Cameroun – Barthy : « Mon rap permettra de promouvoir ma langue maternelle » – 02/10/2014

Barthelemy Sietu Siatou, plus connu sous le nom de Barthy aka B.T.C est un rappeur camerounais. Avec son single « Yamelah » sortie au courant du mois de septembre 2014, l’artiste veut relancer sa carrière solo qui a connu beaucoup de soubresauts. Dans cet entretien, il revient sur son parcours et son album « Afritude » à venir.

Barthy : « Mon rap permettra de promouvoir ma langue maternelle »
Barthy : « Mon rap permettra de promouvoir ma langue maternelle »

Ton actualité, c’est la sortie de ce single intitulé « Yamelah » après plusieurs années dans le milieu du hip-hop.

Le single « Yamelah » est un son qui, à la base, m’a été inspiré par les étapes difficiles que j’ai traversé jusqu’ici. J’ai compris et me suis dit : même si on est en difficulté, il faut rester positif. Ce n’est pas parce qu’on a le ventre vide qu’on va l’affiche n’importe comment. J’ai donc intitulé la chanson « Yamelah » – « Yamenok » qui signifie « comment ça va ? ça va bien ».

Cette chanson est une association du français et du Féfé (langue parlée dans le Haut-Nkam) qui est ta langue maternelle. Une façon de te démarquer des autres rappeurs camerounais ?

 En quelque sorte oui. Mais derrière ça, il y a un combat, celui de vulgariser ma langue à travers le hip-hop et faire accepter ce genre musical aux enfants du village. Pour être écouté facilement chez moi quand on chante en langue maternelle, il faut faire du ben-skin ou un autre rythme dansant ; pas du hip-hop et c’est ce que je veux imposer. Je veux donc que les gens de mon village aient un aperçu de ce que sais que le rap. Et je pense qu’en m’exprimant dans cette langue que nous avons en commun, ils vont l’accepter.

D’aucun te dirons que tu n’es pas le seul qui fait dans ça. Malik Yanke en Afrique du Sud ou Carlos K au Cameroun font déjà ce jumelage français – Féfé dans leurs chansons.

Carlos K ne fait pas du Hip-hop. Il fait un autre style musical. Je veux qu’on accepte le rap fait en langue comme une musique de jeunes dans la localité. Pour Malik Yanke, je n’en sais rien.

Revenons à ce nom d’artiste que tu portes : « B.T.C ». A quoi renvoie-t-il ?

« B.T.C » veut dire Bathy Cœur ou Bâtiment C. J’ai adopté ce nom après un concours de freestyle au collège où je fréquentais à Nyalla, un quartier de Douala. J’étais en classe de première et dans le bâtiment C, abrégé B.T.C, que je représentais. Après ma victoire, tout le monde m’appelait B.T.C. Quand je passais, on disait : « voila le gars du B.T.C ». Et comme ça collait bien avec ma carrure, je l’ai adopté comme nom d’artiste.

Tu débutes ta carrière en 2004 dans la ville de Bafang à l’ouest Cameroun. 10 ans après, B.T.C est toujours dans l’ombre. Qu’est ce qui fait problème ?

Ce qui fait problème ce sont les moyens financiers et surtout l’encadrement. Pour pouvoir émerger dans la musique, il faut avoir les finances et être bien entouré. Ce sont ses différents éléments qui me manquaient jusqu’ici.

Et vous l’avez aujourd’hui ?

(Hésitation) En quelque sorte oui. Je ne vais pas dire que je suis bien entouré mais le peu que j’ai aujourd’hui permet qu’on commence à parler de moi dans les quartiers.

Après ce début laborieux, vous avez décidé vous joindre à un ami appelé LEX pour créer le groupe « Encre ». Ensemble, vous avez commencé à travailler sur un album intitulé « Fusion fatale » qui ne verra malheureusement pas le jour. Pourquoi ?

L’album n’a pas vu le jour parce qu’on a arrêté musicalement parlant de travailler ensemble. Pendant que le projet se faisait, on s’est rendu compte qu’on n’avait pas la même vision musicale. On a tout arrêté. On reste ami mais on ne travaille plus ensemble sur le plan musical. Les chansons du groupe se trouvent dans les archives que je garde puisque la majorité des chansons venait de moi, leader du groupe « Encre ».

Au lendemain de cette séparation, vous avez déposé vos valises dans le label de Shamack baptisé le « S.S.P » devenu « Mac Concept » en 2009. Quel souvenir dans ce label ?

De bons souvenirs parce qu’avec le label S.S.P, on a traversé de beaux moments et endurés beaucoup de choses aussi. Par exemple, quand l’un de nous avait 500 Fcfa, il achetait les beignets pour tout le monde. Après ça, on pouvait se moquer de nous et commencer à rêver du moment où chacun de nous aura sa voiture grâce à la musique. On se soutenait mutuellement et partageait tout. Malgré mon départ du label, nous sommes restés de bons amis. J’ai d’ailleurs participé à un projet qui a été fait chez le Mac Concept.

Après Mac concept, vous optez pour une carrière solo en 2010. Votre première streetape « A l’ancienne » enregistrée ne sort qu’en 2012, trois ans après…

En réalité, le titre de la streetape c’est « Intro » parce que c’est le premier projet musical solo que je mets sur pied pour tâter le terrain et essayer de me faire connaître plus par les rappeurs. Malheureusement, ça n’a pas marché comme je voulais même si certains rappeurs m’ont connu mais je voulais plus que ça.

A travers cette streetape, vous avez aussi fait un clip avec Napster qui n’a pas vu le jour…

Comme je disais tout à l’heure, l’entourage fait problème. C’est très important d’être entouré d’un certain type de personnes. Je suis tombé sur quelqu’un au mauvais moment. On a shooté le clip qui n’a pas pu être monté. Ce sont des choses qui arrivent dans la vie et je l’ai pris ainsi.

Malgré ces nombreuses difficultés, vous avez collaboré sur quelques projets. On en parle ?

Bien sûr. J’ai participé à de nombreux projets et c’est grâce à cette streetape que j’ai sorti en 2012. Certains rappeurs m’ont découvert à parti de là et m’ont sollicité dans leur projet comme le projet HH Academ produit par le label Hip-Hop Académie, le projet Spark Marck Entertainment intitulé « My flow » et le projet Malaria out organisé par le groupe Three Friends pour combattre le paludisme. Dans ce projet de lutte contre le paludisme, j’ai travaillé avec des artistes tels que : Museba, Andy Ndoumbe, Duprix, K-Men, Karnatox, Bibiane Sadey, Seguin Mignon, Sadrack du groupe Negrissim et Djo Arabo. C’était une très grande expérience.

Le single « Yamelah » est disponible. C’est quoi les projets suivants ?

Le projet immédiat c’est mon album qui sortira l’année prochaine (en 2015, Ndlr) et qui sera intitulé « Afritude » parce que je veux garder mes racines en faisant du rap. C’est pour promouvoir ma culture en restant toujours le rappeur que je suis. Et la plupart des chansons auront des colorations africaines.

© Camer Post – Propos recueillis par Frank William BATCHOU

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