Cameroun : Atangana Mebara publie un livre-vérité depuis sa prison

Atangana Mebara publie un livre-vérité depuis sa prison | Photo d'archives
Atangana Mebara publie un livre-vérité depuis sa prison | Photo d’archives

« Quelques semaines après mon entrée en fonction, le Chef de l’État est parti en voyage privé à Genève.  Et y étant, il m’a instruit d’aller l’y retrouver. J’ai donc quitté Yaoundé, deux jours après cette instruction. L’Aide de camp m’avait prévenu que le Chef de l’État avait instruit le Chef d’Etat-Major Particulier de mettre à ma disposition l’avion présidentiel, le G 11. (…) J’ai été accueilli par une équipe de fonctionnaires de notre ambassade sur place, conduite par le Chargé d’Affaires et par des éléments de la sécurité présidentielle, qui  travaillent  généralement  avec  l’Aide  de  Camp.  (…) Aux alentours de 10h30, l’Aide de Camp m’a appelé pour me demander de monter. Je suis donc monté à l’étage des appartements du Président. J’ai attendu quelques minutes dans une pièce, puis l’Aide de camp m’a accompagné et introduit dans le salon des appartements présidentiels. J’ai trouvé le Président debout, m’attendant. Il m’a tendu une main que j’ai trouvée chaleureuse, tout en m’invitant à prendre place dans un des fauteuils à côté du canapé qu’il occupait ».

Des anecdotes comme celles-là fourmillent dans « Le secrétaire général de la présidence de la République au Cameroun. Entre mythes, textes et réalités », publié par Jean-Marie Atangana Mebara, ancien secrétaire général de la présidence de la République du Cameroun, embastillé depuis 2008. C’est la première fois qu’un proche du président Biya accepte de dresser un portrait de ce personnage discret que Marafa Hamidou Yaya, un autre ancien Sgpr, qualifie d’ « insaisissable ».   Le dernier ouvrage de Mebara publié à Paris et encore non disponible au Cameroun, est intéressant. Son préfacier, Eric Chinje, propose à tout lecteur d’avoir un papier et un stylo au moment de lire les plus de 300 pages.

La première partie de cet essai est en réalité un excellent cours d’histoire sur les secrétaires généraux de la présidence de la République. Le lecteur apprendra par exemple que le tout premier Sgpr s’appelle Christian Tobie Kuoh. Il a accédé à cette fonction le 21 mars 1960, à l’âge de 39 ans.  Jean Marie Atangana Mebara donne une idée précise de l’évolution de cette fonction sur le plan normatif de 1960 à 2012. Ceux qui aiment les chiffres sauront par exemple que, de l’indépendance du Cameroun jusqu’en 2012, 18 personnes ont occupé ce poste.

La deuxième partie du livre est un dialogue. L’auteur répond aux questions que lui-même se pose. Le style accroche. Il fait des révélations sur Paul Biya, et d’autres personnalités. Il évacue des idées reçues sur le chef de l’Etat. Mais une chose transparaît. L’ancien Sgpr considère Paul Biya comme un travailleur, comme celui qui maitrise les dossiers du pays.

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“Le secrétaire général de la présidence de la République au Cameroun. Entre mythes, textes et réalités” | © Edition L’Harmattan

Le lecteur apprend entre les lignes que la fonction de Sgpr au Cameroun est absorbante. Il faut sacrifier son temps et sa famille pour servir l’Etat. Mebara relate une anecdote : un jour il fermé son téléphone à partir duquel, le président de la République l’appelle.  Ce jour-là, il s’était rendu à l’église. A la fin de la messe, il joint le chef de l’Etat qui lui passe le savon et lui rappelle qu’il doit joignable à tout moment, « même à l’église ».

A travers ce livre, l’on appréhende désormais la complexité de cette fonction qui attire les amis de circonstance et les ennemis aussi. Il relate d’ailleurs comment Paul Biya le mettait en garde contre certaines personnalités qu’il refuse de citer.

© CAMERPOST par Ousmane Biri

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