Cameroun – Alternance politique : Joseph Owona favorable à une rotation régionale du pouvoir

Joseph Owona favorable à une rotation régionale du pouvoir | Illustration/DR
Joseph Owona favorable à une rotation régionale du pouvoir | Illustration/DR

Dans son dernier opuscule intitulé « Systèmes politiques précoloniaux au Cameroun », Joseph Owona, l’enseignant de Droit constitutionnel appelle à la rupture du « ping-pong nord-sud », et invite les institutions camerounaises à une « alternativité équitable » dans la gestion de la cité.

« (…) Une des solutions d’avenir de nos institutions sera d’inventer l’alternativité, une alternativité équitable dans un Cameroun réputé comme étant une Afrique en miniature. L’alternativité régionale s’avèrerait peut-être comme la règle la plus souhaitable, consistant en une rotation du pouvoir suprême entre toutes les régions du pays : Nord, Sud, Extrême-nord, Ouest et Est, rompant avec le fameux ping-pong nord-sud… » Cet extrait tiré du dernier ouvrage du Pr Joseph Owona intitulé « Systèmes politiques précoloniaux au Cameroun », se recense parmi les ébauches de solutions qu’a consignées l’Enseignant de Droit constitutionnel dans les dernières feuilles de son livre, paru chez l’Harmattan, pour déplorer le mode de gouvernance de la «cité», qui n’est pas seulement inhérente aux institutions actuelles, mais qui trouve sa source dans les systèmes politiques des sociétés traditionnelles camerounaises avant même la colonisation. Le pouvoir suprême en tant qu’institution devrait, à en croire Joseph Owona, transiter par toutes les régions du Cameroun et cesser d’être l’apanage de deux régions, le Nord et Sud, comme ça l’est depuis l’accession du pays à l’indépendance en 1960. « Quand vous avez un pays où il y a 230 langues, si vous voulez diriger le pays, il faut savoir comment l’unifier. Il faut trouver un moyen », a déclaré l’auteur au cours de la présentation de l’ouvrage vendredi dernier à l’Institut des Relations internationales du Cameroun (Iric) à Yaoundé.

L’« alternativité régionale » et donc la rotation du pouvoir suprême entre les régions, s’identifie dans cet ouvrage de 114 pages au système politique classique appliqué dans la chefferie de Bali-Kumbat, qui dans le kaléidoscope de systèmes des sociétés traditionnelles (Beti, Basa’a, Douala, Mofu, Bamileké, Bamoun, Makon…) étudiés par l’auteur, «présente seule un exemple réussi de dynasties alternatives», souligne Joseph Owona. En effet, depuis l’existence de ce royaume en 1834, trois clans royaux alternent au trône : les Galabe, les Gwanyin et les Nyamnyin. Les autres sociétés politiques classiques par contre sont dans la plupart des cas, le fait d’une seule dynastie lignagère, qui repose sur un consensualisme sans opposition politique véritable autour du « roi ».

Volte-face

Cette étude démontre que les peuples du Cameroun précolonial avaient des systèmes politiques organisés. Le grand Sud état dominé par des démo-anarchies, les savanes et le grand Nord par des Etats-chefferies. Toutefois, il n'y avait ni opposition, ni alternance au pouvoir. Cela s'explique par le fait que ces sociétés étaient soudées par des rites d'initiation complexes et socialement utiles. | © L'Harmattan
Cette étude démontre que les peuples du Cameroun précolonial avaient des systèmes politiques organisés. Le grand Sud état dominé par des démo-anarchies, les savanes et le grand Nord par des Etats-chefferies. Toutefois, il n’y avait ni opposition, ni alternance au pouvoir. Cela s’explique par le fait que ces sociétés étaient soudées par des rites d’initiation complexes et socialement utiles. | © L’Harmattan

Autrement, l’auteur est tombé sous le charme du système politique de la chefferie de Bali-Kumbat, dans lequel il trouve une alternative pour le Cameroun. Joseph Owona semble ainsi favorable à une alternance politique au pouvoir suprême, même si lors de la dédicace de son ouvrage, il a semblé se débiner lorsque la question était abordée sous un autre prisme. « Je ne suis pas candidat à l’élection présidentielle. D’abord je suis déjà trop vieux », a-t-il ironisé. Titillé par les hommes de médias sur la longévité au pouvoir des chefs d’Etat africains au pouvoir, précisément de Paul Biya qui est aux affaires depuis 34 ans, l’ancien ministre de l’Education nationale a semblé curieusement tourner sa langue. « Vous croyez que les blancs n’aiment pas le pouvoir comme les autres ? En Angleterre, Madame Thatcher, elle est restée premier ministre pendant combien de temps ? 17 ! Elle a été d’ailleurs révoquée que par une révolte à l’intérieur de son propre parti. Prenons toujours l’Angleterre, Disraeli, premier ministre pendant combien de temps ? 27 ans. Et 27, ce n’est pas loin de 30. Donc, ces choses-là, ça dépend du système politique. Ça doit être souple pour que ça marche avec le système politique », s’est-il défendu.

En effet, Joseph Owona, en tant que l’un des fabricants de Constitution camerounaise de 1996, trouvait ainsi les mots pour tenter de persuader l’opinion de ce que le verrou du mandat présidentiel auquel il a participé à sauter pour faciliter son extension, ne convenait plus au système politique camerounais. « Une constitution est quelque chose qui doit aussi être souple, qui doit suivre la dynamique politique, peut-être pas pour les règles essentielles, mais pour suivre les règles politiques, l’évolution politique, la dynamique politique parce que si elle est trop rigide, elle repose autour d’un dictateur qui décide tout seul », dira-t-il.

Source : © La Nouvelle Expression

Par Yannick Kenné