Cameroun – Dave K. Moktoï : « La scène politique et culturelle est pleine de troubadours »

Dave K. Moktoï | © LNE
Dave K. Moktoï | © LNE

Dave K. Moktoï est une référence dans son domaine artistique. De passage au Cameroun à l’occasion de la sortie de son film intitulé « Un paradis dans la jungle », Dave K. Moktoï est le célèbre auteur de la pièce théâtrale à succès « L’homme bien de là-bas » qui est toujours d’actualité 35 ans après sa sortie.  L’histoire retient que Dave K. Moktoï a eu un succès inégalé avec « L’homme bien de là-bas » ; avec sa jeune et dynamique équipe d’acteurs de la troupe Uhuru Drama dont les membres sont encore vivants. Dave K. Moktoï fait dans la dérision, l’autodérision, ironie et la satire.  C’est que « L’homme bien de là-bas » a suscité un vif intérêt de la classe sociale de nantis et de privilégiés pour le théâtre.  Il a accordé le lundi 29 décembre 2014 à Douala à La Nouvelle Expression cette interview exclusive où il parle de son film, du cinéma, de la comédie et du théâtre.

Qu‘est-ce qui vous ramène au Cameroun ?

Je suis arrivé au Cameroun et je prépare la sortie de mon film intitulé « jungle paradise en langue chinoise.

Quel est le sujet de votre film ?

Je me suis posé la question de savoir s’il y a une alternative à la peinture que les 0ccidentaux font de l’Afrique. J’essaye d’apporter une réponse humoristique à une cette peinture occidentale sur l’Afrique.  « Un paradis dans la jungle » est l’histoire d’un comédien devenue reporter indépendant. Ce film est un reportage bienveillant.  Le public est véritablement embarqué. C‘est de l’humour.  Ce film donne à voir et à penser sur beaucoup de choses.  L’histoire se déroule sur trois continents : en Afrique, en Amérique et en Europe.  Je suis acteur dans ce film. Celui ou celle qui va voir le film va me découvrir dans le rôle de Kwame Jackson Lumumba.


Pourquoi avez-vous choisi de vous faire appeler ainsi ?

Vous avez sûrement compris que Kwame renvoie à l’ancien président ghanéen Kwame Nkrumah et Lumumba à l’ancien Premier Premier ministre de la République démocratique du Congo Patrice Emery Lumumba.  Ces noms ne sont pas choisis par hasard.  Jackson a été choisi pour faire américain.

Qu’est-ce qui fait la force d’un texte de comédie, de théâtre ou de cinéma ?

Il faut écrire juste. Les concepts, l’histoire, la stratégie et le ton doivent être clairs et originaux.  On ne peut pas valablement apprécier un texte sans tenir compte de ces éléments. Aux Etats-Unis, j’ai pour cible le public américain et non pas les communautés ethniques ou la périphérie.

Par quelle casquette peut-on vous définir ?

Je suis humoriste, comédien, chanteur, compositeur, enseignant, réalisateur et producteur.  Je suis diplômé en 2007 d’une école de cinéma aux Etats-Unis qui m’a permis de devenir producteur et réalisateur.  J’enseigne au département de langues étrangères du Montgomery College.  Au départ, j’ai été formé à l’Ecole normale supérieure (Ens). Je suis un enseignant de langues et particulièrement du français, de l’anglais et de l’allemand. Il m’est arrivé d’être organisateur de festival, notamment The Other Africa Festival.

Qu’est-ce qui permet de réussir dans votre métier ? 

Il faut avoir du talent, mais aussi de la chance. Mais, il faut travailler.  Etre capable de se remettre en question et de s’adapter. Il y a de l’ironie dans « L’homme bien de là-bas ». Je fais dans le registre de la dérision, de l’autodérision à outrance ou exagéré, de l’ironie, de la satire et du sarcasme.  Je me marre. Un humoriste doit faire rire les gens. Pouvoir se moquer de soi-même. Ce n’est pas toujours facile de faire rire les gens. Il faut être fin, intelligent, pas agressif. J’ai fait du chemin.  Il faut être patient, persévérant dans l’effort et ne pas cesser de travailler.

