Cameroun : Enquête sur la répression policière

Enquête sur la répression policière | © Facebook/Illustration
Enquête sur la répression policière | © Facebook/Illustration

La semaine dernière, des étudiants de l’université de Buéa ont été victimes des actes de maltraitances policières. Un traitement régulièrement infligé aux hommes politiques et d’autres activistes.

Les images prises à Buéa dans le chef -lieu de la région du Sud-Ouest Cameroun, font le buzz sur la toile depuis la semaine dernière. Des Camerounais et des observateurs des questions des droits de l’homme ainsi que la communauté internationale ne sont pas restés indifférents face au traitement que les policiers et les gendarmes ont réservé aux étudiants de cette université.

Ces apprenants ont décidé de manifester dans leur campus pour exiger les meilleures conditions de travail. A travers ces images d’une barbarie inouïe, l’on voit par exemple, des policiers courir vers les mini- cités avec les matraques pour arrêter des étudiants. Une fois que les manifestants ont été maîtrisés, ils sont tabassés avant d’être jetés dans les camions des policiers comme des sacs de macabo. Certaines photos prises par les étudiants de l’université de Buéa montrent comment leurs camarades sont attachés aux mains et aux pieds. Ce qui rend le plus choquant ces photos, c’est le fait que les manifestants étaient constitués en majorité des jeunes filles.

Que dire de ces photos qui montrent un policier débout derrière un camion. Le policier en question a décidé de poser ses pieds sur les épaules des étudiants qui sont en train d’être conduits dans un poste de police. L’actualité survenue ces derniers jours dans les deux régions anglophones du pays vient en effet relancer le débat sur le rôle que doivent jouer les forces de l’ordre pendant les manifestations publiques. A Buea et à Bamenda ces deux dernières semaines, les avocats anglophones descendus sur la voie publique pour exiger la traduction en langue anglaise des textes uniformes Ohada ont été arrosés par les camions antiémeutes et avec du gaz lacrymogène.

A propos de ce qui a été qualifié de violences policières, le département d’Etat américain a réagi jeudi dernier à travers un communiqué pour condamner ces actes. Car il n’est plus un secret pour personne que même lorsqu’il s’agit des manifestations pacifiques au Cameroun, les policiers et gendarmes parfois qualifiées de barbares pour disperser les manifestants.

La jambe d’Alain Fogue

Dans la liste des personnes victimes des violences policières dans notre pays, figure les hommes politiques. Alain Fogue Tedom, le vice-président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (Mrc), a vu l’une de ses jambes blessées en novembre 2015 devant l’Assemblée nationale. Cet homme politique ainsi que plusieurs de ses camarades du parti sont allés ce jour-là devant l’hémicycle de Ngoa-ékéllé pour distribuer les tracts sur la nécessité de modifier le code électoral camerounais.

Cette manifestation se déroulait au moment où les députés étaient en pleine session. Les gendarmes déployés sur les lieux pour disperser les manifestants se sont mis à tabasser les militants du Mrc, un affrontement soldé avec des blessures. La raison évoquée par les forces de l’ordre toujours dépêchés sur les lieux des manifestations par les sous-préfets, préfets et gouverneurs c’est le défaut d’une autorisation de manifestation que ces autorités administratives doivent délivrer.

Concernant les hommes politiques, l’on garde encore en mémoire ce traitement réservé en début d’année 2016 aux militants de Mrc de Maurice Kamto, ceux du Cameroon People’s party (Cpp) de Kah Walla, du parti Univers de Prosper Nkou Mvondo et de l’Upc des fidèles. Partis au siège du Mrc à Odza pour lancer une coalition dans le but d’exiger de la part du gouvernement les services de base comme l’eau et l’électricité, les militants de ces partis politiques n’ont pas pu tenir leur rencontre. Le sous -préfet de Yaoundé 4ème avait empêché la rencontre sous prétexte qu’elle n’avait pas été déclarée dans ses services. Les participants ont été ensuite dispersés avec les camions anti-émeutes avant d’être arrêtés et placés en garde à vue au commissariat central N1 pendant plusieurs heures.

Les acteurs de la société civile eux-aussi ont été victimes des violences policières. Le 15 septembre 2015, lors de la journée internationale de la démocratie, Jean Marc Bikoko, point focal de L’ong Dynamique citoyenne avait été interpellé au palais des sports de Yaoundé. Son péché était de vouloir organiser un atelier sur la transition démocratique au Cameroun. Dans cette il y a aussi les ex employés des sociétés d’Etat liquidées et restructurées, les employés de la société le Bus et ceux de Sitrafer, eux aussi tabassés pour avoir juste revendiqué le paiement de leurs arriérés de salaire. A côté de ces violences policières, les victimes sont souvent pour la plupart des cas jugés devant les tribunaux pour trouble à l’ordre public et incitation à la rébellion. Il est important de souligner que cette façon de procéder remonterait même depuis 2008.

Ceux qui manifestaient contre la modification de la constitution ont été réprimés. Policiers et militaires ont été commis à la tâche. Et ils le font maintenant de façon, systématique chaque fois qu’il y a le très discutable vocable « trouble à l’ordre public ». « Quand cesserez- vous de violer les lois de la République? Votre administration aux ordres interdit de manière systématique et fantaisiste toute manifestation publique ! Bien entendu seuls les meetings du Rdpc qui se terminent invariablement par des marches à la gloire de Paul Biya trouvent grâce à ses yeux, sont autorisés », se plaint le parlementaire le député Nintcheu Jean Michel du Sdf.

Source : © Le Jour

Par Prince Nguimbous