Cameroun – Accès au foncier : 90 % des résidents de Douala n’ont pas de titres fonciers

90 % des résidents de Douala n’ont pas de titres fonciers | Ph. Illustration

Les enjeux de la sécurisation de l’habitat ont été expliqués aux populations de Bonendalè jeudi dernier, par le Codas Caritas qui sillonne les quartiers de Douala ces derniers jours, pour les entretenir sur les contours de l’obtention d’un titre foncier.

Les populations de Bonendalè, dans l’arrondissement de Douala IVè, se disent inquiètes quant à leur futur dans ledit quartier. Elles l’ont fait savoir aux membres du Codas Caritas (une ONG de l’Archidiocèse de Douala), qui organisait le 08 décembre 2016, une séance d’informations sur l’obtention d’un titre foncier au Cameroun. En effet, ces populations, qui vivent sur l’emprise de la défunte Régie nationale des chemins de fers devenue Camrail, se posent mille et une questions.

« Serons-nous déguerpis un matin ou pas ? On nous a dit de reculer nos maisons de 15m, tantôt de 35m …On se demande bien jusqu’où allons-nous reculer ? », s’interroge un chef de quartier présent à ces échanges. « Toujours identifier le type de terrain sur lequel on est installé. Est-ce un domaine public, privé, national etc., ? Car à chaque type de terre, correspond une démarche précise », rétorque le jurisconsulte, Jean Martin Kemajou, qui révèle que près de 90% des résidents de la capitale économique n’ont pas de titres fonciers.

Face à une population installée depuis plus d’un demi-siècle sur des espaces appartenant à Camrail, le spécialiste laisse entendre qu’il est important pour les populations de cette localité-là de savoir qu’il y a des textes à respecter en matière de sécurisation de l’habitat. Des explications qui n’empêchent toutefois pas les riverains de s’inquiéter davantage. « Il est bien beau de nous instruire sur comment obtenir un titre foncier ; mais comment parler de foncier quand on nous dit que nous sommes installés ici à Bonendalè-Gare de manière provisoire ? Or, je vis ici depuis 1974», fait remarquer P. Joseph, pour qui, le foncier est inenvisageable pour la plupart d’entre eux.

« Personne n’a de titre foncier ici ! Qui va te le délivrer ? Nous sommes sur les emprises de la régie nationale de chemin de fer qui nous l’avait donnée en précisant que c’est provisoire », martèle-t-il. Pour lui, la démarche du Codas Caritas ne prendrait pas en compte leurs doléances. Arguments battus en brèche par Jean Pierre Kemajou, qui invite les populations de Bonendalé Gare à plus d’attention et de vigilance.

« La communication que nous passons aujourd’hui est opportune et appropriée. Nous sommes en train de dire aux gens que nous vivons dans une République qui est régie par des lois et textes dont il faut s’en approprier, pour ne pas tomber dans les travers et être victimes des déguerpissements barbares », explique l’expert. Selon lui, au-delà de ces informations sur le foncier, un accompagnement est apporté aux populations riveraines regroupées au sein de l’association Corrail, pour l’élaboration d’un plaidoyer pouvant pousser l’Etat à déclasser ce domaine.

« S’ils ne viennent pas tous rejoindre l’association des habitants des rails et qu’ils continuent à évoluer en rangs dispersés, il nous sera difficile d’obtenir gain de cause », indique-t-il. Pendant l’échange interactif, qui a duré près de quatre heures d’horloge, les populations ont reçu de la documentation en anglais et français, pour leur permettre de mieux comprendre les procédures. Parmi les documents ayant capté l’attention des riverains, le guide Opérationnel de l’accès à la propriété foncière et au logement décent.

Avant la rencontre du quartier Bonendalè, la caravane de sensibilisation s’était arrêtée jeudi dernier aux quartiers Gentil, Song Mahop et Soboum à Douala.

Source : © LE QUOTIDIEN DE L’ECONOMIE

Par Joseph Roland Djotié & Ruth Estelle Belinga

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