Burkina Faso : l’armée s’impose face à la contestation de la rue, Zida rencontre l’opposition – 02/11/2014

Burkina: l'armée s'impose face à la contestation de la rue, Zida rencontre l'opposition
Burkina: l’armée s’impose face à la contestation de la rue, Zida rencontre l’opposition

L’armée s’est imposée dimanche au Burkina Faso à coups de gaz lacrymogène et de coups de feu vers le ciel face à des manifestants qui contestaient sa prise de pouvoir, trois jours après la chute du président Blaise Compaoré.

En fin d’après-midi, le nouvel homme fort du pays, le lieutenant-colonel Isaac Zida, a rencontré pendant une petite heure l’opposition à Ouagadougou, a constaté un journaliste de l’AFP.

Au terme de la réunion, aucune information n’a filtré sur les discussions. Etaient présents le chef de l’opposition Zéphirin Diabré, l’ancien ministre des Affaires étrangères Ablassé Ouedraogo, l’ancien président de l’Assemblée nationale devenu opposant Roch Marc Christian Kaboré, et le leader du parti sankariste Bénéwendé Sankara.

Cette rencontre s’est tenue peu après une démonstration de force de l’armée.

En début d’après-midi, des soldats du régiment de sécurité présidentielle, unité militaire d’élite dont M. Zida était le commandant en second, ont tiré plusieurs rafales en l’air et pris le contrôle du bâtiment de la radio-télévision nationale, la RTB, d’où ils ont chassé une foule de manifestants et évacué le personnel, ont constaté des journalistes de l’AFP. La RTB avait repris ses émissions en début de soirée.

Simultanément, l’armée a investi la place de la Nation, tirant en l’air, lançant des grenades lacrymogènes et faisant fuir les milliers de personnes qui y étaient réunies, selon un journaliste de l’AFP. La foule n’avait cessé dimanche de grossir sur la place, lieu emblématique de l’insurrection populaire qui a poussé le président Compaoré à la démission vendredi après 27 ans au pouvoir.

Jeudi, des milliers de personnes avaient incendié le parlement et d’autres bâtiments officiels pour protester contre un projet de révision de la constitution qui lui aurait permis de prolonger encore son pouvoir. Une trentaine de personnes ont été tuées dans les émeutes, selon l’opposition.

Dimanche, c’est contre son successeur autoproclamé que la mobilisation s’est poursuivie, les manifestants brandissant des pancartes “Non à la confiscation de notre victoire, vive le peuple!”, ou encore “Zida dégage”.

La haute hiérarchie de l’armée avait adoubé samedi le lieutenant-colonel Isaac Zida, 49 ans, qui a pris la tête du régime provisoire. Le nouveau chef militaire a promis un processus “démocratique” associant toutes les forces vives de ce pays pauvre du Sahel comptant quelque 17 millions d’habitants, mais il est resté flou sur les modalités de la transition.

Son coup de force de dimanche sonne comme un défi aux Etats-Unis qui avaient appelé, quelques heures plus tôt, “l’armée à transférer immédiatement le pouvoir aux autorités civiles”. Washington, allié privilégié du Burkina dans la lutte contre les jihadistes au Sahel, a également condamné “la tentative de l’armée burkinabè d’imposer sa volonté”.

La constitution burkinabè, que les militaires ont suspendue, prévoit que le président de l’Assemblée nationale assure l’intérim en cas de vacance du pouvoir.

– L’opposition débordée par la rue –

La médiation internationale tripartite au Burkina, conduite par l’ONU, l’Union africaine et la Cédéao, l’organisation régionale de l’Afrique de l’Ouest, a évoqué la menace de “sanctions”.

“Nous espérons qu’il y aura une transition conduite par un civil, conforme à l’ordre constitutionnel”, afin d'”éviter pour le Burkina Faso la mise en place de sanctions”, a déclaré l’émissaire de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest, Mohamed Ibn Chambas.

Le président ghanéen John Dramani Mahama, qui dirige actuellement la Cédéao, a appelé “au dialogue” et à la retenue, pour éviter que “la situation déjà précaire” ne dégénère.

Visiblement hésitante, peut-être dépassée par le rythme rapide des événements, l’opposition n’avait pas semblé exclure dimanche en début de journée une entente avec les militaires. Son chef, Zéphirin Diabré, n’était pas venu au rassemblement des contestataires car il rencontrait des représentants de l’armée au même moment, selon son entourage.

Dans la rue, les contestataires montraient leur déception.

“Notre lutte maintenant, c’est le départ pur et simple du lieutenant-colonel Zida”, a lancé Abdoulaye Traoré, un chômeur de 33 ans, resté discuter sur la “place de la Révolution”, ainsi que l’a rebaptisée le peuple, comme dans les années 1980, au temps de Thomas Sankara.

Cette icône du panafricanisme, assassinée le 15 octobre 1987 lors du coup d’Etat ayant porté Blaise Compaoré au pouvoir, est toujours dans les mémoires des Burkinabè. Sa veuve Mariam Sankara a estimé dans un communiqué qu’en renversant le président, “la jeunesse burkinabé a réhabilité Thomas Sankara”.

Elle a demandé que M. Compaoré, qui après sa prise de pouvoir avait mené une politique de “rectification” marquée par l’élimination d’opposants, réponde “de ses actes et de ses crimes de sang”.

A des milliers de kilomètres de cette confusion, l’ex-président jouit de la tranquillité d’un refuge doré à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire voisine où il est arrivé vendredi soir, dans une des résidences les plus prestigieuses du pays dirigé par son ami Alassane Ouattara.

Paris, ancienne puissance coloniale et premier bailleur de fonds du Burkina Faso, ne s’est pâs encore exprimée sur les derniers événements, suivis de très près en France et dans plusieurs pays africains dont les chefs d’Etat envisageaient, comme M. Compaoré, de modifier leur constitution pour se maintenir au pouvoir.

Source: AFP

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