Boko Haram – Issa Tchiroma Bakary : « Faisons confiance au BIR» – 17/05/2014

« (..) Je peux vous parler du BIR qui est une 1ère en Afrique. Aucun pays africain en tout cas de la sous-région et même au-delà ne dispose des hommes et femmes de qualités équipés et surentraînés pour faire face à ce genre de situation »

Issa TCHIROMA, Ministre camerounais de la Communication
Issa TCHIROMA, Ministre camerounais de la Communication

Le contexte

Dans la nuit du 27 au 28 septembre 2008, des assaillants à bord de trois embarcations, ont débarqué vers 1 heure du matin dans la ville balnéaire de Limbe. Aussitôt ils avaient établi un périmètre de sécurité dans le quartier administratif (Down Beach) où ils avaient opéré tranquillement. Aucun des assaillants n’avaient été aucunement inquiétés

Dans la nuit du 18 au 19 Mars 2011, des malfrats lourdement armés et munis de gilets pare-balles avaient attaqué et dévalisé Ecobank à Bonabéri en périphérie de Douala, canardant tout sur leur passage. Ils étaient tranquillement repartis à la fin de l’opération.

Le 18 Novembre 2013, une colonne de près de 400 rebelles centrafricains a attaqué par surprise le village de Gbiti, un village d’environ 600 familles de l’est du Cameroun situé à quelques encablures de la frontière avec la République centrafricaine (RCA). L’attaque avait causé 7 morts côté camerounais et les rebelles s’en étaient tirés en toute impunité.

Dans la nuit du 16 au 17 Mai 2014, la petite localité de Waza dans l’extrême nord Cameroun a été témoin d’une invasion barbare. Les voyous, venus à bord de pickup ont procédé à une opération éclair avant de s’évaporer dans la nature, sains et saufs. Bilan: un chinois abattu, dix autres introuvables. Officiellement les assaillants n’ont pas pu être identifiés mais le mode opératoire portait la signature de la tristement célèbre Boko Haram.

Face à cette agression de trop, nous avons interpellé le ministre de la communication Issa Tchiroma Bakary. C’était au cours de l’émission antenne libre animée par Chris Wes à Montréal et Jolibeau Koube à Douala

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Christ Wes: Monsieur le Ministre bonsoir et merci d’avoir accepté notre invitation.

Issa Tchiroma: Le plaisir est toujours partagé de mon côté, également bonsoir Cameroonvoice.

Christ Wes: Mr le Ministre a chaud, nous apprenons qu’il y a une situation sécuritaire précaire du côté de Waza. Pouvez-vous nous en dire plus?

Je dirai oui, je confirme que notre pays continue malheureusement de faire l’objet d’une agression de la part de ces extrémistes qui font tout pour déstabiliser et violer le fonctionnement normal de la vie de nos compatriotes de l’extrême nord en général plus en particulier de Waza.

Christ Wes: Mr. le Ministre confirmez-vous que ce soit le groupe Boko Haram qui soit l’auteur des attaques du cote de Waza ?

À l’heure où je vous parle, je n’ai pas encore reçu les éléments de langages de la part du Ministre de la défense, des relations extérieurs et de l’administration territoriale. Parce que moi je ne porte que la voix du gouvernement et je ne déclare que ce qui est exact. C’est pour cela que les différents départements ministériels impliqués dans les opérations me donnent des éléments de langage. Mais à l’heure où je vous parle, je n’en ai pas. Mais ces enlèvements, ces péripéties, ces crimes, portent la marque des insurgés Boko Haram.

Christ Wes: À l’heure actuelle pas de confirmation que ce soit le groupe Boko Haram. Avez-vous déjà un bilan des dégâts?

Je vous disais tout à l’heure que les autorités compétentes de la défense et l’administration territoriale n’ont pas encore donné des éléments. Tout ce que je vous dis relève de la rumeur et je ne suis pas autorisé à relayer la rumeur, mais je confirme qu’il y a eu un mort à Maroua, je confirme qu’il y a agression et prise d’otages. Mais je ne saurais le nombre et les circonstances. Tout au long de la semaine lorsque les différentes administrations par leurs collaborateurs sur le terrain auront donc les éléments de langage, à ce moment, je convoquerai la presse nationale et internationale pour mettre à leur disposition des informations fiables.

Jolibeau Koube: Mr. le Ministre, si ces informations sont confirmées, c’est à dire si Boko Haram est à l’origine de cette nouvelle agression contre le Cameroun dans la zone de Waza, ne serait- il pas une attaque de trop qui pourrait entrainer une réaction ferme du gouvernement camerounais ?

Je pense que vous avez suivi l’intervention du président du Cameroun lors de la conférence de presse des chefs d’états africains (Cameroun, Tchad, Nigeria, Bénin et Niger) hôtes du président Français. À l’occasion de cette rencontre, l’intervention du président du Cameroun, le Président Biya a déclaré la guerre à Boko Haram. Pas juste lui, les autres chefs d’états d’un commun accord et à l’unisson ont déclaré la guerre à Boko Haram. Ils acceptent de partager les informations avec l’assistance des puissances occidentales. France, USA, Angleterre.

Jolibeau Koube: Mr. le Ministre vous parlez de la réunion de Paris qui a réuni les présidents africains autour de François Hollande. Encore une fois l’Afrique règle ses problèmes à l’extérieur. Est-ce que ce n’était pas une occasion pour les pays africains riverains du Nigeria de se réunir en Afrique pour trouver des solutions africaines à cette situation? Avaient-ils besoin du président Français pour organiser une réunion et mettre en œuvre des stratégies ?

