Cameroun – Alain-Daniel Nsegbe : « Les jeunes africains doivent croire en eux » – 19/09/2014

Lauréat du prix littéraire Ahmadou Kourouma avec l’œuvre intitulée « Ceux qui sortent dans la nuit », publiée aux éditions Grassets en France, Alain-Daniel Nsegbe  a procédé à la dédicace de son ouvrage, le 15 septembre dernier à l’Institut Français de Yaoundé.

Mutt-Lon – alias Daniel Alain Daniel Nsegbe – lors de la remise du Prix Kourouma 2014 vendredi 2 mai à Genève.
Mutt-Lon – alias Daniel Alain Daniel Nsegbe – lors de la remise du Prix Kourouma 2014 vendredi 2 mai à Genève.

Comment un illustre inconnu fait-il pour réussir l’exploit de se faire publier par une célèbre maison d’édition ?   

C’est le résultat de la détermination et de l’abnégation, mais aussi d’énormes sacrifices. J’ai envoyé le manuscrit à plusieurs maisons d’édition en 2011, avec des fortunes diverses. Lorsqu’ils m’ont appelé pour me dire que mon œuvre allait être publié j’ai passé des nuits blanches tellement j’étais heureux.

Votre livre parle de sorcellerie et de choses mystiques. Êtes-vous un initié ?

Non, je parle des réalités de chez nous. Tous les africains et singulièrement les  camerounais savent de quoi je parle. Le Famla’a chez les bamilékés est une réalité, les ewusus ou ewus chez les bétis existent. J’ai juste mis des mots pour décrire une réalité connue dans la culture africaine.

Vous parlez des gens qui sortent dans la nuit

Oui, il existe des personnes qui ont la capacité de sortir de leur enveloppe corporelle dans la nuit pour faire des choses précises. Je parle de ceux là, sans appartenir à leur milieu. Je ne veux pas juger ou stigmatiser, mais je suis convaincu que l’Afrique peut apporter beaucoup plus au monde. Nous avons des choses à apprendre au monde. Nous devons juste en prendre conscience, et sortir de nos préjugés et de nos aprioris. Mon livre est un appel au retour aux sources, c’est un questionnement : qu’avons-nous fait de notre histoire ? Qu’avons-nous fait de notre identité, de notre héritage culturel ? Aujourd’hui il revient à la jeunesse africaine de s’approprier son histoire et les valeurs de sa culture. Les jeunes doivent croire en eux, ils doivent oser et surtout persévérer. Mon histoire est l’illustration de ce que je dis.

La couverture du livre.
La couverture du livre.

Qui est Daniel Segbé ?

Je suis un camerounais originaire d’un petit village nommé Messondo. Je suis né en 1973. Je suis diplômé en photographie et audiovisuel ; je suis d’ailleurs en service à la CRTV, la Cameroon Radio Télévision.

Une formation qui ne vous prédispose pas à faire dans la littérature…

C’est exact. Je suis une sorte de touche – à – tout. Figurez vous que lorsque j’étais plus jeune je rêvais de devenir médecin. J’ai même présenté à deux reprises le concours de l’école de médecine sans succès. Après le bac dans les années 1990, j’ai pris une inscription à l’université de Yaoundé. Mais c’était l’année dite de ‘’braises’’ avec l’avènement du multipartisme et à l’université, il y avait des mouvements d’humeur tout le temps. Les policiers investissaient le campus à longueur de journée. Tout cela m’a dégouté de l’université. J’ai tout laissé tomber et je suis rentré dans mon village à Messondo. Au village j’ai demandé à mon père de me trouver un lopin de terre pour y pratiquer des activités agricoles. Mais ma passion pour la littérature, je la tiens de ma mère qui est une lectrice boulimique. Elle lit tout ce qui lui tombe sous la main. Depuis tout petit je voyais ma mère lire presque tous les jours. Cela a suscité ma curiosité je voulais savoir ce qui se cache dans les livres. J’ai commencé par les bandes dessinées. Tout est parti de là, et depuis je suis un amoureux des lettres. J’ai commencé à écrire dès le secondaire.

Revenons à votre parcours, vous êtes dans votre village

Oui mon père a estimé qu’il me faillait trouver une formation professionnelle. C’est ainsi que j’ai fait un BTS en photographie et audiovisuelle. Après ma formation, je me retrouve au chômage et je rentre au village. Comme je ne trouve rien à faire je passe le plus clair de mon temps à écrire. En 2002, je suis même enseignant de mathématiques dans le lycée de mon village. J’ai enseigné pendant trois ans. Avec la libéralisation du secteur de l’audio visuel, et la création des chaines de télévisions privées, je m’installe à Douala où je décroche un boulot de monteur dans une boîte audio-visuelle. Plus tard je suis recruté à Canal2 et quelques temps après j’entre à la CRTV, où je suis encore. Comme j’ai plusieurs manuscrits sous la main, j’ai envoyé l’un d’eux à la maison d’édition Grasset en 2011. Ils l’ont retenu et ont décidé de le publier et de le présenter au prix littéraire Ahmadou Kourouma. À la surprise générale, j’ai décroché le premier prix.

© Camer Post – Entretien Réalisé par Hakim ABDELKADER

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