Cameroun – Extrême Nord : Quand la menace Boko Haram plombe les activités économiques

Le marché de Maroua | © CAMERPOST / Anne Mireille Nzouankeu
Le marché de Maroua | © CAMERPOST / Anne Mireille Nzouankeu

Bertin Mvring est tenancier d’une petite échoppe à Mora, non loin de la frontière entre le Cameroun et le Nigeria. C’est le genre d’échoppe dans laquelle on trouve un peu de tout : des conserves, de la boisson, la nourriture, des produits de beauté, en passant par les médicaments, quelques vêtements et même des produits pétroliers. Cette semaine, son échoppe restera vide. « Je m’approvisionne au marché périodique et il n’y en aura pas puisque ces marchés ont été fermés », explique Mvring à CAMERPOST.

En fait, des marchés périodiques ont été « provisoirement fermés » la semaine dernière par décision de Mindjiyawa Bakary, le gouverneur de la région de l’Extrême Nord. Ces marchés sont des regroupements qui ont lieu une ou deux fois par semaine et qui se présentent comme de grands regroupements d’affaires. Les gens viennent de loin pour y vendre et acheter.

La décision de la fermeture a été prise à la suite des multiples attentats suicides perpétrés dans les marchés de la région. Ces attentats sont à l’heure actuelle non revendiqués, mais attribués aux membres du groupe rebaptisé « Province Ouest africaine de l’Etat islamique », mais plus connu sous l’appellation Boko Haram.  Si la décision est compréhensible au plan sécuritaire, elle cause cependant le désarroi des populations locales dont les revenus dépendent de ces marchés.

Pour Habakar Bouba un commerçant dont l’activité économique tourne autour du commerce transfrontalier entre le Cameroun et le Nigeria par exemple, c’est « une grosse perte », selon ses propos. « Je vais acheter des marchandises au Nigeria et je les revends au Cameroun. C’est un bon commerce que je fais depuis plus de 10 ans », indique Habakar Bouba, joint par CAMERPOST.

Jusque-là plutôt prospère, Habakar passe désormais ses journées à se plaindre. « Le transport des marchandises est devenu cher. Trop de bandits en route. Les agressions se multiplient. Les recettes ont même déjà commencé à baisser mais on s’en sort encore tant que le marché est ouvert », dit-il. La fermeture des marchés périodiques n’arrange donc pas ses affaires, ni celles des autres commerçants, car c’est au marché que les détaillants et les ménages viennent approvisionner leur stock.

Plaque tournante des échanges économiques, le marché périodique est aussi le lieu où les petits agriculteurs viennent vendre leur production pour se faire un peu d’argent.  « Moi je cultive le mil. Je vends une partie de ma production pour acheter la viande, la tomate et les autres ingrédients.  On avait déjà interdit le commerce ambulant. Qu’est-ce que je vais manger maintenant que le marché est fermé », se plaint une ménagère. Le gouverneur de l’Extrême Nord a précisé que ces marchés seront progressivement rouverts, une fois qu’ils seront sécurisés, mais sans donner de délai précis.

© CAMERPOST par Anne-Mireille Nzouankeu

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