Bilan du 2ème Sommet sur la sécurité sous-régionale : Comment Paul Biya a marqué les travaux d’Abuja et séduit la communauté internationale

Le président nigérian Muhammadu Buhari et le président camerounais Paul Biya, lors d’une conférence de presse commune | © MAMAFRIKA
Le président nigérian Muhammadu Buhari et le président camerounais Paul Biya, lors d’une conférence de presse commune | © MAMAFRIKA

Par deux fois, en l’espace de deux semaines, le président Paul Biya a séjourné à Abuja au Nigeria. La première fois, c’était les 3 et 4 mai 2016. La seconde fois, c’était du 14 au 15 mai. Ces deux séjours sont globalement positifs. Si la première visite d’Amitié et de Travail qui a permis l’entretien entre Paul Biya et Muhammadu Buhari fut essentiellement d’ordre bilatéral, la seconde a revêtu un caractère multilatéral et spécifique : le bilan de la lutte contre la secte terroriste Boko Haram et marque l’entame d’une nouvelle forme de guerre humanitaire contre la pauvreté et le sous-développement ayant fait son lit dans les zones infestées par le terrorisme transfrontalier. Une fois de plus, le président Paul Biya était au rendez-vous.

Au contraire du premier Sommet qui eut l’honneur de rassembler cinq chefs d’Etats africains (Goodluck Jonathan Ebelè, l’alors président du Nigeria, Mahamadou Issoufou du Niger, Thomas Yayi Boni du Benin, Idriss Deby Itno du Tchad et Paul Biya du Cameroun). Ces chefs d’Etat, dont deux ne sont plus en postes, étaient en conclave avec le président français, François Hollande, le 14 mai 2014 à l’Élysée, à Paris, au début de la croisade militaire internationale contre la secte nigériane… Le récent Sommet d’Abuja a réuni pas moins de 10 présidents africains : Muhammadu Buhari du Nigeria, Patrice Talon du Bénin, Faustin Archange Touadera de la RCA, Ali Bongo Ondimba du Gabon, Idriss Deby Itno du Tchad, John Dramani Mahama du Ghana, Teodoro Obiang Nguema de la Guinée équatoriale, Mahamadou Issoufou du Niger, Macky Sall du Sénégal, Faure Gnassingbé du Togo et Paul Biya du Cameroun. Comme en mai 2014, à l’Élysée où Paul Biya avait surpris le monde entier en déclarant officiellement la guerre à Boko Haram qui multipliait des incursions meurtrières au Cameroun, l’histoire se réécrit au présent de l’indicatif, en termes de bilan, en ce mois de mai 2016. L’emprise territoriale de Boko Haram a reculé au Nigeria, ai Niger, au Tchad, au Cameroun et autour du lac Tchad.

En deux ans, le Cameroun, le Nigeria, le Tchad et le Niger ont eu raison de cette nébuleuse transfrontalière. Autrement dit, l’histoire donne raison au président Paul Biya qui fut l’un des premiers à préconiser une guerre globale contre la secte paramilitaire qui s’amplifiait en prenant une envergure transfrontalière. Qui pourrait en douter un seul instant?