Je voudrais vous rappeler que les chefs d’états gouvernent des états. Les états ont des âmes et les états sont sans état d’âme. Je vous dis une chose que vous pouvez vérifier.

Aucun pays africain en particulier les 5 que j’ai énumérés plus haut ne disposent de moyens satellitaires,  des moyens d’informations, d’interceptions des messages téléphoniques et d’autres pour pouvoir localiser et neutraliser cette secte qui dispose des armes hautement sophistiquées.

Vous autres êtes encore dans le complexe pourquoi pas en Afrique, pourquoi pas en Afrique. Nous avons déjà franchi cette étape-là cher Monsieur. Nous sommes dans la phase où il faut conjurer un mal. Le démon est désormais dans la maison. Il faut absolument l’extirper. Alors si vous êtes encore au niveau de l’Afrique, nous n’avons pas de drônes vous le savez autant que moi s’il vous plaît.

Jolibeau Koube: D’accord Mr. le Ministre. On se serait attendu face à une crise pareille, à une campagne de sensibilisation des camerounais face à un ennemi commun qui est Boko Haram. On n’observe rien de tel, ce qui laisse à des supputations. Est-ce que le gouvernement n’est pas en mesure de mobiliser les camerounais contre le phénomène Boko Haram?

Cher Monsieur. Je voudrais vous dire que relativement au département dont je préside à savoir la communication, à partir de la semaine prochaine après le 20 mai, je réunirai naturellement la presse pour mettre en place une stratégie de la gestion de la presse en période de crise. Je ne saurai parler à la place du chef de l’État, ni même à la place du chef du gouvernement.

Mais très certainement, il y aura une stratégie gouvernementale qui mobilisera toute la nation. Pour la bonne raison que la notion de défense au Cameroun est une notion populaire. Un peuple défend son territoire, son intégrité, son indépendance. Donc ce peuple souverain doit être informé à tout moment de la situation sur comment se mobiliser. C’est ce qu’il faut faire.

Jolibeau Koube: Mr. le Ministre ici à Douala de nombreux camerounais sont inquiets .Qu’avez-vous à leur dire ?

Je leur dirai tout simplement, la peur est notre pire ennemi, l’inquiétude est notre pire ennemi. Désormais nous passons de la victime collatérale des exactions de Boko Haram et pratiquement à celui de partie prenante de ce conflit-là.

Vous savez, c’est un conflit interne au Nigéria. C’est un conflit dur malheureusement qui s’est déporté et répandu sur notre territoire. Nos populations en sont victimes. Voilà donc ce que je peux vous dire. Dès le retour du chef de l’État, probablement demain, il prendra toutes les mesures nécessaires pour faire face à toutes les critiques.

Je dis aux camerounais: n’avez pas à avoir peur. Je peux vous parler du BIR qui est une 1ère en Afrique. Aucun pays africain en tout cas de la sous-région et même au-delà ne dispose des hommes et femmes de qualités équipés et surentraînés pour faire face à ce genre de situation.

Maintenant qu’on passe à une phase supérieure, avec l’information qui viendra de nos populations. Il est question d’inviter nos populations à apporter des informations à nos forces de défenses et de sécurité pour débusquer et mettre hors d’état de nuire Boko Haram.

Donc que nos compatriotes qui sont à la diaspora comme à l’intérieur du pays, qui pourraient éventuellement vous suivre n’aient pas à avoir peur. Ils n’ont pas à s’inquiéter. Qu’ils sachent que la stratégie a changé. Avant le Cameroun subissait mais désormais il n’est plus question de subir. Le Cameroun se prépare à rendre coup pour coup, jusqu’à ce que la communauté internationale vole au secours de notre sous-région pour qu’ensemble on puisse neutraliser et éradiquer le mal.

Jolibeau Koube: On parle de Boko Haram au nord du Cameroun, il y a également notre frontière Est c’est à dire avec la RCA. On assiste à la fuite massive de réfugiés à l’est du pays qu’en est-il exactement de cette situation Mr le Ministre?

D’abord vous avez raison de mentionner cette situation. À l’heure où je vous parle, nous abritons 90 milles refugiés centrafricains qui sont accueillis dans 5 ou 6 campus organisés avec l’assistance des organismes des Nations Unis, le HCR, L’EU ainsi de suite. Là également sur le front de l’est nous prenons toutes les mesures de sécurité. Grâce à la présence à nos côtés de nos amis européens qui disposent des moyens beaucoup plus sophistiqués que ceux à notre disposition. Nous ferons également bénéficier de cette nouvelle synergie pour faire face à quelques agressions que ce soit.

Chris Wes: Mr le Ministre merci d’avoir pris de votre temps ce soir, en ce moment de crise pour donner vos impressions à chaud sur la situation à Waza. Nous serons encore heureux d’avoir de vos nouvelles dans les prochaines semaines quand on aura plus d’informations sur cette situation.

Écoutez, je vous remercie comme toujours. Chaque fois que vous aurez besoin de moi je répondrai. Et comme je vous l’ai dit je vais organiser une rencontre avec toute la presse la semaine prochaine car nous avons notre partition à jouer dans cette gestion de crise.

Source : Cameroon Voice

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