Cameroun – Art: Raconter l’histoire avec des images – 03/04/2013

Raconter l’histoire avec des images. © Camer Post
Raconter l’histoire avec des images. © Camer Post

Associer des visages aux noms de ceux qui ont marqué l’histoire de notre pays dans des domaines divers, telle est l’ambition nourrie par Hervé MOMO. Le jeune artiste plasticien a été révélé au public lors de l’exposition baptisée ’’ Lions for ever’’, au centre culturel français de Yaoundé.

C’est un Hervé MOMO les traits tirés par la fatigue qui nous reçoit, dans sa chambre d’étudiant au quartier Bonamoussadi. Nous sommes en début de soirée et notre hôte nous fait comprendre qu’il travaille sur un projet qui lui prend tout son temps. « Pardon pour le désordre je suis vraiment très pris. Je dors à peine quelques heures par jour » s’excuse t-il, entre deux bâillements qu’il essaie de retenir. Force est de reconnaître que depuis le succès du projet ‘’Lions for ever’’, le natif de Bafoussam dans la région de l’ouest est très sollicité. Pourtant, celui qui s’est fait un nom dans le milieu des arts plastiques reconnaît qu’il s’y est retrouvé un peu par hasard. « En fait j’étais en 6eme au lycée de Bafoussam, certains de mes camarades reproduisaient des héros de bandes dessinées. J’ai voulu faire comme eux et autour de moi on s’est rendu compte que sans fournir les mêmes efforts je faisais mieux qu’eux » explique t-il. C’est ainsi que l’adolescent qu’il était se découvre un certain talent pour le dessin.

De la classe de 6ème en 3ème, il peint pour le plaisir et réalise des portraits pour ses amis et par ricochet, il peaufine sa technique. Le déclic se produit alors qu’il est en classe 1ère. Il obtient un stage de vacances dans une entreprise de sa ville natale. « C’était une structure qui confectionnait des supports publicitaires, des affiches, des banderoles entre autres. Le directeur m’a entièrement laissé m’exprimer. Je pouvais créer, et mon travail a commencé à me rapporter un peu d’argent. C’est à partir de ce moment là que j’ai compris qu’il est possible de faire de l’art plastique mon métier en utilisant un support plus solide que le papier. La toile en l’occurrence. Parce que, voyez-vous, il faut beaucoup de temps pour faire un beau dessin mais le support papier est éphémère, il suffit qu’il soit trempé pour qu’il se détruise» souligne t-il. Une décision qu’il prendra seul contre l’avis de ses parents qui voyaient d’un mauvais œil son penchant pour les pinceaux. « Je me souviens encore des fessées que m’administrait ma mère lorsqu’elle me surprenait en train de dessiner. J’en garde encore les traces » se souvient-il le front froissé. Des ‘’corrections’’ qui ne le détourneront pas de sa voie.

Hervé MOMO, artiste plasticien camerounais
Hervé MOMO, artiste plasticien camerounais

Après son baccalauréat scientifique, décroché en 2004 avec une bonne moyenne, ses proches souhaitent le voir présenter les concours pour entrer dans une grande école. « Toute ma famille me proposait la faculté de médecine ou polytechnique, mon choix était fait bien avant et c’était la faculté des arts. C’était comme un électrochoc à la maison. J’ai eu droit aux discours sur la misère des artistes, sur mon inconscience, sur les débouchées de ma filière, tout y est passé. Seul l’un de mes cousins qui était également artiste a pris ma défense en essayant de convaincre mes parents de me laisser suivre mon instinct, » indique celui qui pour faire accepter son choix a décidé de s’assumer entièrement. Hervé MOMO subvient seul à ses besoins depuis qu’il est à l’université. Pour lui c’est un défi, même s’il reconnaît volontiers que les choses sont plus faciles depuis qu’il est connu dans le métier. Une notoriété acquise de haute lutte notamment a travers le projet ‘’Lions for ever’’.

