Artémisinine : un “espoir” pour la pharmacopée africaine

La professeur chinoise, Tu Youyou, a obtenu le Prix Nobel de médecine suite à la découverte de l'artémisinine | © AFP/STR
La professeur chinoise, Tu Youyou, a obtenu le Prix Nobel de médecine suite à la découverte de l’artémisinine | © AFP/STR

L’artémisinine, issue d’une plante médicinale, dont la découverte a valu à la professeur chinoise Tu Youyou le Prix Nobel de médecine, permet de sauver des millions de vies dans le monde contre le paludisme, dont notamment en Afrique où cette distinction est saluée comme un “espoir” pour la pharmacopée.

La réussite de l’artémisinine “nous donne un véritable espoir pour le développement de la médecine traditionnelle, parce qu’il y a des gens qui l’ont regardée de façon dédaigneuse au début”, a souligné dans un entretien à Xinhua le Camerounais Jean Louis Essame Oyono, directeur de l’Institut d’études médicales et de recherches des plantes médicinales (IMPM), à capitaux publics.

Aujourd’hui âgée de 84 ans, la chercheuse Youyou Tu, ex-professeure de l’académie de Beijing qu’elle avait rejointe en 1965 après des études de pharmacie au sein de l’université de la même ville, s’est distinguée pour ses travaux dans la médecine traditionnelle chinoise où elle avait réussi à dégager parmi 400 extraits actifs l’efficacité d’une molécule de plante, l’artémisinine, pour la lutte contre le paludisme.

Fruit d’une mission collective, cette découverte est vite apparue comme un tournant important pour l’élimination de cette maladie tropicale connue comme un problème majeur de santé publique.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 200 millions de personnes en sont touchées dans le monde et près de 600.000 décès ont été enregistrés en 2013, pour la plupart des enfants d’Afrique, où elle est présentée comme la première cause de mortalité. Pays endémique d’Afrique centrale, le Cameroun estime à 40% la part des dépenses de santé consacrée par les ménages pour y faire face.

ÉVÉNEMENT HISTORIQUE

“Il est de la responsabilité des scientifiques de continuer à lutter pour la santé de tous”, a déclaré la professeure Youyou Tu lors de la réception de son Nobel de médecine. Pour le professeur Essame Oyono, c’est un moment historique qui marque le couronnement des études sur les plantes médicinales, à partir d’un pays encore connu il n’y a pas longtemps comme un pays en voie de développement.

C’est un “pied de nez” aux avatars qui ont laissé penser que la médecine traditionnelle est “une médecine qui n’a aucun caractère cartésien, aucune méthodologie. Mais on se rend compte que cette médecine a une efficacité insoupçonnée et dans des problèmes qui sont des problèmes de santé de grande portée”, se félicite le chercheur et professeur de médecine camerounais.

Dans les circuits camerounais d’approvisionnement et de distribution des médicaments essentiels, les traitements à base d’artémisinine occupent une place privilégiée. Ce qui n’est pas pour déplaire aux populations, nanties ou démunies, dont beaucoup se bousculent pour solliciter les services des équipes médicales chinoises présentes dans le pays.

C’est notamment le cas de l’Hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Yaoundé, construit avec le concours d’un financement chinois, où les taux de fréquentation sont croissants surtout pour les soins d’acupuncture, signe des effets bénéfiques d’une coopération sur laquelle par le pouvoir camerounais met un point d’honneur, en application d’une politique de diversification des partenariats.

Dans le cadre de cette coopération, l’Institut d’études médicales et de recherches des plantes médicinales, sous tutelle du ministère de la Recherche scientifique et de l’Innovation, est lié depuis 1985 à l’Université de Zhejiang en Chine par un projet de coopération sur la formation, la recherche et la valorisation des plantes médicinales.

En ce moment, un accord de partenariat est en négociation avec une firme chinoise. “Il nous manque ce qu’a fait la Chine : c’est de pouvoir domestiquer la plante, de pouvoir la multiplier, de pouvoir la rendre industrielle. Nous pensons que nous allons tirer profit de leurs connaissances, de leur savoir-faire afin que nous aussi nous tirions profit de nos plantes médicinales et de notre médecine traditionnelle”, explique le professeur Essame Oyono.

“C’est également, précise-t-il, une des missions de l’IMPM, en concertation avec l’IRAD [Institut de recherche agricole pour le développement], de pouvoir reprendre toutes nos plantes médicinales, de voir celles qui sont les plus actives et qui luttent contre les maladies prioritaires”.

“Maintenant avec les changements climatiques, poursuit-il, les plantes médicinales vont perdre leurs principes actifs et devenir de plus en plus rares. Donc, il est utile et il est important que la science arrive à développer cette pharmacopée, afin qu’elle devienne industrielle.”

ARTEMESIA AFRICANA

Le développement d’une industrie pharmaceutique tirée du patrimoine naturel est cependant pour le moment illusoire, faute de matière première. Car, il existe au Cameroun comme quelques autres pays africains une plante médicinale présentant des similitudes avec l’artemasia anua chinoise, d’où l’appellation artemesia africana ou africanus.

Cette plante pousse pour l’essentiel de façon sauvage et n’est pas domestiquée, à part de modestes expériences paysannes sans grande portée menées à travers la mise en place de petits jardins botaniques à Dschang, une ville de l’Ouest où le climat et le sol se révèlent propices à une telle culture.

Dans cette région, avec l’appui de plantations créées par des communautés locales, une usine avait été implantée pour la fabrication de la chloroquine, utilisée dans le traitement du paludisme. A cause de la résistance que la maladie avait fini par opposer au médicament, le projet avait dû être abandonné.

Selon le professeur Jean Louis Essame Oyono, un autre projet similaire est aujourd’hui en gestation, concernant une usine semi-industrielle de médicaments à base de plantes, suite à l’élaboration grâce à un financement de l’Union africaine (UA) d’un fichier d’environ 6.000 plantes médicinales, parmi lesquelles “il y a au moins une centaine qui ont des possibilités de traitement du paludisme”.

Pour le succès du nouveau projet, le cancérologue préconise d'”encourager les Camerounais, en leur disant que les plantes médicinales peuvent également leur rapporter de l’argent. Maintenant, il faut que ces plantes médicinales soient de bonne qualité. C’est pour cela que nous allons nous employer à faire des jardins botaniques pour avoir des plantes médicinales avec une forte teneur en principes actifs”.

Pour lui, c’est important pour faire baisser le coût des médicaments dans le pays, avantage déjà offert par les produits à base de l’artémisinine mise au jour par la professeure Youyou Tu.

Source : © Agence de presse Xinhua

Par Raphaël MVOGO

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