Cameroun – Adamaoua :  Comment la population gère les prises d’otages

Une vue de la population de Ngaoundéré dans l'Adamaoua | Illustration/DR
Une vue de la population de Ngaoundéré dans l’Adamaoua | Illustration/DR

En l’absence d’une réponse militaire adéquate, chaque famille s’organise pour se défendre.

Saibou, loyal et excellent berger est aujourd’hui un prospère propriétaire de bétails dans l’arrondissement de Nganha, département de la Vina. CAMERPOST a pu le joindre au téléphone un soir du 15 janvier 2016. « Appelle-moi demain stp. Un peu occupé », dit-il d’une voix basse et chevrotante. L’un des informateurs de CAMERPOST conclut que Souaibou est certainement pris en otage parce qu’il annonçait en journée la présence des hommes armées dans la zone. Il nous suggère de téléphoner le fils de l’éleveur. L’appareil sonne, puis au bout une voix peureuse murmure : « nous sommes en brousse ». Le lendemain, l’on apprendra qu’en réalité, ils dorment dans les bosquets loin de leur case pour échapper à tout enlèvement.

« Dès que le soleil se couche, toute la maisonnée rentre en brousse et abandonne les cases. C’est notre stratégie pour échapper aux enlèvements. J’ai travaillé pendant environ 20 ans pour avoir mon troupeau, je ne peux pas m’amuser à aller le brader pour payer une rançon à des voyous », raconte notre source. Mais à discuter avec lui, l’on sent quelqu’un qui a vraiment peur. « Les gens ont vu ces bandits dans la zone. Ils sont très nombreux et hyper armés. Avec mon couteau et mes flèches je ne peux rien », dit-il résigné.

Mais lui et certains de ses voisins ont une solution. « Nous allons regagner Mbang Mboum. Là-basau moins, c’est un village où vivent près de mille personnes, peut-être auront-ils peurs de venir nous kidnapper », pense-t-il. Au moment où vous lisez ces lignes Saibou habite Mbang Mboum, mais sa crainte n’est pas dissipée. « Ma famille est moi sommes peut-être hors de leur portée, mais mes bœufs alors ; C’est une partie de moi… », dit-il avant de promettre aller dans son pâturage seul.

Dans l’arrondissement de Nyambaka, c’est la même option qui a été prise. Des éleveurs ont abandonnés les bergeries, d’autres ont vendu les animaux. Certains téméraires ont choisi de rester et faire face à la situation ; C’est le cas d’un certain Saidou aujourd’hui hospitalisé. Il vit dans l’arrondissement de Belel. Lorsqu’une nuit, les preneurs d’otages arrive et cherche à attacher ses mains, il refuse et engage une bagarre armée de son couteau. Constatant sa volonté d’en finir avec eux, un des preneurs d’otages lui a tiré plusieurs balles. Sa femme et ses enfants ont été kidnappés.

© CAMERPOST par Ousmane Biri

Fin de la série