Cameroun – Aminatou Ahidjo : « je ne suis pas esclave de l’histoire »

Présidente du Conseil d’administration du Palais des congrès de Yaoundé | Archives/DR
Présidente du Conseil d’administration du Palais des congrès de Yaoundé | Archives/DR

La nouvelle Présidente du Conseil d’administration du Palais des congrès de Yaoundé et militante du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc) s’est exprimée sur les antennes de la Cameroun radio television le 4 juillet dernier. Dans cette interview, la fille de l’ancien président de la République Ahmadou Ahidjo souligne la relation paternelle qui la lie au Chef de l’Etat Paul Biya, revient sur les tensions au sein de sa famille occasionnées par son adhésion au Rdpc et la récompense que se veut cette nomination.

Aminatou Ahidjo vous êtes désormais investie des pouvoirs que vous confère le poste de Pca du palais des Congrès de Yaoundé, à 50 ans ; comment vous sentez-vous madame ?

Je suis très heureuse, très contente, et très émue.

Et pourquoi l’émotion ?

Ce lieu a été inauguré par son Excellence Ahmadou Ahidjo, mon père, le 12 mai 1982. J’y reviens. J’ai été nommée par son Excellence Monsieur le Président Paul Biya ; donc l’émotion, vraiment tout y est.

Le palais des Congrès effectue en ce moment une modernisation à la fois infrastructurelle et managériale.  La nouvelle Pca que vous êtes, en a-t-elle pris la pleine mesure ?

Dès que la nomination est sortie, j’ai pris la pleine mesure. Je sais que la tâche qui m’attend est grande et lourde. Mais servir son pays, c’est tellement exaltant que je ne vois pas encore ce qui pourrait me rendre anxieuse. Je vais accomplir ma mission avec énergie, avec courage, avec détermination et avec beaucoup d’humilité. Je crois que j’y arriverais.

Vous êtes militante du Rdpc, depuis le 6 septembre 2013. Le poste de Pca du Palais des Congrès est-il pour vous la juste récompense que vous attendiez mieux de votre engagement dans le parti de Monsieur Paul Biya ?

Je vais vous dire quelque chose de très simple. Lorsque j’ai tendu la main à son Excellence Monsieur le président Paul Biya, il m’a fait confiance. Il a accepté ma main tendue. Il m’a fait confiance pour battre campagne pour les élections législatives et municipales de 2013. Cette confiance n’a jamais été démentie. C’est une haute marque de confiance qu’il fait en me nommant présidente du Conseil d’administration. Une chose que je peux dire à travers vos micros, c’est merci mille fois monsieur le président. Donc, vraiment c’est tellement beau ce que le président a fait.

Vous ne rêviez pas de mieux ? Pca ça vous suffit ?

Non je sers mon pays.

De 2013 à 2016 l’attente d’un décret présidentiel n’a-t-elle pas été longue pour vous ?

Non. Pas l’attente d’un décret. On n’attend pas un décret.

Vous avez été surprise par cette nomination ?

Oui tout à fait. Mais on n’attend pas un décret. On se laisse surprendre. On fait confiance

Même si on est consulté avant ?

Je n’ai pas été consultée. On fait confiance au Chef de l’Etat et chaque chose vient en son temps. C’est lui seul qui sait à quel moment il vous appelle.

Vous êtes présentée comme une spécialiste de la communication politique. Finalement votre arrivée au Rdpc participe-t-elle du jeu politique dans ce cadre ou alors de la conviction militante ? Croyez-vous  aux idéaux du Rdpc ?

Au nom de la conviction militante.  Pensez-vous que j’aurais pu battre campagne pour les législatives et municipales en 2013 si je n’étais pas convaincue de mon engagement envers le Rdpc ? Vous le pensez ?

En communication politique il y a le jeu et l’enjeu…

Je ne suis pas du tout dans cette sphère. Je crois que quand on fait les choses sincèrement, on les fait sans calcul on a le meilleur résultat

Sauf que depuis la dernière élection, on ne vous a plus beaucoup vu sur le terrain. Ou êtes-vous passée madame la militante?

Je savais qu’après cette campagne qui avait été très médiatisée, il fallait que je prenne du recul. J’avais retrouvé mon pays, être surexposée n’est pas ma nature.

