Cameroun – 08 mars 2016 : Lettre de Maurice KAMTO à la femme

Maurice KAMTO écrit à la femme camerounaise | Illustration/Archives
Maurice KAMTO écrit à la femme camerounaise | Illustration/Archives

Message du Président National du MRC à la femme camerounaise à l’occasion de journée internationale de la femme 2016.

Chères mamans,  femmes et filles du Cameroun, mes chères compatriotes.

Comme chaque année, vous allez célébrer dans quelques heures une nouvelle édition de la journée internationale de la femme. Cette 31ème édition a été placée sous le thème fort évocateur : «Égalité de sexes et autonomisation des femmes : gagner le pari, surmonter les obstacles».

Depuis sa création en 1986, les autorités de notre pays veulent imposer à cette journée une connotation qui n’honore pas la femme camerounaise. D’années en années, les clichés se suivent et se ressemblent. Les pouvoirs publics ont transformé cette importante journée en une fête du port du pagne à travers l’organisation de défilés géants avec des messages partisans qui n’ont rien à voir ni avec la quête de l’égalité par les femmes, ni avec la recherche de la dignité et de la reconnaissance de celles-ci. Ce folklore mal inspiré a pour seul objectif l’infantilisation de la femme camerounaise. Ce n’est pas cette image-là que nous, au MRC, avons de la femme camerounaise. Elle n’est pas, suivant une réputation méritée, seulement belle. Elle est intelligente, forte et travailleuse.

Comme vous le savez, cette année, c’est une fête qui se déroulera dans un contexte très particulier. En effet, notre pays traverse l’un des moments les plus tristes de son histoire, avec la guerre non conventionnelle que la secte « Boko Haram » impose à nos populations, en particulier celles de la Région de l’Extrême-Nord, et à laquelle nos vaillantes forces de défense et de sécurité font face avec héroïsme. Je vous exhorte à avoir une pensée profonde, et là où cela est possible un geste de solidarité et de compassion pour les orphelins, les veuves et les veufs meurtris par cette ignoble barbarie.

Chères mamans, chères sœurs,

La fête doit nous aider à oublier le temps d’une journée nos difficultés quotidiennes, mais elle ne peut pas effacer la réalité profonde de notre société dont vous êtes le socle. Accordons-nous un tout petit instant pour regarder cette réalité en face. Le chômage des jeunes, vos enfants, demeure chronique. L’eau potable et l’électricité demeurent des denrées rares et hors de portée de la grande majorité des familles camerounaises. Les soins de santé de base que tout État normal a l’obligation d’assurer à sa population sont un luxe dans notre pays, et la déchéance de notre système de santé n’épargne aucun Camerounais ordinaire, fût-il du corps médical. Je pense au récent décès subit à Douala de cette jeune femme médecin, faute de soins appropriés qui lui auraient permis d’accoucher dans de bonnes conditions.

Notre pays traverse l’un des moments les plus tristes de son histoire, avec la guerre non conventionnelle que la secte « Boko Haram » impose à nos populations et à laquelle nos vaillantes forces de défense et de sécurité font face avec héroïsme.

Pouvait-on imaginer un seul instant que plus de 50 ans après l’indépendance, des femmes mouraient encore dans notre pays de suite d’accouchements difficiles, faute de soins adéquats ? Pouvons-nous rester silencieux devant un tel drame qui met directement en cause le système de santé dans notre pays ? Non, nous avons le droit de nous indigner, et la femme camerounaise a le devoir de réfléchir à son sort.

Femmes camerounaises de nos villages et des quartiers pauvres de nos villes, votre vaillance et votre ténacité ne sont plus à démontrer ; vous êtes celles-là qui, aujourd’hui, doivent soutenir toute la famille grâce à vos petites activités de débrouillardise, au moment où la plupart des hommes sont réduits au chômage et contraints à rester à la maison, faute d’une véritable politique de soutien et d’accompagnement qui leur aurait permis de se reconvertir dans des métiers comme l’agriculture, l’élevage, la pêche, et j’en passe. A vos enfants, ceux qui ont la charge de gouverner demandent de retourner au village cultiver la terre, mais on ne sait quelles terres ni avec quels moyens. Allez-vous continuer à vous nourrir de promesses fallacieuses qu’ils vous servent d’année en année?

Dans mon discours de l’année dernière à la même occasion, j’insistais sur la nécessité de rendre effectif dans notre pays l’égalité des droits des femmes par rapport aux hommes, dans tous les secteurs de l’activité sociale, économique et de la conduite des affaires du pays. Je cherche en vain des progrès à ce sujet. Pire, les femmes continuent de subir des violences conjugales inqualifiables. Combien sont-elles qui sont chassées de leur foyer conjugal selon les humeurs des leurs époux ? Comment oublier ces jeunes filles éventrées et dépecées dont on retrouve les corps éparpillés dans nos grandes villes? Comment oublier cette jeune fille du quartier Kotto à Douala, brillante jeune élève qui s’est vue enlevée la vie de manière atroce par son petit ami ? Comment ne pas évoquer la petite Eva, cette enfant tuée à la fleur de l’âge à Douala, qui est devenue le symbole de la lutte contre les crimes rituels auxquels le gouvernement ne s’attaque pas résolument ?

Ce régime est en voie de manipuler, une fois de plus, notre Constitution dans le seul souci de confiscation du pouvoir.

Face à ces souffrances des femmes, au martyr de nos filles, le régime en place est préoccupé par une seule chose : s’agripper au pouvoir par tous les moyens, y compris les plus sordides. Occupé qu’il est à orchestrer des motions de soutien puérils et des appels honteux à une candidature et à l’anticipation de l’élection présidentielle, ces compatriotes qui prétendent parler en vos noms n’ont pas le temps pour régler les problèmes de la société camerounaise, et ceux des femmes en particulier, dans un pays où celles-ci font 55% de la population totale. Quelles sont les structures et infrastructures mises en place pour permettre à nos mamans de pouvoir écouler leurs productions agricoles dans les grands centres ? Qu’ont-ils fait en matière de transport urbain, depuis l’alerte donnée par nos enfants, étudiantes et étudiants, sur les conditions de transport moyenâgeux pour aller suivre leurs cours dans des conditions inhumaines. Même à l’occasion de cette fête du 8 mars, qui est censée être un moment où chacun doit faire un effort pour vous entendre, ils vous bâillonnent, interdisent vos réunions publiques pourtant régulièrement déclarées. Ils n’ont que faire de vos problèmes.

Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) vous propose de tourner la page d’un régime qui en 33 ans n’a pas pu vous sortir de la misère, et ne le fera jamais. Ce régime est en voie de manipuler, une fois de plus, notre Constitution dans le seul souci de confiscation du pouvoir. Ne vous laissez plus berner! Tout est possible, et tout dépend de vous, car lorsque la femme s’engage aucun obstacle ne résiste.

Inscrivez-vous massivement sur les listes électorales, et encouragez vos époux, vos enfants et vos connaissances à s’inscrire également. Soyez prêtes à voter et à défendre vos votes le moment venu. Le vrai pouvoir est entre vos mains. Ensemble tournons la page le moment venu, par les urnes et dans la paix, pour la Renaissance de notre pays.

Vive la femme camerounaise, pour que vive le Cameroun!
Bonne fête des femmes!

Maurice KAMTO,
Président National du MRC,
Yaoundé, le 06 mars 2016

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