Cameroun – Article du Monde sur la santé du couple présidentiel : L’offensive continue – 01/04/2015

Le chef d'Etat camerounais Paul Biya et la première dame, Chantal Biya, le 6 décembre 2013, à Paris. | CRÉDITS : © AFP
Le chef d’Etat camerounais Paul Biya et la première dame, Chantal Biya, le 6 décembre 2013, à Paris. | CRÉDITS : © AFP

Après le gouvernement, les médias publics, le tour est maintenant aux longs crayons de « défendre » le couple présidentiel camerounais.

On croyait cette affaire classée. Que non! L’article du journal français Le Monde publié il y a plus de deux semaines sur la santé du couple présidentiel préoccupe encore. Après des sorties sporadiques, hier, c’est le tour des universitaires de prendre le relais. Jacques Fame Ndongo, le chancelier des ordres académiques, et Manassé Aboya Endong, qui se présente comme « spécialiste avisé de la politique camerounaise », ont publié des tribunes libres dans la presse. Jacques Fame Ndongo, dans le style qui lui est propre, souhaite d’entrée de jeu que Le Monde ne devienne pas « l’Immonde ». Il parle visiblement au nom de son parti le Rdpc, dont il est membre du bureau politique et secrétaire à la communication du comité central. Pour lui, « gloser » sur la santé du couple présidentiel relève de ce qu’il appelle la fantasmagorie.

Jacques Fame Ndongo profite de sa tribune pour dispenser au Monde la leçon basique du journalisme. Il s’interroge comment ce journal a-t-il réussi l’exploit d’ « éviter la toute première opération journalistique qui soit, à savoir la critique des sources ou le recoupement des données brutes » Pour ce manquement, il écrit que le journal a fait non pas du journalisme, mais du roman, de la poésie etc. Citant Michel Mathien, Jacques Fame Ndongo croit savoir que le célèbre journal français souffre de quatre tares: la subjectivité, la suffisance, la sujétion, et la superficialité. S’agissant de la sujétion, l’homme politique écrit : « Au cas où le texte serait commandité, la déontologie journalistique voudrait que l’on mette clairement, en bandeau, la mention « tribune libre », « libre opinion », voire, le cas échéant, publiscopie, message ». Ainsi donc, pour Fame Ndongo, cet article pourrait être une commande. De qui ? Il n’en dira rien et s’entoure de légères précautions en utilisant le conditionnel.

Exil médical

L’autre texte, celui de Aboya Endong, abonde dans le même sens. Pour lui, toutes ces « révélations se cristallisent sur des lieux communs et des contrevérités alarmistes ». Il note un « sentiment d’amertume qui traverse de nombreux camerounais qui se sentent pour l’occasion abusés psychologiquement(…) ». Il croit avoir décelé les desseins du journal, qui visent à « affaiblir l’élan de solidarité qui s’est patriotiquement constitué derrière le président Paul Biya ». Il va plus loin en disant que cette « diversion » est de nature à suggérer « une perspective d’insurrection populaire devant conduire n’importe quel aventurier à prendre le pouvoir laissé vacant par un couple présidentiel ayant choisi l’exil médial ».

Décidemment, Yaoundé a du mal à laisser passer ces « diversions » du journal Le Monde. Une communication de crise est visiblement mise sur pied. D’abord, le gouvernement, par le biais du ministre de la Communication puis les média publics, où un journaliste  a pu qualifier ses confrères du Monde de psychopathes. Le tour est maintenant celui des longs crayons. La ligne de défense est simple : Le journal Le Monde a fait preuve de manque de professionnalisme, et que ses articles participent d’un complot ourdi contre le régime de Paul Biya. Mais, ce qui est à la fois étonnant et curieux, c’est l’intérêt porté sur ces articles pourtant ordinaires. Un simple droit de réponse ne ferait-il pas l’affaire ? Les tribunaux existent aussi, pourquoi ne pas les saisir?

Si ce problème est pris très au sérieux, pourquoi Paul Biya lui-même ne prendrait-il pas la parole pour dire quel est son état de santé, question de rassurer les Camerounais? Et puis être malade est une faute pour qui a l’âge du chef de l’Etat ?

Source : © Le Jour

Par Younoussa Ben Moussa

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