les responsables sont en train d’examiner actuellement afin de trouver si possible dans les mois à venir une structure qui reprenne le Crédit mutuel. Le repreneur d’entreprise est une personne physique ou morale qui achète tout ou une partie du capital d’une entreprise existante, tout en assurant l’amortissement du passif et la sauvegarde de tout ou une partie des emplois. La reprise de l’entreprise consiste à assurer sa gestion.

Toutefois, pour plusieurs spécialistes de la microfinance, il n’est pas probable que la structure soit reprise en l’état actuel des choses. Pour des experts en microfinance comme David Kengne, il est difficile que le Crédit mutuel soit repris en ce moment. Ce d’autant plus que l’entreprise a fermé ses portes. « Dans le secteur bancaire, quand tu fermes les portes pour un seul jour, il est difficile de compter les pertes que ça peut causer », assure David Kengne. Pour lui, le Crédit mutuel est aujourd’hui au rouge, et il est plus facile pour une entreprise d’être reprise quand elle n’a pas encore atteint ce niveau.

Action

Toutefois, certains experts du secteur soulignent que rien n’est perdu pour autant. « Face à une forte tension de trésorerie, deux actions doivent être faites au plus vite. D’abord, le recouvrement des crédits en impayés et l’injection de l’argent frais par les administrateurs qui ne peuvent pas être étrangers à la banqueroute de la société. Il n’y a pas de troisième issue car les établissements de microfinance n’ont pas accès au refinancement de la banque centrale comme les banques commerciales classiques. Donc, la solution se trouve entre les mains des administrateurs d’abord et ensuite entre celles des membres qui vont chacun y laissé des plumes. Tous ayant failli », explique David Kengne.

A l’en croire, Ce qui va arriver dans les semaines qui viennent, c’est que le ministère des Finances va demander à la COBAC de dépêcher une équipe sur place pour évaluer la situation financière du Crédit Mutuel. Après sa mission, la COBAC peut, soit demander au Minfi de placer le Crédit Mutuel sous administration provisoire et désigner un administrateur provisoire ou demander au ministre des Finances de déclarer la faillite de l’institution et dans ce cas, elle désignera un liquidateur bancaire qui va vendre les actifs pour rembourser les épargnants.

« Ce dernier cas n’est pas à souhaiter. Car, s’il survient, tout le monde y laisse des plumes », averti un banquier. Pour qu’il ne survienne pas, les administrateurs et les membres doivent mouiller le maillot, apprend-on. Le Crédit Mutuel S.A est un établissement de microfinance qui est né au cours des années 1997 sur la forme de société coopérative. Quelques années plus tard, elle devient une société anonyme avec conseil d’administration en même temps qu’un établissement de microfinance de deuxième catégorie avec un capital de 300 millions de FCFA. Aujourd’hui, la structure a fermé ses portes et les nombreux épargnants de cette microfinance ne souhaitent qu’une chose, le remboursement de leurs épargnes.

Source : © Le Quotidien De L’économie

Par Sandrine Gaingne

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