Cameroun : Ces réfugiés qui dorment à la belle étoile à Douala – 28/08/2014

Ce sont des centrafricains pour la plupart. Ils ont débarqué dans la ville à la suite de l’instabilité interreligieuse régnant dans leur pays. Sans abri, certains sont obligés de squatter les vérandas de domiciles, des magasins et des lieux de culture, des maisons abandonnées sans toit, les marchés… pour passer la nuit. Enquête !

Des nuits à la belle étoile. Ce n’est pas une partie de plaisir. Tant, on passe le clair du temps à bagarrer avec les moustiques, le froid ou la chaleur. Le pourcentage du risque des agressions est tout aussi élevé. « A plus de 80%. On ne sait pas qui est qui dans la nuit. A chaque instant, tu peux te voir dépouiller des miettes que tu as sur toi. Ta vie est aussi en danger », explique papa John, ex déguerpi de Komba à Bonabéri à Douala. C’est pourtant le risque couru par ce centrafricain du nom d’Oumarou Moussa. Il est pratiquement 01h30 du matin ce 9 juillet 2014. Nous sommes à Yassa, à un jet de pierre de la station Tradex. Allongé sous la véranda de ce logis baptisé « la grotte », le jeune homme, la mine défraîchie, cherche désespérément le sommeil. Il est d’abord méfiant vis-à-vis du reporter. Normal. C’est l’une des règles de la nuit. Finalement, l’homme se confie, dans un français tortueux, au reporter : « Nous on demande un parking ou un espace comme ça là. Pour quelqu’un qui n’a pas où habiter, il prend ça pour dormir avec. Même si c’est à Yassa comme maintenant ou à Akwa, on dort seulement. Le matin, on va chercher petit boulot là, on travail hein pour manger le soir ». Autre révélation, celle du tchadien Abdel Karim rencontré au niveau de Douala Bar qui « profite du gardiennage que je fais pour dormir ici parce que je n’ai aucun endroit pour aller. On me 20.000 Fcfa à la fin du mois. Juste pour manger mais je vais chercher quelque chose pour avoir une chambre à dormir ».

De son côté, Kassissa dort quelquefois, avec ses deux petites filles, sous une tente de « beignetariat » au lieu dit Emilie Saker à Akwa. Juste pour esquiver les pluies sporadiques de la nuit. Heureusement que cette nuit, il n’y en a pas eu. Toutes craintives, Kassissa nous explique cette souffrance est due à l’absence de son mari. Probablement mort dans les affrontements en RCA. « Mon mari n’est pas avec nous. Je ne sais pas où il est ; ni même s’il est encore en vie. On a appelé sur son téléphone quand on est arrivé ici et il ne décroche pas. Il nous a demandé de fuir d’abord quand on a entendu des tirs de fusil. Parfois on dort ici, parfois on dort à New-Bell », confie-t-elle. Et pour vous nourrir, comment faites-vous ? « On demande de l’argent aux gens dans la rue pour se nourrir. Parfois aussi, on passe dans les maisons pour voir s’il y a même des habits à laver. Quand on lave, on peut avoir même 1000 Fcfa. La dame de maison peut nous donner un peu de nourriture ; sinon, on cherche les restes de nourritures laissés (dans la poubelle) par les familles », rétorque-t-elle. Il fallait être un sans cœur pour ne pas laisser couler quelques gouttes de larmes.

Il existe un bureau du Haut commissariat pour les réfugiés (HCR) à Bali à Douala. Pourquoi ne prend-il pas en charge ses réfugiés qui crèchent à la belle étoile ? Il faut y faire un tour pour en savoir plus. Sur les lieux, impossible d’y accéder. Le portail est fermé et l’accès, apprend-on, « interdit aux journalistes. On ne vous connaît même pas ici comme les autres. Vous sabotez beaucoup le travail du HCR », lance cet agent à travers la grille. Fort heureusement, un employé des lieux arrive. Sans permettre l’accès, il nous confie qu’on « ne prend en charge que des réfugiés recensés. On n’ira pas supplier ceux qui dorment à la belle étoile de venir ici. Cependant, même sans être encore enregistré, on prend en charge leur soin d’hôpitaux en cas de maladie ». Direction Hôpital de district de Deïdo. Le responsable rencontré au Bureau de liaison, de suivi et des travaux au niveau sis au niveau des urgences où sont prises en charge les factures des réfugiés indique que « les réfugiés reçus ici sont ceux reconnus dans les fichiers du HCR. Après le suivi médical, ces patients viennent avec leurs factures. Après les totaux, ils paient une partie ». Confirmation faite par Oumarou Moussa et Josiane rencontrés à la sortie de ce bureau. Pour ces deux réfugiés centrafricains reconnus, « le HCR nous fait des papiers. Si tu as une maladie ou de petits bobos, tu viens à l’hôpital comme maintenant et on te consulte. Si tu fais trois mois, tu paies les 30% de ta facture. Si tu ne fais pas trois mois, on te consulte gratuitement et on te donne les remèdes gratuits ».

Une aubaine que devraient aussi bénéficiés ceux qui crèchent encore à la belle étoile. Surtout que leur espoir est entièrement tourné en direction des pouvoirs publics ainsi que les personnes de bonne volonté pour une aide. Etant donné qu’ils ne pensent plus retourner dans leur pays d’origine ; même après le retour de l’ordre public. « Nous voulons juste un doigt et un petit truc pour travailler afin de trouver de quoi manger. Il y a une maman bamiléké à New-Bell où on lave souvent les habits qui nous a promis une chambre à la fin du mois à New-Bell. Ça va beaucoup nous aider. Il faut aussi aider mes sœurs qui souffrent comme nous. On ne peut plus rentrer en Centrafrique », répondent Kassissa et une de ses filles. C’est bien ce qu’on pensait. Après ces nuits blanches d’enquête, on ne peut repartir qu’avec un cœur lourd de tristesse. Mais hélas… !

© Camer Post – Frank William BATCHOU