Cameroun : Camair-Co en zone de turbulence

Ernest Dikoum, Directeur Général de Camair-Co | DR

Après trois mois, la gestion d’Ernest Dikoum est marquée par l’absence d’une feuille de route, désorganisation de l’organigramme et la légèreté dans la maintenance des avions tous cloués au sol. Tout laisse croire que la compagnie est entrée dans une zone de turbulence sans précédent depuis sa création.

Après 100 jours 1 de tâtonnement

Nommé le 22 août 2016 à la tête de la Camair-Co pour mettre en oeuvre le plan de Boeing Consulting pour la relance de la compagnie, Ernest Dikoum rame à contre-courant de cet objectif.

Ca fait déjà plus de trois mois que la Camair-Co a une nouvelle équipe managériale. «100 jours» dans le jargon du management et de la politique est le temps nécessaire pour apprécier et évaluer les premiers indices de la gouvernance. Ceci s’applique tant au niveau politique, micro et macroéconomique, que dans la gestion des entreprises ou toute autre structure productrice de biens et de services. La Camair-Co, compagnie aérienne nationale à capitaux publics, n’échappe pas à cette règle. Le Messager a investigué pour en savoir davantage sur les premiers 100 jours de l’ère Dikoum à la Camair-Co.

Au terme d’un conseil d’administration extraordinaire tenu le 22 août 2016 à Yaoundé, Ernest Dikoum se voit confier le poste de directeur général de Camair-Co en remplacement de Jean-Paul Nana Sandjo. Mefiro Oumarou, ministre délégué auprès du ministre des Transports, remplace Edouard Akame Mfoumou au poste de président du conseil d’administration. La feuille de route telle que déroulée par Alain Edgar Mebe Ngo, ministre des Transports et tutelle technique de la Camair-Co est claire comme l’eau de roche : «(…)

Votre mission consiste à mettre en exécution et sans délai le plan Boeing consulting approuvé par le chef de l’Etat, Paul Biya. L’équipe sortante a abattu un travail de titan dans des conditions très difficiles, en emmenant à bon port ce projet. Il ne vous revient que de l’exécuter comme a instruit le chef de l’Etat», a prescrit Alain Edgar Mebe Ngo’o.

Selon la tutelle, il ne s’agissait aucunement pour Ernest Dikoum et de Mefiro Oumarou de réfléchir ou d’interpréter quoi que ce soit à propos du plan Boeing. Ce d’autant que le contrat d’accompagnement avait déjà été paraphé entre le gouvernement camerounais et Boeing consulting. Il ne restait uniquement que les financements. En d’autres termes, tout était fin prêt pour que, à en croire la tutelle, les commandes des aéronefs soient finalisées dès leurs prises de fonction. En effet, le cabinet Boeing Consulting avait préconisé l’acquisition de neuf avions entre 2016 et 2018 afin de porter la flotte de la compagnie nationale à 14  aéronefs.

Boeing Consulting a aussi proposé l’utilisation de ces aéronefs dans un réseau comprenant 27 destinations dont 5 Intercontinentales. On peut citer entre autres Paris (France), Bruxelles (Belgique), Dubaï (Emirats arabes), Ganzhou (Chine) et Washington (Usa). D’autre part, Boeing a préconisé la densification des dessertes existantes, tout en ouvrant de nouvelles afin de booster l’activité de la compagnie. Quant au personnel, le cabinet américain, au terme de son évaluation, a recommandé non seulement le maintien des effectifs mais en plus, le recrutement progressif d’environ 300 agents d’ici fin 2018.

Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Dès sa prise de fonction, l’équipe Mefiro/Dikoum fait un vol plané et rame à contre-courant de la feuille de route prescrite par le gouvernement. Le premier geste-phare est la fermeture inattendue de certaines destinations régionales et Intercontinentales. La ligne Douala-Paris qui contribue à hauteur des 70 % des recettes de la compagnie est suspendue et son personnel est prié de regagner le siège de Camair-Co. Il en est de même pour Kinshasa (Rdc), Lagos (Nigéria), malgré la désapprobation du personnel de la Direction commerciale et marketing de la compagnie.

