Cameroun – Adamaoua : La note salée des prises d’otages

Des éleveurs derriére leurs boeufs | © CAMERPOST/OB
Des éleveurs derriére leurs boeufs | © CAMERPOST/OB

Des preneurs d’otages dictent leur loi dans cette partie du Cameroun. Ils enlèvent des Camerounais, et exigent des dizaines des millions en guise de rançons. CAMERPOST a fait une enquête et vous propose une série de dix articles pour mieux comprendre le phénomène.

Tout commence en 2013. Cette année là, la région de l’Adamaoua commence à accueillir les réfugiés centrafricains. Ils fuient la guerre civile qui se déroule dans ce pays au lendemain de la chute du régime de François Bozizé. Des camps ont été alors ouverts par diverses organisations humanitaires dont le Haut-commissariat des Nations-unies pour les réfugiés (HCR).  Les sites choisis sont situés pour l’essentiel dans le département de Mberé.

Au cours de la période, la criminalité transfrontalière s’installe. « Tout commence par le vol de bétail. Les bœufs constituent la cible privilégiée.  Les zones concernées à cette époque sont celles situées tout au long de la frontière avec la Rca », confie une source militaire à CAMERPOST. Ces bandits viennent toujours en bandes. Ils sont armés des fusils. Des ex-otages ont dit qu’ils sont sans pitié.

Ils avaient un besoin clair : les bœufs ou l’argent. Nous sommes en juin 2013.  L’arrondissement de Belel dans la Vina vit dans une insécurité sans précédent.  Les éleveurs ne peuvent plus se rendre dans les bergeries, où ces bandes armées régent en maître absolu à côté des bergers terrifiés et terrorisés permanemment. « Ils nous demandaient de payer les impôts pour ne pas être enlevés ou même tués. Nous payions. Nous n’avons pas le choix. Les autorités ne nous aident pas », avoue un éleveur aujourd’hui installé dans une autre ville.

Pris de peur, des villageois ont fui pour s’installer en ville, notamment Ngaoundéré, supposée être sécurisée. Des quartiers comme Banyamnga et Mbideng ont vu leur population doubler en moins de deux ans. Ces surplus sont ces éleveurs ayant abandonnés leur cheptel.  Les bandits ayant appris cette débandade changent de stratégie. Ils passent aux enlèvements. « Ils volaient les bœufs. Ils se sont rendu compte que ces bêtes sont encombrantes, surtout qu’ils les ramènent en Rca. Ils ont alors opté pour les prises d’otages. Ils visent surtout les éleveurs qui viennent une fois par mois dans les bergeries en cachettes. Ils étaient renseignés sur leurs allées et venues. Ils réclament toujours entre dix et 20 millions cfa », avoue une source. Et justement, les familles des otages paient.

Les busines sont donc juteux. Le phénomène est sorti de l’arrondissement de Belel pour embraser les autres coins de la région. A ce jour, seul le département de Mayo Banyo est à l’abri. Depuis le début de l’année 2016, plus vingt personnes sont retenues en captivité et des rançons sont réclamées. Certaines ont été versées. Entre juillet et décembre 2015, 56 cas de prise d’otages avec demande de rançons, 27 attaques de bandes armées ont été répertoriées par les services de sécurité.

Pour le lamido de Meiganga, fin connaisseur du phénomène, le malheur de la région vient de son hospitalité envers les réfugiés centrafricains. Il déclare que ces réfugiés ne sont plus dans les camps. Pour diverses sources contactées, ces ravisseurs seraient des Centrafricains.  Dans tous les cas, l’on craint un autre foyer d’instabilité dans cette partie du Cameroun.

© CAMERPOST par Ousmane Biri

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