J’ai amené au théâtre ce que le riche aime voir. J’ai essayé de corriger les mœurs en faisant rire. J’avais déjà remarqué que des ministres dont un ancien ministre de la Défense, des gouverneurs, des hauts commis de l’Etat et d’autres pontes du régime se bousculaient pour assister à mes spectacles en choisissant les premières places.

Avez-vous-trouvé votre voie ?

J’ai pu trouver ma voie, mais aussi ma voix et je me suis repositionné.  Aux Etats-Unis où j’ai joué dans de nombreuses institutions dont le National Museum et le DC Improv.  Je me produis régulièrement dans des lycées et dans plusieurs universités américaines. J’interviens souvent dans les Open Mike Comedy et Stand Up Comedy. Je fais notamment la comédie africaine. La comédie me réussit le mieux.

« L’homme bien de là-bas » a traversé le temps et est toujours d’actualité. Vous évoquiez déjà les détournements de fonds publics et la corruption des personnalités hauts placées.  Etiez-vous conscient en 1979 que les sujets abordés dans cette pièce théâtrale allaient resurgir un jour à travers l’opération épervier ?

Quand je présentais « L’homme bien de là-bas » à l’époque, je ne pensais même pas aux risques que je prenais dans le contexte sociopolitique de l’ancien régime. Celui de feu Ahmadou Ahidjo.  J’ai écrit « L’homme bien de là-bas » avec tout mon art, sans calcul ni positionnement. Nul n’est jamais prophète en son temps et encore moins en son pays.  J’ai débuté comme un créateur comique, un humoriste.  Le théâtre était socio-traditionnel. J’ai amené au théâtre ce que le riche aime voir. J’ai essayé de corriger les mœurs en faisant rire. J’avais déjà remarqué que des ministres dont un ancien ministre de la Défense, des gouverneurs, des hauts commis de l’Etat et d’autres pontes du régime se bousculaient pour assister à mes spectacles en choisissant les premières places.

Cela ne vous faisait-il pas peur ?

Non. J’observais simplement que la pièce théâtrale « L’homme bien de là-bas » les intéressait beaucoup.

A quand datent vos débuts dans la comédie ?

Mes débuts dans la comédie et le théâtre datent de 1977. Année où j’ai créé la troupe théâtrale connue sous le nom de Uhuru Drama. Une troupe qui a apporté quelque chose de nouveau au public en rompant avec le théâtre socio-traditionnel. Je vous rappelle que dans les années 1977, 1978 et 1979, j’ai joué dans les lycées et collèges au Cameroun. Le spectacle coûtait 50 FCFA. J’ai fait la comédie par conviction, par passion et par amour. J’ai d’abord construit le sketch avant de rédiger par la suite la pièce de théâtre « l’homme bien de là- bas ».

Comment trouvez-vous la comédie camerounaise actuelle ?

Depuis 1990, tout est calcul et positionnement dans ce pays. La comédie est un peu à l’image du pays. La comédie que l’on voit dans les chaînes de télévisions camerounaises aujourd’hui n’est pas, à vrai dire, la référence dans le domaine. Nous constatons que la scène politique et culturelle de notre pays est pleine de troubadours. Je reviens souvent au pays. Je suis revenu il y a deux ans sur invitation de la coopération allemande, avec un spectacle, en français et en anglais, « l’Afrique en rires » et « Africa Joke », que j’avais présenté dans des Hôtels à Yaoundé, avec notamment l’association des filles mères Renata. Un des problèmes que nous rencontrons est qu’il n’y a pas de vrais organisateurs de spectacles ou d’événements culturels. L’Artiste ne peut pas tout faire tout seul.

 Que sont devenus tous les acteurs ou les personnages de « L’homme bien de là-bas » ?

Nous sommes tous vivants. Celle qui joue le rôle de Fideline est à Marseille, en France. Peter est médecin à Loum, ici même au Cameroun. Je vis aux Etats-Unis d’Amérique. Nous gardons le contact.  Rien ne nous empêche de nous retrouver. J’envisage sérieusement une Uhuru Drama Union.

Source : © La Nouvelle Expression

Entretien mené par Edmond Kamguia K.

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