Cameroun – Drame ferroviaire d’Eséka : Ces questions sans réponses

Ces questions sans réponses suite au drame ferroviaire d’Eséka | © STRINGER / AFP
Ces questions sans réponses suite au drame ferroviaire d’Eséka | © STRINGER / AFP

Les Camerounais dévastés cherchent à comprendre les ressorts de ce tragique accident ferroviaire.

Alors que les images insoutenables du macabre accident ferroviaire survenu aux environs de 13 heures le 21 octobre dernier dans la localité d’Eséka continuent de faire le tour du monde, via les réseaux sociaux notamment, la mémoire des victimes de cette terrible tragédie dicte aux esprits lucides ces lancinantes questions : que s’est-il passé ? Ce drame aurait-il pu être évité ? Quelles sont les responsabilités ? Les familles des victimes qui entament à peine leur deuil, ont le droit de savoir pourquoi elles ont perdu si horriblement des proches. Et le gouvernement a le devoir d’y répondre sans démagogie, sans arrogance et avec toute la franchise qu’exige cette situation.

L’équipe Yang III pourrait par exemple commencer par dire avec précision quel est le bilan réel, ou tout au moins vraisemblable de ce carnage ? C’est que plusieurs survivants de ce « train de la mort » que nous avons pu interroger, affirment avoir assistés (sur les lieux) au dénombrement d’au moins 150 morts. Un chiffre très éloigné des 55 morts et 575 blessés avancé par le ministre des transports au titre de « bilan provisoire ». Le gouvernement serait-il en train de minimiser l’ampleur de la situation en communiquant un bilan fut-il « provisoire », très en deçà de la réalité ? Probablement, si l’on s’en tient aux témoignages concordants des passagers (de ce train Inter city 152) qui ont échappé à la grande Faucheuse.

Autre question de fond : Qui a autorisé l’ajout des 8 wagons qui ont a priori compromis le système de freinage de ce train, et conduit fatalement au drame d’Eséka ? Alors que la polémique enfle sur ce point, il parait manifeste que le patron des transports, Edgard Alain Mebe Ngo’o qui a soutenu vendredi dernier sur les antennes de la Crtv (journal de 13 heures), avoir demandé à la Camrail d’augmenter son offre habituelle de transport dans l’optique de contribuer à faire face aux conséquences de la rupture de « l’axe lourd » Yaoundé-Douala, doit des explications au peuple camerounais.

D’autant que des sources internes à la Camrail précisent en effet que des techniciens et même le conducteur auraient alerté sur les risques d’un tel attelage. Si tel est effectivement le cas, pourquoi les avis experts de ces techniciens n’ont-ils pas été pris en compte ? Le gouvernement aurait-il forcé la main à Camrail juste dans l’espoir de juguler une grogne sociale potentielle ? La Camrail a-t-elle de son propre chef, autorisé cet attelage mortel simplement pour accroître sa marge de bénéfice ? À l’heure qu’il est, les responsabilités ne sont pas encore clairement établies sur ce point.

Fatalité

Pour le reste, si la fatalité a sa part dans l’enchainement extraordinaire des évènements qui ont rendu ce vendredi noir au Cameroun, le gouvernement est-il pour autant exempt de tout reproche ? Pas sûr. Car cette séquence sombre de l’histoire du pays démontre à la fois l’échec de la fameuse politique du transport multimodal, mais surtout une addiction des pouvoirs publics à la culture de l’improvisation. À titre d’illustration, il suffit de regarder le fiasco de la communication de crise autour de cette tragédie nationale.

On pourrait aussi exhumer au risque d’être taxés d’ennemis intérieurs, les faits sociaux ci-après : les scandales sanitaires de ces derniers mois (la manifestation des hémodialysés à l’hôpital général de Yaoundé notamment), la gestion des chantiers de la Can 2016 (effondrement d’un pan du stade omnisport de Yaoundé), les turpitudes de Camair-co (MA-60), les trous noirs d’Eneo (coupures intempestives d’électricité), etc… que la coupe ne serait toujours pas pleine.

Le définitivement provisoire, le culte de l’improvisation permanente, la secte du déni des réalités animées par d’impénitents thuriféraires du régime, coûtent très cher au Cameroun. Tant en vies humaines, qu’en ressources matérielles. Et le drame d’Eséka sonne comme nième preuve de cette implacable vérité qu’il faut froidement regarder en face. Sans passion et sans complaisance. Saurons-nous en tirer toutes les conséquences ?

Source : © Mutations

Par Yannick Yemga