Pourtant, selon le plan Boeing, la desserte de Kinshasa constitue un point focal de ravitaillement des passagers en direction de Bruxelles dont l’ouverture est imminente. Le même plan envisage l’ouverture, en plus de Lagos, d’autres escales au Nigeria à l’instar de Port-Harcourt, Calabar et Abuja. Paradoxalement, Ernest Dikoum ferme toutes ces escales dont le personnel rentré au bercail se tourne les pouces à la direction générale de la compagnie. Plus grave, en lieu et place de la mise oeuvre du plan Boeing, le nouveau top management met plutôt en place une équipe d’experts locaux constituée de Cyrille Eloi Tollo, Bello Diko, Joseph Barla et Idriss Chedjou, dans l’optique d’élaborer un nouveau business plan pour contrer celui de Boeing.

Cet acte créé un désaccord entre Edgar Alain Mebe Ngo’o et Mefiro Oumarou, obligeant le Premier ministre, Philémon Yang, à intervenir, en présence du ministre des Finances, pour repréciser les missions d’Ernest Dikoum et de Mefiro Oumarou à la tête de la Camair-Co, à savoir mettre en application et sans aucune interprétation le plan Boeing. En dépit de ce rappel à l’ordre, Ernest Dikoum continue de poser des actes contraires à la prescription du Premier ministre. Comme par exemple, la désorganisation, sans l’aval du conseil d’administration, de l’organigramme de la compagnie pourtant conçu pour la relance.

Autre fait marquant, le Dg de Camair-Co prévoit, dans son plan d’action 2017, l’acquisition d’un Boeing 757 cargo alors que le plan Boeing envisage de transformer plutôt le Boeing 767-Dja en avion cargo. A en croire le personnel, le nouveau Dg veut faire de la Camair-co une compagnie domestique, ce qui est contraire aux ambitions du chef de l’Etat. Au vu des faits et gestes posés par Ernest Dikoum, des spécialistes de l’aéronautique rencontrés se posent trois questions. Soit le nouveau Dg tâtonne parce qu’il ne comprend pas le projet. Soit il roule pour des ennemis de la Camair-Co tapis au sommet de l’Etat.

Soit encore Ernest Dikoum est en mission commandée à la Camair-Co pour mieux préparer le positionnement de son ex-employeur Emirates au Cameroun. Quoiqu’il en soit, il est évident que c’est celui qui conçoit un projet qui maitrise en réalité toutes les ficelles. Or, le plan Boeing a été conçu en collaboration avec l’équipe Edouard Akame Mfoumou / Jean-Paul Nana Sandjo.

Cette équipe a été remplacée lorsqu’il fallait entrer dans la phase pratique du projet. S’agissant de la deuxième hypothèse, l’obstination du nouveau Dg à faire de la Camair-Co une compagnie de seconde zone laisse penser qu’il serait instrumentalisé par ceux-là même qui veulent la mort de la compagnie aérienne nationale afin de positionner la leur en gestation. La troisième hypothèse, soutenue par le personnel de la Camair- Co, s’appuie sur la déclaration d’Ernest Dikoum en plein comité de direction : « La ligne de Dubaï n’est pas rentable et l’Asie n’est pas importante pour nous. Nous ferons ces lignes avec certains partenaires ». Curieuse déclaration lorsqu’on sait que depuis quelques années, Emirates sollicite avec abnégation la cinquième liberté avec le Cameroun. Un auquel que le précédent top management, avec le concours de la tutelle, se sont fermement opposés. Ce d’autant que l’octroi dudit droit aux Emirates entrainerait sans nul doute la mort de la Camair-Co.

Source : © Le Messager

Par B-P.D.

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2 Commentaires sur "Cameroun : Camair-Co en zone de turbulence"

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Louis Florent Mimpem

Ce une entreprise maudite ou koi ?

Paul Kamdem

C’est depuis au moins vingt ans que la camerco est morte pas dans une zone de turbulences

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