Cameroun – Boko Haram : Plus de 170 000 déplacés dans l’Extrême-Nord, d’après Amnesty international

Plus de 170 000 déplacés dans l’Extrême-Nord, d’après Amnesty international | © Laurence Hoenig/MSF

Un communiqué de presse qu’a reçu CAMERPOST ce mercredi 22 février 2017 fait état d’un rapport 2016/17 publié par Amnesty international ; et dans lequel l’organisme met en garde contre les initiatives cyniques qui font régresser des droits humains établis de longue date.

« Les responsables politiques qui manient des discours pernicieux et déshumanisants de rejet des « autres » créent un monde plus divisé et plus dangereux », a ainsi alerté Amnesty International ce jour, lors du lancement de son évaluation annuelle de la situation des droits humains à travers le monde. S’agissant du Cameroun, le rapport révèle que plus de 170 000 personnes, en majorité des femmes et des enfants, ont été déplacées dans la région de l’Extrême-Nord. Amnesty International tient à alerter sur le fait que les crises actuelles seront exacerbées en 2017 par l’absence handicapante de volonté politique en matière de droits humains sur une scène internationale chaotique. Pour cet organisme, la politique de rejet des « autres » se manifeste également à l’échelle internationale, où le multilatéralisme cède la place à un ordre mondial plus agressif et plus conflictuel.

Son Rapport 2016/17 intitulé « La situation des droits humains dans le monde », couvre 159 pays et offre l’analyse la plus complète qui soit de la situation des droits fondamentaux sur la planète. En Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, il met en lumière les mesures draconiennes et disproportionnées (arrestations arbitraires, détention au secret, torture, disparitions forcées et exécutions extrajudiciaires, notamment) prises par les États pour répondre à des craintes, certes légitimes, en matière de sécurité.

Il est écrit qu’en 2016, l’utilisation cynique des discours rejetant la faute sur les “autres” et distillant la peur et la haine a atteint des niveaux inégalés depuis les années 30. Face à des craintes, certes légitimes, en matière de sécurité, « nous avons vu des États d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale prendre des mesures draconiennes et disproportionnées. Au Cameroun, un homme a été condamné à dix ans d’emprisonnement pour avoir transféré une blague sur Boko Haram par SMS », a déclaré Alioune Tine, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Il ajoute que dans  plusieurs pays, parmi lesquels la Côte d’Ivoire, la Mauritanie et le Nigeria, la répression des manifestations et les lois sanctionnant la dissidence ont confirmé que les États de la région étaient en train de reléguer les droits humains au second plan.

RECUL MONDIAL DES DROITS HUMAINS  

En 2016, certains s’en sont également pris aux réfugiés et aux migrants – des boucs émissaires faciles. Le rapport annuel d’Amnesty International montre que 36 pays ont violé le droit international en renvoyant illégalement des réfugiés dans des pays où leurs droits étaient menacés. Dans ce contexte mondial sombre, le Rapport 2016/17 montre que des groupes armés qui ont tué et enlevé des centaines de civils en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale ont ainsi contraint des millions de personnes à vivre loin de chez elles, dans un climat de peur et d’insécurité. De plus, au cours de l’an dernier, rapporte Amnesty, il y avait encore au moins deux millions de personnes déplacées dans le nord du Nigeria : 80 % d’entre elles étaient intégrées à la population d’accueil et les autres vivaient dans des camps généralement surpeuplés, où elles ne bénéficiaient pas d’un accès suffisant à la nourriture, à l’eau potable et aux installations sanitaires. Dans les territoires inaccessibles de l’État de Borno, des dizaines de milliers de personnes déplacées étaient retenues dans des camps sous la surveillance de l’armée nigériane et de la Force d’intervention civile conjointe (CJTF), une milice civile soutenue par l’État et formée pour lutter contre Boko Haram.

© CAMERPOST par Linda Mbiapa