Cameroun – Eric Ngongang : Le cœur au bout du guidon – 13/09/2014

Plus connu sous le pseudonyme de « transporteur », ce quadragénaire a fait du pousse-pousse une profession depuis une quinzaine d’années.

Un pousseur - Photo d'illustration.
Un pousseur – Photo d’illustration.

« Transporteur ». Ainsi se surnomme-t-il. Rencontré au marché Sandaga à Douala, il est pousseur depuis 17 ans déjà. Dans les marchés comme dans son quartier, sa popularité frise presque du fanatisme. « Si quelqu’un vous dit qu’il ne le connait pas, c’est qu’il est certainement nouveau ici », nous lance cette bayam-sellam. A 47 ans révolus, Eric Ngongang se souvient comme si c’était hier de cette fameuse année 1997 où il se voit contrait d’abandonner la mécanique pour des raisons financières et conjugales pour se consacrer au pousse-pousse. « J’étais spécialisé en recharge de batterie automobile. A cette époque, je venais juste de me marier. J’ai fait des enfants. J’avais donc des bouches à nourrir. Ma vie socioprofessionnelle en a pris un coup. J’ai abandonné la mécanique et je me suis consacré au pousse-pousse pour survivre avec ma famille et envoyer mes enfants à l’école », explique-t-il. Après tout ce temps, peux-tu encore des notions en mécanique ? « (Soupir) Quelques bribes très floues. Quand mon pousse à un souci, en dehors de la soudure par exemple, je le dépanne tout seul. C’est un avantage de cette mécanique », répond le transporteur.

Comme son collègue surnommé « coiffeur » rencontré quelques années plus-tôt à Yaoundé, « transporteur » louait le pousse-pousse au début de cette activité à 500 Fcfa la journée avant de s’offrir les siens. Vêtu d’une vieille chemisette qui a perdu sa couleur au fil du temps et d’une sandale presqu’en lambeaux, « transporteur » a subi les affres du soleil et de la pluie pour nourrir sa petite famille (trois garçons et deux filles). Il sort de bonne heure, entre 6h et 7h, pour ne revenir que le soir aux environs de 18h certaines fois. Humilité, patience et disponibilité sont en substance les maîtres mots qui ont contribué à ce qu’on ne parle que du bien de lui : « C’est un pousseur respectueux, toujours concentré sur son travail. Il nous sert d’ailleurs d’exemple », témoigne un de ses jeunes collègues. Infatigable, il transporte à longueur de journées, vivres frais, planches, les sacs de sues, de ciment, de la ferrailles… achetés par des clients. Le montant du service varie en fonction du chargement et de la distance à parcourir. Il indique qu’il y a « des chargements de 300 Fcfa et certains vont jusqu’à 1.000 Fcfa ». Néanmoins, il déplore la malhonnêteté, le mépris et les caprices de certains clients. Malgré tout ceci, Transporteur reste égal à lui-même. Car, souligne-t-il, « 17 ans de travail n’est pas 17 jours. J’en ai connu pire que je ne veux pas évoquer ici. Pour quelqu’un comme moi, il faut juste garder un moral d’acier, savoir supporter les calomnies et la médisance de votre entourage. Il faut juste faire son travail et rien que son travail ».

C’est sans regret qu’il évoque son départ de Ouest natal pour venir se « chercher » dans la capitale économique. Il a fait tour à tour du petit commerce, des petits métiers comme manœuvre dans les chantiers avant de jeter finalement son dévolu sur cet engin à deux roues. Transporteur a déjà changé à plusieurs reprises son engin et en loue aussi. Son revenu mensuel est estimé à 75.000 Fcfa. Ce qui lui permet de dire que le pousse-pousse nourrit son homme. Malgré cela, Eric serait prêt à « effectuer un autre travail plusieurs juteux si je venais à en trouver », lance-t-il avant de se diriger vers un client qui vient de lui faire un signe de la main. Le travail appelle notre soldat !

© Camer Post – Frank William BATCHOU

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