Le temps et l’action conjugués des pays de la sous-région a permis à Boko Haram de déchanter. Paul Biya n’a donc pas eu tort de déclarer officiellement la guerre à Boko Haram. Les résultats sont probants. Le chef de l’Etat camerounais a eu à le reconnaître au cours de l’allocution prononcé à Abuja : « je dirai que ce Sommet, dont l’importance n’échappe à personne, a tenu ses promesses. Il nous a permis, d’une part, de faire le bilan des décisions qui avaient été prises à Paris en 2014 et, d’autre part, de jeter les bases d’un certain nombre d’actions pour les années à venir. Sur le premier point, nous avons pu constater que les décisions en question ont eu des effets positifs. La coopération entre les pays de la zone de front a permis d’enrayer les attaques de Boko Haram et de neutraliser sa capacité offensive. L’organisation terroriste en est réduite aujourd’hui à des attentats-suicide qui sont en quelque sorte l’arme des faibles et des lâches… » Encore que sur ce plan des opérations kamikazes, Boko Haram est en perte de performances et d’exploits criminels. Est-ce pour autant une raison de sen réjouir à n’en point finir, ou de dormir sur ses lauriers ? Que non ! Une fouis de plus, le chef de l’Etat camerounais reconnu comme l’un des promoteurs de la Force Mixte Multinationale et l’un des artisans du déclin de la secte criminelle évite tout triomphalisme tout autant qu’il s’abstient de déclarer la fin de la guerre contre Boko Haram. Il l’a souligné avec force à Abuja : « L’efficacité de la lutte contre Boko Haram doit également beaucoup au soutien de nos grands partenaires internationaux, notamment les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, la Chine, la Russie et l’Union Européenne. Bien entendu, l’Union Africaine, à travers la Force Mixte Multinationale, a apporté une contribution déterminante. Je dois également mentionner l’aide aux réfugiés et aux déplacés qui a été dispensée par le Haut-commissariat des Nations Unies aux Réfugiés et par les organismes humanitaires comme Médecins Sans Frontières… »

Une nouvelle guerre commence contre le sous-développement

Pour le président Paul Biya, l’affaiblissement de la force de frappe de Boko Haram ne doit nullement impliquer sa reddition automatique. Toutefois, il urge de se remettre sur les chantiers de la reconstruction et sur les sentiers du développement intégral de la zone des combats et des exactions de la secte criminelle : « Pour ce qui est de l’avenir, il a été envisagé de maintenir et de développer la coopération militaire entre les pays de la CBLT, coopération qui a fait ses preuves. Nous avons également convenu d’accorder une attention particulière à certaines questions spécifiques : la situation des réfugiés et des personnes déplacées, la reconstruction des infrastructures dans les zones détruites par Boko Haram… »

Humaniste, Paul Biya l’a été tout au long des travaux d’Abuja. L’homme reste au centre de tout développement et dans la lutte contre la pauvreté : « Je rappelle que c’est par une amélioration des conditions de vie des populations et un accès élargi à l’éducation que nous pourrons efficacement prévenir la réapparition de phénomènes comme Boko Haram. Enfin, le Sommet s’est penché sur le plan de développement et d’adaptation aux changements climatiques de la zone du Lac Tchad. La mise en œuvre de ce grand projet aura valeur d’exemple. »

La nécessité des actions globales en Afrique

Ainsi qu’il l’a toujours martelé, la guerre contre le terrorisme sahélien doit se faire de manière globale et plus élargie encore. Paul Biya est constant dans ce constat : « J’ai été très heureux que plusieurs de nos collègues d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique Centrale nous aient rejoints. Ce qui me laisse penser que la sécurité, en tant que problème commun à nos deux régions, est en train de faire son chemin… » N’est-ce pas là, les fondations posés par le président Paul Biya pour la constitution d’une véritable Force Mixte Militaire panafricaines ? L’idée, fera certainement son bonhomme de chemin dans le futur. Pour le moment, le président camerounais est en accord parfait avec son homologue français, sur la nécessité absolue de rester vigilant dans la guerre asymétrique que les pays du Lac Tchad mènent ensemble contre Boko Haram. Comme on le sait, Boko Haram a fait allégeance à l’Organisation de l’Etat Islamique et se fait désormais appeler « Etat islamique en Afrique de l’Ouest », et opère encore quelques attentats suicides sur le sol nigérian et bien au delà. Pour le président Paul Biya, il n’est donc pas question de baisser la garde contre Boko Haram, ce groupe terroriste reste une menace, car l’ennemi ne dort jamais, comme dit l’adage. Pour tout dire, l’émergence économique des pays africains passe par la maîtrise totale des tranchées dans la guerre contre le terrorisme.

Par Samuel Vincent Mboumbouo à Douala
Correspondance particulière

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