Cameroun : Le barrage de Lom Pangar déjà en service

Visite du chantier de Lom Pangar par le Dr Théodore Nsangou, le directeur général de EDC, en mai 2014 | Archives / © EDC
Visite du chantier de Lom Pangar par le Dr Théodore Nsangou, le directeur général de EDC, en mai 2014 | Archives / © EDC

La première régulation du fleuve Sanaga a eu lieu lors de l’étiage 2016, après la mise en eau partielle. Et l’usine de pied de 30 mégawatts devant desservir l’Est est lancée.

La révolution énergétique nationale est en marche à partir de la région de l’Est. La mise en eau partielle du barrage de retenue de Lom Pangar, d’une capacité de trois milliards de mètres cubes d’eau, intervenue le 25 septembre 2015, a entraîné son exploitation lors de l’étiage de janvier à mars 2016. Aux dires des experts, la première régulation des eaux de la Sanaga a été une réussite sur toute la ligne. A l’heure actuelle, les travaux de ce barrage sont réalisés à 94%, selon le chef d’aménagement, Anthon Mitev que nous avons rencontré sur le site au début du mois d’avril. Lom Pangar est à 120 kilomètres de Bertoua, chef-lieu de la région de l’Est. Les ouvriers mettent les bouchées doubles pour boucler les travaux de finition dans les prochains jours. A cette allure, le chronogramme de la mise en eau définitive prévue en septembre 2016 sera tenu.

Est-il besoin de rappeler que le barrage de Lom Pangar occupe une place stratégique dans la relance de l’économie. Son importance et son poids dans l’économie nationale, actuellement plombée par un déficit énergétique criant, ne sont plus à démontrer. « Lom-Pangar va transformer la carte énergétique du Cameroun, c’est un barrage intégrateur pour le Cameroun, voire pour l’Afrique », avait précisé Mahtar Diop, haut responsable de la Banque Mondiale, lors de sa visite sur le site en 2014. Les pouvoirs publics parlent d’ailleurs d’un projet structurant. Selon les projections nationales, Lom-Pangar va permettre de construire une demi-douzaine d’autres barrages sur le bassin versant de la Sanaga : Nachtigal, Song-Mbengué, Song-Ndong, de Kikot, Grand-Eweng, Petit-Eweng… « Des études sur les puissances respectives de ces barrages sont ficelées », soutient-on du côté de EDC, maître d’ouvrage de Lom Pangar.

Ce barrage en finition, d’une capacité de six milliards de mètres cubes d’eau, entend apporter plus de 3 000 MW de puissance hydro-électrique garantie.  Selon les experts, il va permettre aussi de glaner des points dans l’augmentation du taux de croissance. A terme, il s’agira de mettre en valeur le potentiel du fleuve Sanaga estimé à 6 000 mégawatts. Quand on sait que le fleuve Sanaga, à lui seul, dispose de 70% du potentiel énergétique du pays et que le Cameroun a le troisième grand potentiel hydro-électrique en Afrique, après la RD Congo et l’Ethiopie, cette réalisation est une fondation pour le décollage économique. L’on sait que la production actuelle énergétique du pays, qu’elle soit thermique ou hydro-électrique, est de 1 327 MW. Alors que la demande est de près de 3 000 MW. Laquelle demande croit de 8% par an et avec un taux d’accès à l’électrification de moins de 20% en zone rurale. Ce taux d’accès est légèrement plus élevé en milieu urbain et dans les grandes métropoles.

Les abonnés du Réseau interconnecté Sud (RIS) vont désormais moins souffrir des délestages pendant l’étiage. La Sanaga qui perdait habituellement 1,6 milliard de mètres cubes d’eau en cette période, avec comme pour conséquence une baisse de production de l’ordre de 80 MW, va bénéficier de trois milliards de mètres cubes d’eau stockés. Voire plus. Avec Lom Pangar, les turbines des usines de Song-Loulou et Edéa qui ne fonctionnaient qu’à 30% de leur capacité devraient tourner à plein régime. Pour Théodore Nsangou, directeur général de EDC, la réussite de la mise en eau partielle est un bon indicateur pour la poursuite en toute sérénité de la construction de l’usine de pied et de la ligne de transport de la haute tension, de Lom-Pangar à Bertoua, dont les travaux sont déjà lancés. Avec des postes de transformateurs à Bertoua, Batouri, Abong-Mbang et autres. A terme, 150 localités seront électrifiées à l’Est.

Source : © Cameroon Tribune

Par Olivier LAMISSA KAIKAI