Cameroun – De Félix Moumié à Guerandi Mbara: Les exilés politiques camerounais au fil des régimes- 28/10/2014

Le capitaine Guérandi Mbara. Photo d'archives
Le capitaine Guérandi Mbara. Photo d’archives

L’ancien président avait ‘ses’ exilés, comme l’écrivain Mongo Beti. Moins connus, étaient d’autres, comme… Gustave Essaka. Leur long exil et celui de plusieurs autres a pris fin avec l‘arrivée au pouvoir du 2è président camerounais. Aujourd’hui, après plus de 30 ans de magistrature suprême, Paul Biya peut à son tour ’sabler le champagne’ pour avoir ‘créé’ ses propres réfugiés, comme Guerandi Mbara-le plus ancien-, ou comme Bertrand Teyou, l’auteur des livres sur Chantal Biya, qui, après avoir goûté la paille humide de New-bell, s’est engagé sur le chemin tortueux de l’asile politique, entre Genève et Paris.

L’ancien président avait ‘ses’ exilés,  comme l’écrivain Mongo Beti. Moins connus, étaient d’autres, comme… Gustave Essaka. Leur  long exil et celui de plusieurs autres a pris fin avec l‘arrivée au pouvoir du 2è président camerounais. Aujourd’hui, après plus de 30 ans de magistrature suprême, Paul Biya peut à son tour ’sabler le champagne’ pour avoir ‘créé’ ses propres réfugiés,  comme Guerandi Mbara-le plus ancien-, ou comme Bertrand Teyou, l’auteur des livres sur Chantal Biya, qui, après avoir goûté la paille humide de New-bell, s’est engagé sur le chemin tortueux de l’asile politique, entre Genève et Paris.

Dans une «Lettre ouverte aux Camerounais ou la deuxième mort de Ruben Um Nyobè» du regretté Mongo Beti, éditions des peuples noirs, l’écrivain aujourd’hui disparu résume la situation à sa manière : «Eté 1984 ! Les Camerounais enfin débarrassés d’Ahmadou Ahidjo se prennent à rêver de liberté. Renouveau, moralisation, libéralisation ne sont-ils pas les slogans du nouveau président ?…» C’était il y a longtemps, quand le plus célèbre écrivain camerounais toquait à la porte encore fermée du retour au pays natal. «… Son rêve, tout comme hier celui d’Ahidjo, n’est pas de convaincre, mais de contraindre, non de dialoguer, mais de réduire au silence. La répression, oui ! La concertation, non ! Seule différence : Ahidjo vitupérait les opposants et les exilés; en vrai fanatique, il fulminait les imprécations; Paul Biya, lui, pérore doucereusement, en bon petit jésuite. Ahidjo prétendait réduire à merci. Paul Biya ruse : on ne prend pas les mouches avec du vinaigre…»

A chacun ses exilés donc. Félix-Roland Moumié, mort empoisonné  à Genève quelques mois après l’indépendance du Cameroun et la radicalisation du mouvement upeciste. Né au Cameroun en 1925, après des études de médecine à Dakar, il  s’établit comme chirurgien en 1947 au Cameroun, et s’implique aux cotés de Ruben Um Nyobè pour l’indépendance  du Cameroun, sous la bannière de l’Upc dont il  devient le président. Suite à la répression sanglante d’une manifestation indépendantiste le 25 mai 1955, l’UPC étant interdite par l’autorité coloniale, Moumié se réfugie au Cameroun britannique, puis en Égypte, en Guinée, au Ghana et en France.


Amnistie

Felix-Roland Moumié. photo d'archives
Felix-Roland Moumié. photo d’archives

En France où il vivait en …exil  le premier président de la République du Cameroun décédé à Dakar, au Sénégal le 30 novembre 1989.  A côté, au Burkina Faso, un autre Camerounais vivait réfugié politique depuis …30 ans. Qu’est devenu Guerandi Mbara ? Condamné à mort et amnistié pour le putsch contre Paul Biya en 1984, il a disparu depuis deux ans sans laisser d’adresse.

Autant le règne d’Ahidjo a connu beaucoup d’exilés politiques, refugiés en Europe : France,  Allemagne, mais aussi en Afrique : Ghana, Guinée, Rca, Congo etc.

Beaucoup sont rentrés depuis l’avènement du Renouveau comme Abel Eyinga, interdit de séjour au Cameroun à l’époque, victime d’un « mandat d’arrêt pour cause d’élection».  Il avait osé se porter candidat contre le ‘père de la nation’, ce qui était alors considéré comme un crime. Sous le Renouveau, les présidentiables déclarés sont monnaie courante. Fru Ndi, le plus célèbre d’entre eux, a depuis fumé le calumet de la paix avec son rival de toujours, mais aussi Bello Bouba aujourd’hui au gouvernement, pour ne citer que ceux-là. Pour Biya comme hier pour Ahidjo, à côté des ‘putschistes’, ce sont aussi les intellos qui font problème. Comme le disait Martin Luther King : « pour se faire des ennemis, pas la peine de déclarer la guerre, il suffit  juste de dire ce que l’on pense».

Moïse l’Africain

Le président camerounais Paul Biya, le 3 avril 2014, à son arrivée à Bruxelles au sommet Europe-Afrique. © AFP/Thierry Charlier
Le président camerounais Paul Biya, le 3 avril 2014, à son arrivée à Bruxelles au sommet Europe-Afrique. © AFP/Thierry Charlier

Ainsi, autant que feu Mgr Ndongmo, homme de verbe et d’action impliqué dans une tentative de renversement du régime Ahidjo,  contraint à l’exil au Canada après 4 années passées au bagne de Tcholiré, Jean-Marc Ela est aussi mort en exil. Né à Ebolowa  en 1936 et décédé à Montréal en 2008, il était enseignant, sociologue, anthropologue et théologien camerounais. L’intello en boubou  a passé les 13 dernières années de sa vie en exil au Canada où il s’était retiré après son départ du Cameroun en 1995, convaincu d’être menacé de mort à la suite de sa volonté de voir la lumière faite sur l’assassinat du père Engelbert Mveng, un autre jésuite réduit au silence quelques temps après avoir été à l’initiative du colloque sur « Moise l’Africain » qui s’est tenu au Cameroun.

Un réfugié – au sens de la Convention relative au statut des réfugiés et des apatrides – est une personne qui, selon ‘wikipédia’,  se trouve hors du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle a sa résidence habituelle ; qui craint avec raison d’être persécutée du fait de sa “race”, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, et qui ne peut ou ne veut se réclamer de la protection de ce pays ou y retourner en raison de ladite crainte. «Les personnes essayant d’obtenir le statut de réfugié sont parfois appelées demandeurs d’asile. Le fait d’accueillir de telles personnes est appelé asile politique. Les demandes d’asile faites dans les pays industrialisés se fondent le plus souvent sur des critères et des motifs politiques et religieux». 

Le 10 juillet 2010 à Howard University, lors de la réunion de la fameuse Camdiac aux Etats-Unis, feu Pius Njawe insistait pour mettre sur pied « un système d’alerte dans la diaspora camerounaise visant à sécuriser les exilés politiques». Pensait-il au précédent de l’affaire Moumié assassiné à Genève en 1960 ou exprimait-il une crainte prémonitoire ? Guerandi Mbara, un autre exilé est porté disparu depuis fin 2012…

Source : © Le Messager

Par Edouard Kinguè

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