Cameroun : Comment combattre la spéculation

Luc Magloire Mbarga Atangana
Luc Magloire Mbarga Atangana, ministre camerounais du Commerce | DR

Qui peut vraiment comprendre ce qui s’est passé le week-end du 2 au 4 octobre dernier ? Alors que tout semblait indiquer une pénurie de carburant à la vue des files de voitures dans les stations-service, la Société camerounaise de dépôts pétroliers (SCDP) ne cache pas son étonnement devant cette « supposée » pénurie, puisque le produit est disponible dans ses réservoirs et n’attend que preneurs. Quelques jours plus tôt, c’est le gaz domestique (marque SCTM) qui était introuvable dans les dépôts de la ville de Yaoundé. Même réaction du côté de la SCDP :    il y a suffisamment de gaz stocké dans les cuves. D’ailleurs, Malloum Bra, le chef de dépôts de Yaoundé de la SCDP argumente, chiffres à l’appui. Pour la journée du lundi, 5 octobre 2015, 105 tonnes de gaz l’équivalent de plus de 8000 bouteilles de gaz domestique, sont sorties des dépôts de la structure pour ravitailler la seule ville de Yaoundé. Alors même que les consommateurs cherchaient du gaz, sans en trouver. A croire qu’entre les dépôts de la SCDP et les différents points de ravitaillement, les cargaisons s’évaporent.

En fait, cette succession d’événements n’est pas anodine. « Nous sommes interpellés sans cesse par le ministère du Commerce pour ce problème qui ne s’explique pas. Si oui, il y a une spéculation qui se met en place, comme c’est malheureusement le cas à l’approche de la fin d’année. Qu’on nous parle de pénurie, c’est à ne rien comprendre », déclarait Malloum Bra dans les colonnes de CT, il y a quelques jours. Même un pompiste interrogé sur les raisons de l’absence de carburant a rejoint son idée. « C’est généralement ainsi. A l’approche de la fin d’année, la rupture intervient pour diverses raisons. Sauf que cette fois, ça commence un peu trop tôt ».

Les fêtes de fin d’année. La période des bonnes affaires. La saison où prospèrent ceux qu’on pourrait qualifier de « vendeurs occasionnels ». Il s’agit de ces personnes qui s’improvisent vendeurs de gaz domestique, d’huiles végétales, de sucre, de farine, bref, tous ces produits de grande consommation qui enregistrent une hausse de la demande durant cette période. Une situation qui n’est pas sans conséquence sur les prix des produits appliqués aux consommateurs. Le 30 septembre dernier, le ministre du Commerce (Mincommerce), Luc Magloire Mbarga Atangana, donnait les garanties de ce que les marchés seront approvisionnés pour les fêtes de fin d’année. Outre l’assurance donnée quant à la disponibilité des produits de grande consommation (riz, banane plantain, macabo, pomme de terre, légumes, huiles végétales et fruits notamment), le ministre a surtout évoqué le fait qu’il n’y aura pas de spéculation, ni de pénurie. Engagement donné avec la garantie des opérateurs économiques avec qui un cadre de concertation a été mis en place au sein du ministère.

En effet, une série de concertations s’ouvre jeudi prochain entre le Mincommerce et les opérateurs économiques des filières de production et de distribution des produits de consommation de masse. Huiles végétales et produits dérivés, produits pétroliers, produits brassicoles, matériaux de construction, poisson, riz, poulet, sucre, sont entre autres produits sur lesquels il faudra faire le point de la disponibilité et la situation des stocks en prélude au ravitaillement des marchés pour les fêtes de fin d’année. Des précautions utiles qui n’empêcheront certainement pas les commerçants adeptes de la spéculation de sévir. Les multiples ventes promotionnelles organisées durant cette période et même les contrôles accentués dans les marchés ne dissuaderont pas ces commerçants véreux, déjà très rusés au jeu du chat et de la souris auquel ils se livrent au quotidien avec les contrôleurs des prix. Dans la bataille que mène le gouvernement aux côtés des opérateurs économiques pour pratiquer le juste prix, le dernier mot reviendra sans doute aux consommateurs. Ces derniers doivent pouvoir comparer avant d’acheter. C’est une habitude à cultiver, à inculquer dans les comportements des uns et des autres. Une autre piste de solution à étudier serait peut-être, dans le contrôle de la chaîne de commercialisation des produits de grande consommation, de réduire les nombreux intermédiaires dont les marges bénéficiaires alourdissent le prix final au consommateur.

Source : © Cameroon Tribune

Par Josiane TCHAKOUNTE

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