Cameroun – Atteintes à la fortune publique : le pays coincé par ses lois

Séraphin Deffo

C’est ce que pense le fonctionnaire camerounais Séraphin Deffo Deffo qui vient de procéder à la dédicace du livre : « Enquêtes en eaux troubles ». En présence d’un parterre de personnalités et d’autorités administratives de la ville de Douala. Au rang desquelles le délégué du Gouvernement auprès de la Communauté urbaine et le directeur général du Port autonome de Douala. Note de lecture avec CAMERPOST.

Contribuer à la lutte contre la corruption

Dans l’ouvrage de 424 pages, l’auteur souligne que le Cameroun semble s’être inscrit dans ce que Jean Pierre Olivier de Sardan désigne par complexe de corruption à savoir : « un ensemble de pratiques illicites, techniquement distinctes de la corruption mais qui ont toutes en commun d’être associées à des fonctions étatiques, paraétatiques ou bureaucratiques, d’être en contradiction avec l’éthique du bien public ou du service public, de permettre des formes illégales d’enrichissement, et d’user et d’abuser à cet effet de position de pouvoir ».

Séraphin Deffo expose sa vision du problème relatif aux atteintes à la fortune publique au Cameroun. Pour lui, il faut éviter les erreurs de pensée du genre : « la corruption est partout, c’est comme le palu ; La corruption existe depuis toujours, c’est comme le péché ; La notion de corruption demande beaucoup de temps, et alors ? Dans beaucoup de pays la corruption n’est pas nuisible, elle lubrifie les rouages et soude le système politique, elle est quand même faible dans les pays développés ; La corruption va disparaître d’elle-même grâce à l’économie de marché et au pluralisme démocratique, faux ; Elle s’accroît si rien n’est fait ».

Le Cameroun a mal dans l’application effective des lois

Fort de tout cela, Séraphin Deffo dans « Enquêtes en eaux troubles », soutient que le Cameroun n’a pas mal à ses lois ni aux organes chargés de réprimer les atteintes à la fortune publique, mais plutôt dans l’application effective des lois. D’après ses dires, avec la globalisation, ces lois tendent à se ressembler dans tous les pays. « Enquêtes en eaux troubles est une contribution de plus dans la lutte que nous menons tous contre les serviteurs de l’Etat qui plongent pieds et mains dans les deniers publics et se servent au mépris de toute morale », dit l’écrivain qui précise n’avoir pas la prétention d’avoir livré la formule magique qui débarrassera le Cameroun du joug des prévaricateurs de la fortune publique.

Son livre est présenté au public dans un contexte où selon l’Observatoire  de lutte contre la corruption au Cameroun, 40% des recettes enregistrées chaque année au Cameroun ne servent pas le développement pour cause de corruption. En plus, selon l’organisation non gouvernementale camerounaise « Sos corruption », l’Etat perd en moyenne par an 40 milliards de Fcfa à cause du même fléau. Pour sa part, Greepeace estime que l’Etat perdrait en moyenne 100 milliards de Fcfa chaque année dans le secteur forestier, du fait de l’exploitation illégale. Des statistiques qui démontrent à suffire que les atteintes à la fortune publique ont fait leur lit au pays.

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