Cameroun – Adamaoua : vers un effondrement de la filière bovine

Cette riviére est un grand abreuvoir, deserté par ceque les bergers craignet d'y conduire les boeufs | © CAMERPOST/OB
Cette riviére est un grand abreuvoir, deserté par ceque les bergers craignet d’y conduire les boeufs | © CAMERPOST/OB

Les actions conjuguées des coupeurs de route et des preneurs d’otages risquent d’anéantir cette activité, pourvoyeuse d’emplois dans cette partie du Cameroun.

4/5 éme du cheptel bovin national se trouve dans l’Adamaoua, selon des chiffres officiels. Les plus grands éleveurs du Cameroun sont de cette partie du Cameroun. Un seul éleveur  peut totaliser des dizaines de mille de tête de bœufs. Et le département de la Vina a une particularité. C’est dans cette unité administrative que vit la race bovine appelé « Goudaali » qui n’existe nulle par ailleurs.

Mais l’élevage dans l’Adamaoua, contrairement à d’autres régions, comme l’Extrême-Nord par exemple, ne se fait pas avec un berger qui veille sur le troupeau 24/24. Ici, la pratique voudrait que le berger se contente de rassembler le troupeau le matin « Djagnol » et le soir. Le reste de la journée, les animaux divaguent sur des distances minimales de 5km. Pendant ce temps, les bergers s’occupent des travaux champêtres ou de la réfection de leur case, selon les saisons. Ainsi, l’agriculture et l’élevage constituent les deux principales sources de revenus de la région.

C’est justement à ces deux secteurs que les preneurs d’otages s’attaquent. Des bergers ont fini par fuir leur bergerie abandonnant troupeau et champs à la recherche d’une terre sécurisée, de plus en plus rare. Les propriétaires de bétails changent d’activités en vendant l’essentiel de leurs bêtes pour s’acheter qui un camion, qui un bus, motivés surtout par l’avènement d’une route bitumée allant de Douala à Kousseri via Ngaoundéré. La filière bovine s’effondre donc doucement.

La conséquence peut atteindre jusqu’à dans les tables des habitants de Yaoundé, Douala, Ebolowa, Limbé, Kribi, autant de villes ravitaillées par les bœufs élevés dans l’Adamaoua. Ce sont de milliers de têtes que l’on embarque chaque soir dans le train ou simplement dans des camions.

La conséquence est aussi sociale.  Le secteur bovin emploie de milliers de personnes. De bergers aux bouchers en passant par des commerçants, des vétérinaires, des peintres (si si, il faut des peintres dans un marché à bétails pour indiquer que telle bête est déjà vendue etc), des pharmacies spécialisées, des chauffeurs, il y a de milliers de familles qui doivent désormais se chercher. Les communes comme Belel, Ngaoui, et autres vivent essentiellement de taxes prélevées dans les marchés à bétails. Un marché hebdomadaire comme celui de Tello dans la Vina n’a d’égal que celui d’Adoumri dans le Nord. Au moins, 7 à 800 têtes de bœufs  y sont vendues chaque semaine. L’élevage de bovins est aussi sentimental. «Il est difficile d’envisager un scenario où nous vivons sans nos bœufs », déclare hadji Moussa, éleveur dans la Vina.

© CAMERPOST par Ousmane Biri

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