Cameroun – Complicité d’actes de terrorisme : RSF exige la libération du journaliste Ahmed Abba

Ahmed Abba, correspondant de RFI en langue haoussa, incarcéré au Cameroun | Ph. Archives
Ahmed Abba, correspondant de RFI en langue haoussa, incarcéré au Cameroun | Ph. Archives

Reporters sans frontières (RSF) a exigé, « sans délai », la libération du journaliste camerounais Ahmed Abba, traduit devant le tribunal militaire de Yaoundé, la capitale du pays, incarcéré depuis fin juillet 2015 pour « complicité d’actes de terrorisme » et « non-dénonciation d’actes de terrorisme » en lien avec la secte islamiste Boko Haram.

Dans un communiqué publié vendredi, l’organisme de défense des droits des professionnels des médias rappelle que le correspondant en langue haoussa de Radio France internationale (RFI), qui risque la peine de mort en vertu de la loi sur la lutte contre le terrorisme de 2014, «a toujours clamé son innocence».

Lors de l’audience de mercredi dernier, rappelle-t-on, les avocats d’Ahmed Abba se sont attelés à soulever de nombreuses irrégularités de forme émaillant la procédure, et dénoncé le non-respect du principe de contradiction avec l’apparition d’un nouveau témoin, présenté comme un «expert en cybercriminalité».

A la barre, les défenseurs d’Ahmed Abba ont fortement mis en cause le document d’expertise présenté par cet «expert» en l’absence de mise sous scellés du matériel informatique saisi lors de son arrestation.

La prochaine audience, prévue le 19 octobre et qui doit permettre au tribunal militaire de se prononcer sur les exceptions soulevées par ses avocats, sera, selon RSF, «d’une importance cruciale», un moment décisif pouvant déboucher soit sur l’examen de fond du dossier, soit, en l’absence de preuve, à la relaxe sans charge du journaliste.

Dans un article au vitriol publié vendredi, le quotidien à capitaux privés Mutations constate que l’audience de mercredi dernier a, une fois de plus, étalé au grand jour une accusation plus que vacillante et naturellement mise à mal par la défense.

«En temps normal, notre malheureux confrère devrait être purement et simplement acquitté. Dans un pays normal, jamais Ahmed Abba n’aurait dû être inquiété dans l’exercice de ses fonctions. Un métier qui l’autorise à entrer en contact avec toutes sortes d’acteurs. Dans un Etat qui se respecte et respecte le droit à une information de qualité – et donc contradictoire –, cet homme ne deviendrait pas, bien malgré lui, une cause mondiale de la liberté de la presse comme c’est le cas aujourd’hui.»

Et de mettre en parallèle le débat entre l’«obligation» d’informer les autorités administratives, judiciaires et militaires sur des informations prétendues «sensibles», prévue par le Code pénal, l’usage qu’en font les professionnels des médias et la sacralisation du secret professionnel, consigné dans la loi de décembre 1990 sur la communication sociale et qui, en son article 50, dispose en effet que «la protection des sources d’information est reconnue et garantie aux journalistes et aux auxiliaires de la profession de journaliste».

En rappel, le Cameroun figure à la 126ème place sur 180 pays, au classement 2016 de RSF.

© CAMERPOST avec © APA