Cameroun – Délestage : Charles Ngah Nforgang : « la motivation première de tout investisseur est de se faire de l’argent » – 05/06/2015

Charles Ngah Nforgang, président du Réseau associatif des consommateurs de l’énergie | DR
Charles Ngah Nforgang, président du Réseau associatif des consommateurs de l’énergie | DR

Le président du Réseau associatif des consommateurs de l’énergie décrypte les délestages observés ces derniers temps.

Comment expliquer qu’en pleine saison des pluies, les barrages puissent être desséchés, comme avancé par Eneo Cameroon?
Je ne suis pas d’accord avec ces explications de

qui frise la démence et traduise une incompétence notoire. Il est vrai que ces temps derniers, nous vivons le phénomène des changements climatiques, les conséquences de ce phénomène ne se limitent pas seulement à l’absence de pluies. Il arrive et tous les Camerounais sont témoins qu’il pleut abondamment, comme cela a été le cas ces derniers jours. Dire que les barrages se sont asséchés et s’y appuyer pour justifier l’incompétence de Eneo à assurer le service public de distribution de l’électricité est tout simplement un aveu d’échec.

On se serait pourtant attendu à une nette amélioration en termes de rationnement en électricité au Cameroun, avec Les projets de construction de nouveaux barrages. Mais on a plutôt l’impression que les choses vont de mal en pis. Comment comprendre ce paradoxe ?
L’ancêtre de Eneo nous avait promis qu’avec l’entrée en service de la centrale à gaz de Kribi qui produit 216 mégawatts, on ne parlera plus de délestage. J’avais eu l’opportunité de visiter cette centrale et Jérémie Bitanga, l’un des principaux responsables techniques nous avait rassuré avec des explications à l’appui que c’était fini avec les délestages et qu’on ne pourrait en reparler encore qu’après plus de deux ans. D’où vient-il qu’en l’espace d’un an, on revive ces coupures qui sont devenues encore plus sauvages que par le passé. On veut nous faire croire que c’est la faute aux barrages de retenue d’eau. Nous refusons de croire à cela. L’explication est ailleurs.

Qu’est ce qui explique cette situation ?
Il faut noter que la motivation première de tout investisseur qui prend place dans un pays est de se faire de l’argent, de gros sous. Quand ce dernier investit 10 F, il s’organise pour en gagner 100. Cela est encore pire quand il s’agit d’investisseurs étrangers. C’est le cas avec Actis, propriétaire à 51% de Eneo. Les repreneurs de la Sonel avait choisi une option que le Race avait toujours réfuté : à savoir investir dans la construction des centrales thermiques qui sont gourmandes en fuel ou en gaz. Il n’est donc pas exclu que Eneo ne voulant en aucun cas faire des concessions sur ses marges bénéficiaires limite sa consommation en carburant et en gaz d’alimentation de ces centrales.

La deuxième explication et qui justifie les délestages de ces jours sont à rechercher dans l’option prise par cette entreprise. Elle vient d’inaugurer une nouvelle centrale à Logbaba, qui produira 50 mégawatts. On est en droit de se demander pourquoi on a encore des délestages.

Les pertes dues à la vétusté du réseau de transport sont énormes. Du coup, une bonne partie de l’énergie produite par les différentes centrales hydroélectriques ou thermiques ne parvient pas jusqu’aux consommateurs finaux. Ces pertes semblent se situer au Cameroun autour de 35 à 40 %. Trop, comparé à la moyenne qui doit se situer autour de 10%. Eneo devait donc penser à renouveler les lignes de transport pour juguler ces pertes. Cette entreprise le sait, mais refuse d’investir dans cette direction. Voyez-vous, le véritable problème n’est donc pas à chercher au niveau des barrages.

D’aucuns pointent du doigt la privatisation (mal négociée) de la société productrice d’énergie électrique. Etes-vous de cet avis ?
Le Race a toujours plaidé pour une renationalisation de cette société. Il s’agit d’un patrimoine à ne céder sous aucun prétexte. Bien plus, il s’agit là d’un secteur de souveraineté. Il n’y a que dans les pays comme le nôtre qu’on choisit de l’abandonner aussi facilement entre des mains inexpertes et en plus entre les mains des étrangers. A côté de tout cela, il faut compter avec le manque de patriotisme des Camerounais qui depuis représentent le gouvernement dans les négociations. Plusieurs vont y négocier leurs avantages plutôt que l’intérêt du pays et des Camerounais. Je continue à soutenir que la meilleure option aujourd’hui est de revenir à la nationalisation.

Source : © Mutations

Propos recueillis par N. G.

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