Cameroun – Art musical : Comment les artistes vivent sans droits d’auteur – 28/05/2015

Lady sur la scène de l’IFC de Douala | Photo d'illustration
Lady sur la scène de l’IFC de Douala | Photo d’illustration

Certains disposent d’alternatives pour contourner les problèmes liés à l’absence de répartitions. Les moins nantis ont un quotidien difficile.

La crise qui pèse sur la gestion collective des droits d’auteur au Cameroun est persistante. Bien loin des batailles d’autorité au sommet du gouvernement entre le Premier ministre et la ministre des Arts et de la Culture, il y a un manque à gagner dans la rupture de perception desdits droits auprès des usagers. La conséquence directe étant la non redistribution des dividendes aux ayants droits, à savoir les auteurs, les compositeurs. La dernière répartition, une prime spéciale, date de septembre 2014. Et depuis, plus rien. Les artistes qui évoluent dans un contexte déjà caractérisé par la précarité et la piraterie de leurs oeuvres sont les principales victimes de cette situation.

« L’absence de répartition porte un préjudice aux auteurs. Ceux qui sont le plus affectés, ce sont ces artistes-là qui ne font rien d’autres que de mettre des disques sur le marché. Il y a aussi ceux qui sont inconscients de leurs droits », relève Joe Mboulè, le père de « Malabar ». A côté de cette catégorie d’artiste, le chanteur de renom identifie une autre catégorie plus clochardisée. Il s’agit de ces chanteurs, qui, du fait de la précarité peut-être, s’accrochent à des leaders qui les « dépanne » de temps à autre. On les appelle dans le milieu des « chefs de clans ».

En retour, lors des campagnes de positionnement dans le domaine de l’art musical, ces chefs attendent le soutien inconditionnel de leurs « ouailles ». Ce mode de vie est décrié par plusieurs musiciens qui ont trouvé une alternative pour subvenir à leur besoin en l’absence de répartitions. C’est le cas de Djéné Djento. Le chanteur de Makossa reconnait que la situation est difficile à vivre. Il affirme que seuls les artistes qui ont d’autres sources de revenus parviennent à tenir bon. « Moi je fais des affaires. Je fais notamment dans l’importation de certains articles. J’ai de grands enfants à nourrir. La misère et la mendicité vont tuer les artistes qui ne font rien d’autre comme activité», soutient –t-il.

Exilés

Loin de ce tableau sombre, il y a des artistes qui tirent plus aisément leur épingle du jeu. D’une part, il y a ces « exilés » qui vont chercher l’Eldorado ailleurs. Tsimi Toro réside depuis trois années en France. Lors de la dernière répartition au pays, il s’est fait représenter par son épouse. Le chanteur qui qualifie cette répartition de « moquerie » soutient que les artistes camerounais qui vivent en Europe ont trouvé des activités parallèles qu’ils mènent et parviennent à vivre sans droits d’auteur. Nkeng Godefroy n’est pas souvent au Cameroun. Joint au téléphone hier, il invite ses frères artistes à plus de créativité : « Le droit d’auteur n’est qu’une partie du salaire de l’artiste. J’ai un très grand regret pour les artistes qui n’écrivent plus, ne produisent pas des titres qui peuvent susciter une bonne promotion.

Le véritable artiste doit mettre constamment des albums intéressant sur le marché, organiser des spectacles à l’échelle nationale et internationale ». D’autre part, il y a cette catégorie d’artistes vivant au pays qui ont misé sur la vente des disques, dont ils ont sans doute trouvé la formule idéale pour contourner le phénomène de piraterie ou du moins en réduire les influences. Très sollicités lors des festivals et autres foires, ils capitalisent aussi les prestations scéniques. On retrouve dans ce rang, les chanteurs du groupe X-Maleya et l’artiste Petit-Pays. « Effata » qui ne prend plus en considération les droits d’auteur est en outre propriétaire de plusieurs immeubles en location à Douala. Il est actuellement lancé dans la construction d’un mini-ranch et un terrain de football à Bomono, une localité située dans l’arrondissement de Dibombari.

Les mieux nantis qui ne sont pas affectés par la crise, ce sont ces artistes camerounais évoluant à l’échelle internationale. Ils récoltent leurs droits auprès de la Société d’auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem). Ces artistes ont le mérite de mener une carrière internationale riche, avec plusieurs dates de spectacles dans les différents pays du monde. On peut ranger dans cette catégorie des artistes comme Charlotte Dipanda, Kareyce Fotso, Manu Dibango, Richard Bona, Vicky Edimo, Jean Dikotto Mandenguè et tous les autres bassistes camerounais de renommée mondiale.

Jeunes loups ambitieux

Enfin, il y a des jeunes loups ambitieux tels que Dynastie le Tigre : « Je n’ai jamais perçu les droits d’auteurs. Je suis étudiant en Faculté d’art et spectacle mais je ne connais pas ce qu’on appelle droit d’auteur. On se dit quand même qu’un homme digne doit se rassurer qu’il a marqué sa génération. Je ne vais pas aller à la Socam ou à la Socacim qu’on vient de créer. Ce qui m’importe, c’est de créer de belles chansons pour mon public. Je vois plusieurs artistes discuter des droits d’auteurs, je dois vous dire que je ne connais pas leurs chansons. Les artistes doivent être des modèles, intelligents et sages.

J’ai vu des aînés se plaindre quand la Socam existait encore ! Ceux-ci disaient avoir perçu 19.500 FCfa. Croyezvous que cela puisse m’aider ? Moi, je suis orphelin, j’ai 25 ans et des frères à encadrer, un loyer de 100.000 F.Cfa à payer. Ma maison est en chantier, 19000 ou 28000 F.Cfa pour certains autres. Cela ne peut même pas payer des sacs de ciment. Moi, je vis des spectacles, des fruits du cabaret. L’enjeu, c’est de chanter vrai, offrir de bons spectacles et non chanter le sexe pour aller après à la Socam réclamer les droits d’auteurs », assène-t-il.

Source : © Le Jour

Par Jean-Philippe Nguemeta et Mathias Mouendé

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