Cameroun – Adamaoua : Qui est la cible des preneurs d’otages ?

Les preneurs d'otages privilégient les éleveurs des bovins, leurs proches mais aussi les agriculteurs. | Illustration/DR
Les preneurs d’otages privilégient les éleveurs des bovins, leurs proches mais aussi les agriculteurs. | Illustration/DR

Ils privilégient certes les éleveurs des bovins et leurs proches, mais aussi les agriculteurs.

Depuis 2013, les preneurs d’otages ciblent avec une nette précision les  éleveurs de bovins. Au commencement, ils venaient les enlever dans les bergeries, puis les conduisaient dans les zones frontalières avec la RCA.  Mais ce modus operandi a connu une mutation. Ces bandes armées viennent directement dans les domiciles de leurs cibles  nuitamment. « Ils sont très bien renseignés, constate Hamidou, éleveur à Belel.  Ils ciblent ceux qui ont les moyens de payer la rançon ».

Un prospère éleveur dans la Vina, ex-otage a accepté de parler à CAMERPOST sous anonymat. Nous l’appelons Alhadji Ba’a. Son ranch est situé non loin de Mayo Rey dans le Nord, et lui-même vit dans la Vina, région de l’Adamaoua.  « Je savais que j’étais leur cible. Ils ont envoyé à maintes reprises mes bergers m’en informer. En fait, ils ont demandé que je paye de façon régulière un impôt pour qu’ils me laissent en paix, ainsi que mes proches et mes animaux. J’ai refusé. J’ai fait plus de six mois sans aller dans ma bergerie. Puis, un matin sans avertir qui que ce soit, j’ai pris non pas la voiture, mais une moto. Une fois  sur place, ils ont surgi de nulle part en me narguant. J’étais vraiment étonné de leur capacité de renseignements. Ils m’ont dit qu’ils sont au courant de tous mes mouvements », raconte-t-il.

Notre source a passé deux semaines avec ses ravisseurs. « Ils m’ont bien traité. Ils me respectent d’ailleurs. Un d’entre eux, visiblement leur chef, m’a dit qu’ils n’allaient jamais me tuer. Lorsque j’ai voulu comprendre pourquoi, ils m’ont dit que c’est parce que, si on me tue, mes enfants vont bousiller tous mes biens, et ils n’auront rien, mais tant que je vis, ils vont toujours réussir à m’enlever et ainsi recevoir leur rançon ».

Depuis 2015, ils ciblent les femmes qu’ils trainent avec eux pour susciter la prompte réaction des maires. « Ils savent que les femmes sont fragiles, et personne ne peut accepter que son épouse, sa fille, ou sa mère reste en captivité pendant longtemps. Chacun va se débrouiller à trouver la rançon qui s’élève à hauteur de millions. Il y a deux semaines, ils ont enlevé loin de Tello, une femme, après avoir blessé grièvement par balles Saidou, son mari.

« Ils sont venus le soir. Le chef de famille était en déplacement. Ils l’on attendu sachant qu’il allait rentrer.  Justement, Saidou, est rentré vers 20 heures. Avant qu’ils ne descendent de sa moto, il est entouré par ces bandits qui tentent de l’attacher. Il engage une bagarre, voyant surtout que sa femme et ses enfants ont les mains liées. Ils sautent de sa moto, enlève son couteau. Pris de peur par cette détermination, l’un des assaillants ouvre le feu. Saidou est atteint par deux balles à proximité de la poitrine et à l’épaule. Ses jours sont en dangers. Son épouse et ses enfants sont toujours en captivité », raconte les larmes aux yeux, un membre de sa famille.

© CAMERPOST par Ousmane Biri

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