Cameroun – Aéroport de Nsimalen : Controverse autour de l’interpellation des présumés terroristes – 13/05/2014

Suite à l’annonce de l’arrestation jeudi dernier de deux présumés terroristes, en possession d’armes et explosifs à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen, les aéroports du Cameroun (Adc) montent au créneau, pour donner leur version des faits. Tandis que la police brille par son mutisme.

Aeroport de Yaounde Nsimalen - Photo: © L.N.E.
Aeroport de Yaounde Nsimalen – Photo: © L.N.E.

Il est 12h et demi ce lundi 12 mai 2014 à l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen. L’ambiance y est en mode « sécurité ». Les réunions sont interminables à la tour de contrôle. Normal, avec le branle-bas de la semaine dernière, consécutif à un incident dont la responsable de la division de la Communication et de la documentation des aéroports du Cameroun (Adc), Anne Marthe Mvoto, restitue succinctement la genèse. «Le 8 mai dernier, lors du filtrage des bagages pour l’embarquement d’un avion de la Brussels Airlines, la police a découvert un engin qui semblait suspect. Elle a appliqué directement la procédure qui veut qu’on exfiltre le bagage en question, et qu’on interpelle également le suspect, tout en évacuant le périmètre. On a fait venir les responsables de la compagnie, fait descendre les passagers et recommencé minutieusement les fouilles. Au final, aujourd’hui, il se trouve que c’est la batterie du ipad d’un des passagers qui avait anormalement gonflé.» Il s’agissait plus précisément, souligne sous cape un agent d’Adc, d’un Airbus 333, très sophistiqué, et capable de détecter les anomalies que le Pif (appareil de détection des bagages) n’aurait pas découvert. Ce serait donc ce qui a causé le fait que le décollage de l’avion soit différé sine die, question d’y voir un peu plus clair.

Pourtant, la nouvelle a tôt fait de défrayer la chronique dans les médias, que les commentaires sont allés bon train. D’aucuns estimaient d’ailleurs qu’il s’agit de deux expatriés qui auraient été interpelés avec des armes et explosifs, alors qu’ils se rendaient aux Etats-Unis via Bruxelles. Toute chose qui a été démentie par les responsables d’Adc, pour qui «ce n’était qu’une fausse alerte». «L’appareil que la suspecte détenait se présentait comme des explosifs, poursuivent-ils, mais il fallait lever tout doute.» Même s’ils sont unanimes sur le fait que la dame suspectée a été placée en garde à vue pour besoins d’enquête. Parce qu’il s’agissait d’un vol international, pour paraphraser la division de la communication d’Adc, une action concertée a été mise en branle. «Les opérations de contrôle et de déminage impliquaient naturellement la Belgique, les Etats-Unis, l’Asecna, la Ccaa.» Les Etats-Unis parce que c’était la destination finale de ce couple de nationalité camerounaise, que les responsables d’Adc n’ont pas cru devoir dévoiler l’identité.

Désagrément

Même sur notre insistance et le fait que la réunion de crise initialement prévue dans la foulée par le ministre délégué à la présidence de la République chargé de la défense, Edgar Alain Mebe Ngo’o, vendredi dernier, n’ait pas eu lieu, témoigne de ce que, affirme-t-on à Adc, l’affaire n’était pas aussi grave.

Toujours est-il que cette dame aurait été libérée le week-end dernier. Non sans que cette affaire puisse susciter quelques sueurs froides dans l’entourage des passagers, et créé la panique générale, ainsi que le courroux des voyageurs qui auront subi quelques désagréments. Selon les informations recueillies auprès d’autres sources proches du dossier, « il va de soi que les passagers soient inquiets, surtout que le contrôle a dû prendre plus de deux heures de temps. Et, face aux problèmes de sécurité que nous connaissons ces derniers temps, il était idoine de prendre toutes les dispositions sécuritaires. »

Le fait majeur de cet incident qui n’est pourtant pas passé inaperçu, est le manque de collaboration dont ont fait montre les forces de sécurité en poste à l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen. Elles n’ont pas voulu se prêter à un quelconque commentaire sur la question, brandissant quelques fois des menaces à l’endroit du reporter du Messager. Dans leur entourage, c’est le silence radio. « Voilà nos bureaux, tu n’as qu’à y aller pour voir si nous gardons quelqu’un ici. Nous ne sommes encore au courant de rien », précise un inspecteur de police. Avant de poursuivre que « c’est à l’instant que nous apprenons l’information… »

Pourquoi ce silence ? Bien malin celui qui oserait s’aventurer à donner une explication. Il est vrai que la direction générale des Adc confirme que tout doute a été levé après les enquêtes ; mais le mutisme des policiers de l’aéroport n’est pas pour rassurer en tout cas. Il reste tout de même que cette affaire pourrait connaître un autre épisode, au sortir des multiples réunions sécuritaires qui se sont déroulées ce jour à l’aéroport de Yaoundé.

Source : © Le Messager
Par Gibrile KENFACK TSABDO

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