Cameroun – Exportation du bois : Green Peace et les pouvoirs publics à couteaux tirés

Exploitation du bois dans une forêt camerounaise, en octobre 2007 | Delphine Ramond / © AFP
Exploitation du bois dans une forêt camerounaise, en octobre 2007 | Delphine Ramond / © AFP

Au centre de cette discorde un dossier commis par Green Peace sur l’exportation du bois camerounais en Europe.

Le ciel semble orageux entre le ministère des Forêts et de la Faune et l’ONG Grean Peace. Et pour cause, en quelques jours, ces deux entités se sont illustrées par des sorties épistolaires. Tout est parti d’un rapport accablant, publié par Green Peace et dans lequel cette ONG dénonce les activités menées par  la compagnie de commerce et de transport (CCT) au Cameroun. Green Peace fustige en effet les connexions de cette compagnie avec 10 sociétés d’exploitation forestière qui évoluerait en marge de la légalité. Ce rapport stigmatise aussi le manque de volonté politique des autorités camerounaises pour mettre un terme à l’exploitation illégale des essences forestières. Une situation qui de l’avis de cette ONG met à rude épreuve le principe de la diligence raisonnée du règlement bois de l’Union Européenne, disposition transitoire avant l’émission des premières autorisations FLEGT, qui astreint tout exportateur de bois à l’obligation de prouver, par tous les moyens, l’origine de sa cargaison. Des accusations qui ont suscité une sortie du ministre des Forêts et de la Faune. Dans un communiqué, Ngole Philip Ngwesse souligne que ces allégations qui sont un assemblage de stéréotypes émis au seul dessein de nuire, sont en porte à faux avec la photographie réelle actuelle du secteur forestier au Cameroun. Ce dernier indique par ailleurs que depuis 1990, des évolutions notables ont été enregistrées dans le secteur forestier au Cameroun avec notamment, le remplacement du système du gré à gré par celui de l’appel d’offre. Le ministre des Forêts et de la Faune, affirme d’ailleurs percevoir derrière cet activisme débordant de nombreux acteurs éparpillés à travers le monde de sombre dessein connu de tous. Raison pour laquelle « le gouvernement ne peut pas comme le fait Green Peace et les autres ONG, faire le jeu de ceux qui militent pour le bannissement total des bois issus des forêts primaires et compromettre ainsi les intérêts économiques vitaux liés à ce secteur », peut-on lire dans son communiqué.

Sauf que cette sortie du ministre des Forêts et de la Faune ne convainc pas grand monde, ce d’autant plus que depuis de nombreuses années, plusieurs ONG internationales et même nationales n’ont de cesse de fustiger la coupe illégale du bois et surtout les trafics de toutes sortes qui entourent ce secteur d’activité au Cameroun. C’est le cas par exemple de l’Association camerounaise pour la protection de l’arbre (OCPA), dont le président national Claude Bitangou est monté plusieurs fois au créneau pour dénoncer  la coupe anarchique et illégale du bois et attiré l’attention des pouvoirs publics sur les effets pervers de ces pratiques. Une préoccupation d’ailleurs confortée par un rapport des experts de l’ONG Chatham House, publié en janvier 2015 et qui fait ressortir qu’au Cameroun, la production réelle du bois pourrait s’élever au double des estimations officielles. Selon cette étude, la gestion qui a cours dans cette filière a fait le lit de l’exploitation illégale des essences du pays.

© CAMERPOST par Joyce Nzoukou (Stagiaire)