Cameroun – Aissatou : « Mon mari m’abandonne avec trois enfants »

Aissatou et ses enfants peu aprés la priére | DR
Aissatou et ses enfants peu aprés la priére | DR

Pour se nourrir, Aissatou et ses quatre rejetons vivent de la mendicité à Yaoundé.

La voix douce, des mots simples, des gestes désespérés, Aissatou est assise sur un sac gris étalé sous un manguier. Nous sommes à l’esplanade de la mosquée de la Cité verte à Yaoundé. Il est un peu plus de 11h. Les fidèles commencent à affluer en ce vendredi 1er janvier 2015. Aissatou n’est pas seule.  Elle est venue avec ses trois enfants dont la plus grande a huit ans. Safia joue avec ses cadets, Latifa et Idrissou. Ils sont sommairement vêtus. La robe de Safia qui lui arrive aux jambes a perdu son éclat. Visiblement, elle avait été rose. Ses cheveux sont en pagaille.  Latifa porte un chapeau aux larges bords de couleur grisâtre. Idrissou, le seul garçon joue sur les escaliers avec de feuilles mortes qu’il transforme en « avion ».  Il joue gaiment et ne prête pas attention sur tout ce qui se passe au tour de lui. Cette sérénité tranche d’avec la tristesse dans laquelle vit sa mère, Aissatou emballée dans un pagne jaune, non seulement défraichi, mais impropre. « Mon mari est parti depuis plus d’une semaine. Je ne sais pas où il se trouve », commence-t-elle avant de réajuster son foulard. Elle est hésitante.  Safia arrête soudain de jouer et l’observe, l’air inquiète. Puis, elle ramasse des cailloux et recommence à jouer en jetant de temps en temps des regards furtifs vers sa mère assise juste à côté. Elle reprend la parole après s’être concertée avec elle-même. Mais à l’observation, elle voulait s’assurer du sérieux du journaliste.  « Le matin, il est sorti pour aller au marché comme d’habitude. Je lui ai fait à manger. Il est sorti de la maison et jusqu’aujourd’hui, il n’est plus revenu », insiste-t-elle. Ce mari s’appelle selon sa femme Hamidou. Il est vendeur ambulant des chaussures. « Avant, il était veilleur de nuit, mais depuis quelques temps il s’est reconverti en vendeur de chaussures », ajoute-elle.  A la question de savoir si Hamidou avait l’habitude de se comporter ainsi, elle répond non : « Il ne l’a jamais fait auparavant », dit-elle d’un ton ferme. « J’appelle sur son numéro portable, il ne décroche pas. Je ne sais pas ce qui lui ai arrivé », se désole-t-il.

Aissatou qui avait son petit commerce au quartier Madagascar où elle vit est tombée en faillite. « Puisque mon mari n’est plus là, je suis obligé d’acheter à manger à mes trois enfants et à subvenir à tous besoins. J’ai utilisé tout l’argent. Je n’ai plus rien et maintenant je dois chercher mon mari ou rentrer à Garoua », planifie-t-elle.  Elle a alors décidé de venir à la mosquée solliciter l’aide des âmes sensibles. « Peut-être que les gens vont m’aider », espère-t-elle. Et justement, à la fin de la prière, son gobelet était à moitié rempli de pièce de 25 Fcfa de 100 Fcfa. Elle est repartie vers dans son quartier vers 14h avec de quoi manger le soir. Et demain alors ?

© CAMERPOST par Ben Moussa

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