Cameroun – Chefferie des Bafut : Un réservoir d’une culture centenaire

Chefferie des Bafut, un réservoir d’une culture centenaire | © CAMERPOST / Augustin TACHAM

Pour une unité administrative traditionnelle africaine antique, toute une histoire, celle des tikars du Cameroun

La chefferie supérieure Bafut est située à une trentaine de minutes à vol d’oiseau de Bamenda, la capitale régionale du Nord-ouest. Son architecture à la fois traditionnelle et moderne associée à ses motifs, valu son érection au rang de patrimoine commun de l’humanité par l’Unesco en 2003. Bafut compte 16 338 habitants sur 17 812 km2. L’architecture de la chefferie Bafut comporte une cinquantaine de bâtiments, construits en briques, les toitures en tuiles pour la plupart.  

Le lieu de cultes

A l’entrée de la chefferie, une grande cour qui abrite chaque année au mois de décembre, sa fête annuelle. Durant cette rencontre, une danse symbolise tous les sacrifices faits au courant de l’année à la mémoire des ancêtres. Un gigantesque tam-tam sert à annoncer les messages les plus importants comme l’arrivée d’un invité de prestige, les activités communautaires ou les guerres.

A la droite de l’entrée une tribune. Sur sa toiture en forme de sillons, cinq statuettes surmontées de motifs d’oiseaux. Des   oiseaux symboles royaux avec leurs ailes longues de couleur rouge et des ailes bleues et courtes. Les ailes rouges servent à décorer les rois et leurs serviteurs les plus dévoués.

Au fond de la grande cour royale du côté gauche : deux grandes pierres servent de prétoire aux coupables de fautes graves dans le royaume (trahison, faits de sorcellerie, outrages au roi). Ces pierres diffèrent par leurs tailles, l’une de l’autre. La petite meule reçoit aux femmes et la petite sert de siège aux hommes accusés. Juste en face deux fourches qui servaient de lieux de pendaison des mis en cause. La dernière pratique sacrificielle humaine a eu lieu en 1910.

A l’intérieur de la deuxième clôture, un grand complexe composé essentiellement des maisons d’habitation et d’un musée. De haut, l’on perçoit à peu près 50 habitations sur trois côtés et le quatrième côté constitué par le musée royal.

L’Achum

Au centre de la 3ème défense, une église des ancêtres (Achum en langue locale). C’est un lieu d’adoration pour le roi, des reines et membres de la cour royale. Mais, il faut noter que ce culte voué aux ancêtres n’élude pas la pratique d’un culte chrétien. Pour Constance Bankah, reine à la cour royale Bafut « Au-delà des cultures importées de l’Occident celui qui se détache de sa propre culture est perdu. En effet, pour savoir qui on est et où on va, il faut savoir d’où nous venons et par voie de conséquences, savoir qui nous sommes », nous a-t-elle déclarée.  

Derrière les deux cases personnelles du chef, d’autres deux cases sont vouées aux sociétés sécrètes. Selon la reine, sociétés sécrètes ne veut pas dire mysticisme, dangerosité mais, connaissance des initiés. Selon notre guide « Ces initiations facilitent la compréhension de la vie, apporte des bienfaits comme, traitement naturel des maladies tropicales comme le paludisme, la fièvre jaune, la fièvre typhoïde » a déclaré Constance Mankah. Il existe ensuite les cases de femmes du roi et les dépendances des enfants majeurs de la cour.

Le musée

Il résume les 600 ans d’existence du peuple bafut en tant qu’entité étatique. Inauguré et fait patrimoine mondial de l’humanité en juillet 2003 par l’Unesco, le musée est composé pour l’essentiel de deux compartiments. Il concentre le passé, le présent et le futur de ce peuple parmi les plus illustres du Cameroun. Peuple de guerriers, son histoire coloniale a été heurtée avec les premiers allemands qui arrivent dans la contrée vers 1889.

© CAMERPOST par Augustin TACHAM