Cameroun – Débat – Grande Palabre: Boko Haram divise – 31/08/2014

Au cours de la Grande palabre Jeudi, certains intervenants pensent qu’il s’agit d’une insurrection armée. D’autres estiment qu’il serait imprudent de parler d’un «complot».

Abubakar Shekau, l'extrémiste nigérian du groupe Boko Haram - AFP
Abubakar Shekau, l’extrémiste nigérian du groupe Boko Haram – AFP

Décidément, Boko Haram intéresse, inquiète et divise. Jeudi, La Grande Palabre a organisé une conférence débat à Yaoundé pour s’interroger si la paix et la stabilité du Cameroun sont hypothéquées par les attaques répétées dans le septentrion: Mais le sujet est sensible. Dès le début de la conférence. Bosco Talla indique qu’il a contacté au total 12 personnes pour constituer le panel. Seulement deux ont accepté l’invitation.

C’est donc Owona Nguini qui ouvre le débat en faisant une lecture politico-stratégique de la menace de Boko Haram. Il fait d’abord un rappel historique de l’insécurité dans le Grand Nord en indiquant, par exemple que depuis une trentaine d’années, cette partie du Cameroun a fait face aux bandits des coupeurs de route, qui ont été combattus dans les années 2000. S’agissant de Boko Haram, l’universitaire croit savoir qu’il constitue une menace socio anthropologique et politique, du fait de la structuration complexe du Cameroun. Une telle situation pense-t-il, peut affecter le consensus national, déjà fragile. Owona Nguini donne sa position sur l’idée entretenue dans l’opinion selon laquelle il est possible qu’il y ait une rébellion organisée au Nord par les nordistes. «Il n’y pas de complot», tranche-t-il. Pour lui, il est inexact de dire qu’une partie du Cameroun se soit levée contre une autre partie du Cameroun. Mais plus tard, il nuancera en disant qu’il s’agit d’un début d’insurrection. Il l’appelle «insurrection des salons». Il classe cette insurrection dans la dynamique globale de l’Afrique. «Il y a une guerre qui cherche sa route au Cameroun», affirme-t-il.

A contrario, Njoya Moussa indique qu’il n’y a pas une insurrection armée. «Boko Haram n’est pas une insurrection armée, même au Nigeria». Pour les autres intervenants, il faut parler justement d’une insurrection. C’est en tout cas la position que défend Dénis Nkwebo. Mais pour le journaliste, il ne serait pas exact de penser que cette insurrection est constituée uniquement des nordistes. Il prend un exemple au Nigeria où après une opération dans une banque, parmi les assaillants, il y en a six qui sont des Ibos de la partie Est du pays. Anicet Ekané, homme politique, dans une brève intervention interdit aux journalistes de parler de Boko Haram. Pour lui, il ne s’agit guère d’une insurrection. «Que ceux qui parlent de l’insurrection nous disent où elle se trouve. S’ils ont créé une insurrection qu’ils nous disent». rétorque Njoya Moussa. Pour lui, les Camerounais vivent toujours avec le fantasme de l’insurrection et de coup d’Etat, et ce, depuis 1955.

Source : © Le Jour

Par Younoussa Ben Moussa et Nicole Massai