Cameroun – Edgar Alain Mebe Ngo’o : « je n’ai pas dit ce que j’ai dit »

Edgard Alain Mebe Ngo'o, ministre camerounais des Transports | DR
Edgard Alain Mebe Ngo’o, ministre camerounais des Transports | DR

Si le ministre des Transports a le mérite d’être l’un des membres du gouvernement les plus actifs depuis l’accident ferroviaire du train 152 de Camrail, le 21 octobre dernier, il est aussi celui qui est empêtré dans des contradictions qui ne le grandissent pas.

Edgar Alain Mebe Ngo’o en chemisette. C’était le 21 octobre 2016. Pour ceux qui observent l’actuel ministre des Transports (Mintrans), depuis son entrée au gouvernement en 2009, c’est un petit évènement. Car, le natif de Zoétélé est toujours tiré à quatre épingles : costume croisé de rigueur, avec une pochette. De fait, M. Mebe Ngo’o a géré le 21 octobre une crise qui ne survient pas en temps ordinaire. Ce jour-là, un accident ferroviaire a eu lieu à Eseka, département du Nyong-Ekellé. Le train 152 de Camrail en provenance de Yaoundé et en direction de Douala tue alors plus de 70 Camerounais et fait environ 600 blessés. D’habitude froid, de par ses apparences, le Mintrans se met en route avec deux autres de ses collègues (Santé publique, Administration territoriale).

Arborant une chemise marron, Mebe Ngo,o entre dans un hélicoptère. Direction : Eseka. Sur place, il prend connaissance de mesures prises par les autorités locales pour s’occuper des rescapés, des blessés, des corps. Le Mintrans va alors se fendre en déclaration le soir sur les antennes de la Crtv, ce 21 octobre. « Au niveau de Camrail qui est le concessionnaire de l’Etat pour le transport ferroviaire, il a été décidé en interne, je précise, d’augmenter les capacités du train voyageur ». Seulement, au moment où le membre du gouvernement fait cette déclaration mettant en cause la responsabilité de Camrail dans la décision d’augmenter le nombre de voitures du train 152, il semble avoir oublié ses propres déclarations au journal de 13h sur les ondes du poste national de la Crtv.

« Au niveau du ministère des Transports, la capacité des places a été significativement renforcée. Le train numéro 152 de 10h 25 en provenance de Yaoundé et à destination de Douala et numéro 153 de 14h 45 en provenance de Douala et à destination de Yaoundé, ont été équipées de huit voitures supplémentaires qui ont offert une capacité additionnelle de 680 places par train. Soit au total 1336 places. J’ai prescrit à la Camrail, compte tenu de la gravité de la situation de mettre en oeuvre des mesures spéciales additionnelles pour accroître la capacité de ces trains », déclare le ministre. Toute contradiction bue.

Peut-on mettre cette communication cacophonique sur le dos de plusieurs années d’un ministre qui n’est pas habitué à prendre la parole ? De fait, jusqu’en octobre 2013, ce ponte âgé de 59 ans du régime Biya n’a occupé que des postes où la prise de parole est rarissime. Avant d’être nommé ministre délégué à la présidence de la République, chargé de la Défense (encore appelé la Grande muette) en 2009, il a passé presque 5 ans au poste de délégué général à la Sûreté nationale. De 1985 à 1988, il a occupé les fonctions de conseiller aux affaires économiques et sociales dans les services du gouverneur de l’ancienne province de l’Est. De 1988 à 1991, il a été secrétaire général de la province du Nord-Ouest à Bamenda.

En 1991, il est nommé préfet du département de la Mefou et Afamba, puis du Mfoundi de 1996 à 1997. C’est en 1997 que Alain Mebe Ngo,o est nommé directeur du cabinet civil de la présidence durant sept bonnes années. Edgar Alain Mebe Ngo,o c’est aussi ce ministre qui n’accepte pas que son autorité soit remise en cause. A preuve, le 30 août dernier, le Mintransport a remonté les bretelles à son adjoint, Mefiro Oumarou. Edgar Alain Mebe Ngo,o a écrit : «Monsieur le ministre, Il m’a été donné de constater que le dimanche 28 août 2016, et le lundi 29 août 2016, vous avez, sans mon autorisation préalable, accordé deux interviews respectivement aux émissions Actualités Hebdo et Inside the Presidency [sur la Crtv]. De surcroit, en ma qualité de chef du département des Transports, j’avais accordé le même jour deux interviews aux émissions Dimanche Midi et Scènes de Presse [ sur la Crtv].

En plus de n’avoir pas cru devoir solliciter mon autorisation, vous vous êtes évertué à prendre le contre-pied de mes déclarations concernant la politique du gouvernement en matière de transports, en remettant notamment fondamentalement en cause l’économie du plan élaboré par le constructeur Boeing en vue du redressement de Camair-Co, et qui a fait l’objet de la haute approbation de monsieur le président de la République ». M. Mebe Ngo’o poursuit : « L’opinion publique nationale a ainsi assisté, médusée, au spectacle ahurissant sans précédent, mettant en scène le ministre des Transports, chef du département, déclinant la politique du gouvernement, et le ministre Délégué auprès de lui, contredisant ses déclarations.

Par-dessus le marché, au moment où je demande à vous rencontrer le lundi 29 août 2016, il m’est revenu que vous avez quitté le Cameroun le samedi 27 août 2016, pour jouir de votre congé sans avoir eu la politesse et la courtoisie élémentaire de m’en prévenir ». Le membre du gouvernement ajoute : « Au cas où vous l’aurez perdu de vue, en vos qualités respectives de ministre Délégué auprès du ministre des Transports et de PCA de Camair-Co, vous demeurez placé sous l’autorité du ministre, en vertu de mon double statut de chef de département des Transports et de tutelle technique de la compagnie aérienne nationale. Et à ce titre, toutes vos sorties médiatiques doivent être subordonnées à mon autorisation préalable ».

Edgar Alain Mebe Ngo’o conclut : « Au demeurant, je vous demande de me fournir dans les meilleurs délais possibles, des explications écrites de ce comportement qui viole de façon flagrante des règles régissant la conduite au travail gouvernemental, et la bienséance indispensable à la préservation de la solidarité et des relations personnelles entre membres d’un même gouvernement ».

Source : © LE QUOTIDIEN DE L’ECONOMIE

Par Sylvain Andzongo