Le 04 février 2010, le public de la ville de Yaoundé découvre le jeune artiste lors du vernissage de son œuvre au centre culturel français. « Le projet lions for ever part d’un constat simple : chez nous il y a un véritable problème de conservation des archives notamment écrites, visuelles ou sonores. Combien sont-ils les camerounais qui peuvent associer un visage au nom de certaines figures de notre histoire ? En plus de cela je me suis rendu compte que de nombreux camerounais sont sensibles à l’art figuratif c’est-à-dire la reproduction des visages ou des images qu’ils comprennent, la peinture abstraite est l’apanage d’une poignée d’individus; elle est de ce fait élitiste ». C’est fort de ce constat qu’il monte son projet qui pour un début doit accrocher le maximum de personnes possible. D’où le choix du thème relatif au football, une discipline érigée en véritable religion chez-nous. « Je me suis rapproché du centre culturel français de Yaoundé avec mon idée, le directeur a tout de suite été emballé et il m’a apporté son soutien. C’est ainsi que nous avons commencé à rechercher des partenaires susceptibles de donner une certaine envergure au projet. La fondation Samuel ETO’O a favorablement répondu » indique Hervé MOMO. Ce dernier consacra une année entière au projet Lions for ever. Un véritable travail de recherche puisqu’il fallait choisir entre les footballeurs des 50 dernières années, ceux qui avaient vraiment marqué les esprits. « Je ne pouvais pas prendre tout le monde, il a fallu opérer une sélection. C’est pourquoi je n’ai retenu au final qu’une trentaine aux rangs desquels ceux qui ont décroché un ballon d’or africain : MBOMA, ETO’O, MILA, NKONO, ABEGA. Les capitaines comme SONG, OMAM, ou MVENG, ainsi que des joueurs d’exception comme, MANGA ONGUENE et quelques autres » révèle t-il.

Une fois ce travail achevé, il était impératif de trouver des photos susceptibles d’êtres exploitées parce que l’idée était de réaliser des portraits géants (1m50 sur 1m20). Durant ce travail, l’artiste a rencontré certaines difficultés notamment la susceptibilité, les hésitations voire les doutes de certains footballeurs retenus dans le projet. « On me demandait ce que je comptais faire des photos, d’aucuns pensaient que c’était pour me faire des sous, d’autres n’avaient pas des photos expressives de l’époque où ils évoluaient sur les stades. Pour ces raisons et bien d’autres je me suis retrouvé avec 23 joueurs au final et j’ai fait avec ceux là » indique t-il.

Le 4 février 2010, jour du vernissage, le hall du centre culturel français est littéralement pris d’assaut. Des Personnalités parmi lesquelles le ministre des sports et l’ambassadeur de France, des sportifs et curieux ont tenu à apprécier le talent de l’artiste. De l’avis du directeur du CCF de Yaoundé, cette exposition est celle qui a attiré le plus grand nombre de visiteurs depuis une dizaine d’années. C’est pourquoi les tableaux ont fait le tour du Cameroun à travers le réseau des centres culturels et alliances françaises. L’une des particularités du projet Lions for ever est qu’aucuns des tableaux n’est à vendre. « C’est un devoir de mémoire, une sorte de contribution pour qu’on n’oublie pas que des personnes ont porté haut les couleurs de notre pays. Je ne compte pas m’arrêter aux footballeurs, je vais explorer d’autres secteurs comme la politique, la musique ou la littérature. C’est un premier pas ».

Pour le jeune artiste, le problème d’exposition demeure car il faudra bien que ces œuvres trouvent un endroit où tous ceux qui désirent les admirer puissent le faire aisément. Le musée national pourrait les accueillir mais des démarches doivent êtres entreprises dans ce sens. En attendant, Hervé MOMO traîne sa grande silhouette sur les aires de jeux du quartier Ngoa Ekelle tous les week-ends pour assouvir sa passion. « Le Deux-zero du samedi matin est incontournable avec les potes. Je suis par ailleurs un fan de l’inter de milan. Lorsque je ne suis pas devant mon ordinateur sur Internet, je travaille ». Même s’il avoue que le succès a son revers, il garde présent à l’esprit la joie dans le regard de sa mère le jour du vernissage. « Elle était au bord des larmes et j’ai compris ce jour là que je venais d’accomplir une grande œuvre » lance t-il en battant les paupières.

© Camer Post – Hakim ABDELKADER

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