Cameroun – Evictions : Mouvement d’humeur des populations de l’axe-lourd Bépanda

Querelles autour des terres | Photo d'illustration
Querelles autour des terres | Photo d’illustration

Les populations du quartier Axe-lourd Bépanda sont descendues dans la rue pour protester contre les démolitions annoncées sous peu.

Les yeux rouges de colère. Les mines moroses. Les visages froissés. Ainsi peut-on décrire les habitants de la localité Axe-lourd Bépanda qui ont barricadé la voie publique lundi 25 janvier 2016 et qui continuent de manifester leur mécontentement ce mardi 26 janvier 2016 dans la cité économique. Pancartes à la main, ils disent : « non aux casses ». Des croix de Saint André viennent de nouveau d’être apposées sur leurs domiciles. Signe qu’ils doivent chercher refuge ailleurs. « Nous avons été prévenus de ce que nous devons quitter les lieux au motif de la construction des routes. Seulement, rien n’a été dit sur la question des indemnisations et du recasement », avancent les riverains. Ils enchaînent : « ce n’est pas la première fois que les casses ont cours ici au prolongement Nord du Boulevard de la République. Il y a deux ans, la plupart d’entre nous étaient victimes des évictions. Nous croyions alors être épargnés, mais grande est notre surprise à la vue des croix rouges de St André ». Malgré la présence sur les lieux des éléments du Commissariat du 9ème arrondissement, la tension n’a pas baissé d’un cran, a remarqué CAMERPOST.

Ces démolitions qui vont être effectives dans quelques jours, interviennent dans un contexte où voilà bientôt 30 ans que plus de 908 familles autres (environ 5 448 personnes) vivant dans les quartiers Bonateki, Bonabassem et Axe lourd Bepanda, avaient été expropriées en 1986, dans le cadre du projet de viabilisation de la ville de Douala. Constatant que rien n’était fait pour que les familles victimes rentrent dans leurs droits, en date du 29 Novembre 1999, les représentants des populations évincées de ces quartiers avaient interpellé le Premier Ministre, Chef du Gouvernement. Celui-ci par correspondance du 22 Mars 2000, avait à son tour saisi le Ministre de l’urbanisme et de l’habitat à ce sujet. Malheureusement rien n’est toujours fait.

Les populations qui se plaignent en ce moment, s’ajoutent donc aux 908 familles supra qui ont presque perdu espoir, à cause de la longue attente, de leurs recasements et indemnisations.  Interrogé par CAMERPOST sur ce énième cas d’évictions dans la ville de Douala, Armand Nouwe, Chef Projet « Eviction » au Codas Caritas Douala soutient : « nous souhaitons que les victimes rentrent dans leurs droits. Il est nécessaire de revenir à l’ancienne forme, où l’occupation des terres était valorisée ». Celle-là favorisait l’intégration et encourageait l’effort. « Le Camerounais était partout chez lui et se sentait à l’aise. Depuis que l’accent est mis sur le fait que : être propriétaire c’est détenir un titre foncier, les problèmes se sont installés dans les communautés, qui vivaient jusque-là paisiblement », argue l’acteur de la société civile.

© CAMERPOST par Linda Mbiapa