Cameroun – Bamenda : Ce qu’il faut faire

Des soldats dégagent une route à Bamenda, le 8 décembre 2016. | © REUTERS/Stringer

Aucun stratège politique, fut-il le plus ingénieux, le plus astucieux, n’aurait été crédité “d’habile ou de courageux”, en allant organiser une manifestation politique à Bamenda au lendemain d’une action sociale sur fond de grève des avocats et des enseignants dans cette ville dont on est sensé ne pas ignorer ses particularismes en matière des revendications à caractère politique.

Le rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir a posé cet acte sans adresse. Il l’a fait sans mesure. Il l’a fait pour une démonstration de force. Il l’a fait pour donner la preuve de son ancrage même dans des zones où il est contesté. Il l’a fait aussi par provocation politique. Le résultat est là : il a contribué à occasionner mort d’homme, peu importe le nombre des décès déclarés par chaque camp.

Quel que soit le bout par lequel nous connaîtrons l’épilogue de ces incompréhensions et de ces affrontements, le RDPC ne s’en sortira pas auréolé, bien au contraire, il va perdre en valeur d’estime. Il se serait évité cette énième maladresse, teintée de déficit de timing. Depuis la première décennie de la réunification du Cameroun, à partir de 1961 précisément, les deux régions du sud-ouest et du nord-ouest de notre pays qui ont l’anglais pour langue d’expression en commun, ont régulièrement manifesté des revendications de tout genre. Il leur a toujours été rétorqué à juste titre que tout est négociable en république, sauf l’unité nationale. Le Cameroun est indivisible. Il faut que cela soit enseigné dans des écoles de base.

Il faut que cela soit retenu par tous comme un dogme. Il faut que ce principe fondamental soit admis et contemplé comme un totem national. Une fois ces bases établies, en république et surtout en démocratie, tout est discutable, tout est négociable. Les problèmes que posent les enseignants, les avocats, les étudiants sont-ils des réalités visibles et palpables ? Si oui, pourquoi n’en discute-t-on pas ? Qui a dit que l’Etat, même le plus centralisé qui soit, détienne seul la vérité biblique ? Ce sont des humains qui ont conçu les règles de fonctionnement de l’Etat jacobin dont le Cameroun se veut être l’un des raréfiants néo- archétypes. Ce sont aussi de l’autre côté, des êtres humains à la tête pensante, qui font des revendications sociales puisées de leur vécu quotidien.

Alors, sans esprit condescendant astucieux, sans préjugés aucun, les uns et les autres devraient accepter de s’asseoir au bout d’une table, se regarder dans les yeux et esquisser des solutions aux problèmes que les leaders d’opinion sont parfois obligés de porter dans la rue, faute d’interlocuteur gouvernemental ou de volonté politique de discuter. Le gouvernement camerounais a opté depuis longtemps pour la posture et le discours de la peur : il considère les débats avec les représentants politiques ou sociaux comme une forme de faiblesse de l’Etat.

Il présente le fédéralisme comme le spectre de la division. Pourtant, à voir de plus près, il existe de part et d’autre des éléments très positifs pour le développement multisectoriel de ce pays. Il suffit d’informer, d’expliquer et d’éduquer les Camerounais de tout cela, on se ferait une économie d’affrontement. On éviterait au RDPC dans son zèle débordant, un mélange de genre qui ressemblerait au cafouillage, voire à une incapacité de savoir-faire ce qu’il y a de vrai à faire.

Source : © Mutations

Par Xavier Messè

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