Brésil : Retour de l’ex-président Lula au gouvernement dans un climat de tension

La présidente du Brésil Dilma Rousseff et l'ancien président Luiz Inacio Lula Da Silva à Sao Paulo au Brésil, le 13 octobre 2015 | © AFP/Miguel Schincariol
La présidente du Brésil Dilma Rousseff et l’ancien président Luiz Inacio Lula Da Silva à Sao Paulo au Brésil, le 13 octobre 2015 | © AFP/Miguel Schincariol

Poursuivi depuis peu dans une affaire de corruption et de détournement, l’ex-président Luiz Inacio Lula da Silva a été nommé ce mercredi ministre, chef de l’administration civile par la présidente Dilma Roussef. Cette dernière elle-même menacée de destitution par la rue. Il s’agit du poste le plus élevé du gouvernement. Dilma Roussef avait elle-même été chef de cabinet de Lula lorsqu’il était président, avant de lui succéder en 2010.

Une nomination opportune pour Lula

Pour beaucoup, l’entrée de Lula au gouvernement n’est qu’une manœuvre pour tenter de se soustraire à la justice. L’ex-Président est accusé d’avoir bénéficié des largesses d’entreprises ayant détourné des fonds de Petrobras. Il faut aussi préciser que c’est après le mandat d’amener délivré contre lui le 4 mars par Sergio Moro le juge en charge de l’affaire, que Dilma a eu l’idée de lui offrir un portefeuille. Le but serait de mettre Lula à l’abri du juge, censé statuer sur une demande de mise en examen et d’arrestation préventive de l’ex-Président, émanant du parquet de Sao Paulo. Les ministres sont en effet jugés par la Cour suprême, dont Lula avait lui-même nommé plusieurs membres. Comment dans ces conditions, ne pas l’accuser de vouloir échapper à la justice ?

De nombreux brésiliens ont accueilli l’annonce avec ironie, reproduisant en boucle sur les réseaux sociaux une phrase prononcée par Lula en 1988 quand il est syndicaliste: « Au Brésil quand un pauvre vole, il va en prison. Quand un riche vole, il devient ministre! »

Bien que son image soit écornée par ses récents déboires judiciaires, Lula jouit encore d’une aura considérable et d’une capacité de négociation qui fait cruellement défaut à Dilma Rousseff en ces temps de crise politique majeure et de récession économique.

Lula, sauveur de Roussef et du Brésil ?

Lula  va utiliser sa grande intelligence pour tenter de sauver sa protégée de l’impeachment, alors que la procédure, déclenchée en décembre, doit reprendre cette semaine. Il devra user de son talent de négociateur pour dissuader le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB), formation du vice-président Michel Temer, soit l’homme appelé à remplacer Dilma Rousseff si elle était destituée, de rompre avec le gouvernement et ainsi de préserver la présidente. Lula est en effet chargé de rassembler les parlementaires autour de Dilma Roussef, et de barrer la route à la procédure de destitution de la présidente, qui doit être votée à la majorité des deux tiers dans les deux chambres du congrès. Le mouvement populaire favorable à la mise en accusation a rassemblé plus de trois millions de personnes dans les rues, lors de la manifestation de dimanche.

L’autre grande mission de Lula consistera à tenter de relancer une économie aux abois. L’ex-chef de l’Etat aurait exigé d’avoir les coudées franches pour prendre un virage à gauche dans la politique économique.

Quoi qu’il en soit, le couple Lula-Roussef n’est pas sans rappeler un autre tandem… Poutine-Medvedev !

© CAMERPOST par Eliane Ndounkeu

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