Ça c’est le spécialiste de la communication qui parle…

Non c’est la militante. J’ai suivi tout ce qui se passait et j’étais là. Je n’étais peut-être pas devant les caméras, mais la campagne, c’était un temps. Ça s’est arrêté. Les choses s’arrêtent et les choses reprennent.

Quelles sont vos relations avec le président de la République ? Ce sont des relations  de militante à président national ou alors les relations d’une fille à son père ?

D’une fille à son père. Vraiment d’une fille à son père.

Pourquoi vous insistez là-dessus ? Vous vous voyez ?

Non. Mais je l’ai dit quand j’ai commencé la campagne qui me ramenait vers cet homme. J’ai retrouvé un père.

Et qu’est ce qui nourrit cette relation paternelle ? Le père vous fait des signes pour vous montrer son amour ?

Le père est toujours là quand on tend la main après beaucoup d’années d’absence. Le Chef de l’Etat a accepté que je rentre au Cameroun. Dès qu’il a accepté, l’enfant avait retrouvé le père. L’enfant n’est pas obligée de voir le père tous les jours. Mais on sait que le père est là. On sait que le père veille. Je crois que s’il n’avait pas veillé, je ne serais pas là aujourd’hui devant vous.

Et votre engagement dans le Rdpc, vous pouvez dire qu’il est sans risque?

Ou sont les risques ?

Dans votre entourage par exemple

Alors je vais vous dire une chose. Je crois qu’il ne faut accepter aucune servitude. Je crois qu’on n’est esclave de rien ni de personne. Ni de la mémoire ni de l’histoire. Ma liberté, elle est d’abord intellectuelle et elle m’oblige à construire ma responsabilité. C’est vrai, je suis porteuse d’un patrimoine fait de choses difficiles et de choses lumineuses. Mais je trace ma route.

Est-ce qu’il est difficile pour vous de porter le nom qui est le vôtre ? Ahidjo

Non pas du tout

Il vous ouvre plutôt des portes alors ?

Non. Parce que ce patrimoine est fait de choses difficiles comme tout parcours, tout patrimoine. Et de choses lumineuses. Donc les choses lumineuses l’emportent sur les choses difficiles. Et la preuve est que je suis aujourd’hui devant vous.

Madame la Pca à peine installée vous êtes déjà appelée à présider jeudi prochain, 7 juillet 2016, la 27ème session ordinaire du Conseil d’administration du palais des congrès, consacrée à l’examen des comptes. Ce n’est pas trop tôt pour vous ? Même pas le temps de découvrir les dossiers.

Je vais faire ce qu’il faut avant cette date. Pas de souci.

Vous avez déjà travaillé avec vos collaborateurs, notamment le directeur général à ce sujet ?

Tout à fait.

Alors un petit mot à l’endroit des militants et des militantes qui ont animé et vous on applaudi pendant toute la cérémonie d’installation. Qu’est-ce que vous leur dites ?

Merci beaucoup d’avoir été là. Je leur demande de faire comme moi. Le président de la République, le président national nous a toujours demandé d’oser. Tous ces jeunes, à tous ceux qui désespèrent des fois, à tous ceux qui baissent les bras, il faut oser. Il faut innover.  Le président de la République, le président national ne nous demande pas de faire des miracles. Il nous demande de faire ce qu’on sait faire. Ce qu’on peut faire. De le faire bien. Et de temps en temps de le surprendre. Je crois qu’il ne nous en tiendra pas rigueur.

Aminatou Ahidjo, un petit mot à l’endroit du personnel du Palais des congrès qui vous accueille et vous découvre en même temps.

J’espère que tout se passera bien. J’espère qu’ils verront en moi, des qualités humaines et managériales que peut-être que, je crois avoir. Voilà j’espère que tout se passera bien.

Le ministre des Arts et de la culture dans son discours de nomination et d’installation a qualifié votre nomination comme un appel du destin…Comment avez-vous compris cette phrase, Elle vous donne des idées ? « Un appel du destin ».

Ça ne me donne pas des idées par rapport à moi. Il m’a fait des clins d’œil ces derniers temps, le destin. Il m’en avait fait aussi avant. Destin particulier, trajectoire particulière. Et comme je suis croyante, ce destin-là, je comprends pourquoi il l’a dit.

Source : © La Nouvelle Expression

Par © Crtv radio