Birmanie : Htin Kyaw, le premier chef d’Etat civil après des décennies de junte prête serment

Le nouveau président birman Htin Kyaw prête serment devant le parlement, mercredi 30 mars 2016 | © Keystone
Le nouveau président birman Htin Kyaw prête serment devant le parlement, mercredi 30 mars 2016 | © Keystone

Le nouveau président birman, un proche d’Aung San Suu Kyi, a prêté serment aujourd’hui mercredi devant le Parlement à Naypyidaw, marquant le début d’une nouvelle ère pour ce pays qui a subi des décennies de domination militaire.

Dès le départ, Htin Kyaw a en effet accepté ce rôle de doublure de la prix Nobel de la paix, empêchée de devenir présidente en raison d’une loi de la Constitution. En effet, cette dernière interdit l’accès à la magistrature suprême à quiconque ayant des enfants de nationalité étrangère. La Dame de Rangoun a en effet deux enfants britanniques. Aung San Suu Kyi qui a affirmé être « au-dessus du président » n’a pas réussi à faire changer la Constitution pour devenir présidente, et a choisi de placer à ce poste un homme de sa garde rapprochée. Elle-même sera à la tête d’un très grand ministère nouvellement crée comprenant entre autres les affaires étrangères.

C’est l’instant que les partisans de la démocratie attendaient depuis plus de cinquante ans : la remise du pouvoir à des responsables politiques démocratiquement élus, en l’occurrence ceux de la Ligue nationale pour la démocratie (LND).

 Avec l’élection de l’allié de Suu Kyi, les militaires s’effacent en partie car ils sont en fait toujours dans l’ombre de cette passation de pouvoir. Ils sont présents, par exemple, dans le Parlement où ils occupent 25 pour cent des sièges.

Portrait de ce président de substitution

Diplômé d’économie à Rangoun en 1962 puis à Oxford dix ans plus tard, Htin Kyaw est connu sous le pseudonyme de Bala Dan. Agé de 69 ans, il est le fils d’un écrivain et poète birman renommé Min Thu Wun, qui avait été élu député au scrutin non reconnu de 1990. Le père de son épouse est également un des cofondateurs de la LND. Htin Kyaw est un proche de longue date d’Aung San Suu Kyi. Une anecdote voudrait qu’il lui ait même servi de chauffeur personnel un temps.

Htin Kyaw a promis la réconciliation nationale, ainsi qu’un système fédéral pour la Birmanie. « Je promets d’être fidèle au peuple de la république birmane », a-t-il déclaré. A ses côtés, ses deux vice-présidents. L’un d’eux est justement un ancien militaire, un proche de l’ancien dictateur et avait paraît-il, tenté de faire assassiner la prix Nobel de la paix.

Le nouveau président civil a aussi précisé aussi qu’« il est de notre devoir de travailler à la rédaction d’une Constitution qui convienne à notre pays et qui respecte aussi les règles démocratiques ».

© CAMERPOST par Eliane Ndounkeu