Cameroun – Condition de la femme rurale : ça promet

Ça promet, la condition de la femme rurale | Ph. © CT
Ça promet, la condition de la femme rurale | Ph. © CT

Même si beaucoup reste à faire pour le plus grand nombre, la condition féminine connaît des évolutions non négligeables dans l’arrière-pays.

Maman G. Ngondzana, 50 ans, est venue vendre sa dernière récolte de tomates et gombos au marché d’Etoudi, à Yaoundé. Avant de repartir pour son village à Obang, petite localité de la Lékié, un petit tour chez la coiffeuse s’impose. Un accueil royal est réservé à la cinquantenaire bien connue sur les lieux. A une apprentie qui s’interroge sur ce que « fait la vieille avec une élégante coiffure en zone rurale », dame Ngondzana assène : « Les temps ont changé. Nous ne sommes plus des villageoises sales et pauvres. Notre encadreur –entendez la présidente de leur association- nous donne l’éducation. Quand je finis de vendre mes vivres, alors je fais mon petit « nyanga ». J’achète des provisions pour varier l’alimentation de ma famille. Je réserve quelque chose pour mes tontines et les activités communautaires génératrices de revenus ».

C’est clair, le visage du monde rural est en train de changer ces dernières années. Et même si cela est perçu comme un petit frémissement dans un certain nombre de localités seulement, il n’est pas sans impacter la condition des habitants en général, les femmes particulièrement. Pour ce qui est des activités, tout d’abord les regroupements ont effectué un important travail de terrain et changé les mentalités. « Nous travaillons désormais en groupe : ça paie plus. Nous avons aussi varié nos activités. Au-delà de nos petites exploitations familiales et individuelles, nous sommes présentes dans les Gic et associations qui font dans le petit élevage, la pisciculture, les exploitations de manioc, maïs, okok, banane-plantain, cacao, café », explique Thérèse M., membre d’Oyili bininga, association rassemblant plus d’un millier de femmes dans le département de la Lékié.

Avec le bénéfice de leurs productions, les femmes veillent à l’amélioration de leur quotidien. « Je n’attends plus tout de mon époux comme par le passé. A chaque rentrée scolaire par exemple, il est certain de recevoir ma contribution pour la scolarisation de nos enfants. De plus, j’ai financé à moitié la construction de ma cuisine. Il arrive régulièrement que j’épaule mon époux dans bien des projets. Je ne le dérange plus pour mes habits ou ceux  de mes enfants et même les problèmes de santé bénins. Mon mari est fier de moi », assure Marie Louise Bineli, membre d’un autre regroupement féminin dans la Haute-Sanaga. Cette embellie ne saurait cependant masquer tout ce qui reste à faire, malgré les efforts régulièrement consentis par les pouvoirs publics.

De nombreuses femmes sont toujours victimes de la pauvreté nonobstant leur envie de s’en sortir ou le travail d’éléphant qu’elles peuvent abattre. En cause, le difficile accès aux voies de communication pour écouler leurs productions, l’isolement, l’ignorance, les mentalités réfractaires au développement, les traditions rétrogrades des sociétés phallocratiques, le difficile accès à la terre, entre autres.

Source : © Cameroon Tribune

Par Yvette MBASSI-BIKELE