André Manga : Quatre dates et quatre concerts pour la bassiste camerounais – 20/01/2015

André Manga, en pleine action (Photo d'archives)
André Manga, en pleine action (Photo d’archives)

Concerts et ateliers sont au menu du séjour du bassiste camerounais au pays.

Douala. Les 29 et 30 janvier 2015. Quelques jours auparavant, Yaoundé. 23 et 24 du même mois. 4 dates, 4 concerts. Avant ces doubles rendez-vous dans les Instituts français dans les deux villes, un atelier de trois jours avec de jeunes musiciens locaux. « Collaboration Kamer », pourrait-on appeler ce séjour du bassiste André Manga sur sa terre natale, lui qui vit aux Etats-Unis. Car en plus des sessions de formation, c’est avec des musiciens du terroir que l’artiste va se produire sur scène.

Une mission de transmettre à la jeune génération pour l’ancien chef d’orchestre de Manu Dibango, qu’il considère comme son père spirituel. Partager donc, mais pas seulement avec les musiciens. Egalement avec le public, qu’il estime avoir évolué dans ses goûts : « Je vais raconter une anecdote. Mon premier album (« Mother Rythm », 1998, ndlr) a souffert d’un manque de reconnaissance localement. Le deuxième album par contre, on le trouve difficilement de nos jours, parce que les Camerounais se le sont arraché. Et là, je dois je dois faire une réédition, parce qu’ils en redemandent. Ça montre le chemin parcouru. Il y en a qui veulent s’asseoir pour simplement écouter de la bonne musique ».

Bonne musique, c’est le leitmotiv de Julien Mbia, producteur de ces 4e, 5e, 6e et 7e spectacles d’André Manga au Cameroun: « Je pense qu’il est important que le public camerounais consomme tous ces talents de qualité qui portent haut notre pays à l’extérieur. Pour cela, il faut un cadre de travail sérieux. En prenant l’habitude d’écouter des mélodies de qualité, toute notre culture y gagne ». Rendez-vous donc avec celui qui collabore actuellement l’artiste américain, « The Voice » Josh Groban.

Parlant de collaboration, André Manga a notamment joué aux côtés de stars de divers horizons tels qu’Herbie Hancock, Paul Simon, Andrea Bocelli, Boys2Men…avec de nombreux compatriotes camerounais : Manu Dibango bien entendu, Marthe Zambo, Charlie Nelle, Eko Roosevelt, Lapiro de Mbanga, Dina Bell, Toto Guillaume, Ben Decca, Grace Decca, Léonie Manga qu’il est en train de produire.

Des expériences importantes pour le bassiste, lui qui, pour parler de son style déclare : « c’est une musique d’écoute qui retrace l’historique de la musique africaine en général, camerounaise en particulier, parce que c’est de l’afrojazz, avec la particularité que c’est Haute Définition. Dans mes deux albums (dont « Voyages » en 2011, ndlr), il y a des clins d’œil partout aux rythmes locaux et à la culture africaine en général ».

Source : © Cameroon tribune

Par Rita DIBA

André Manga : « Maintenant on a un public, une audience »

André Manga. Photo d'archives
André Manga. Photo d’archives

Pourquoi vous voit-on aussi peu au Cameroun ?

Il y a tellement d’obligations de l’autre côté. Mais je me suis rendu compte que j’étais en train de servir les autres. Je devais donc me rattraper.

 Il était temps d’aider les jeunes ici, de travailler avec eux. Une autre raison pour laquelle je venais aussi peu : il n’y avait pas un public pour ce que je fais. La plupart du temps ici, quand on invite des artistes, ce sont des artistes « populaires », qui font dans du « populaire ». Et nous qui faisons de la musique taxée « d’élitiste », on a toujours eu un souci. On était victimes d’une petite négligence. Mais maintenant, la tendance change, puisque qu’on a aujourd’hui des gens qui commencent à écouter ce genre de musique. On a un public, une audience.

Vous avez dit vous consacrer aux rythmes africains, qu’est-ce qui peut expliquer le désintérêt du public ?

Parce que même en faisant des rythmes du Cameroun, la nuance est que c’est fait dans un style moins populaire, ce n’est pas vraiment fait pour la danse, mais beaucoup plus pour l’écoute et le public camerounais ne se met à l’écoute que maintenant. Quand j’ai sorti le premier album en 1998 (« Mother Rythm », ndlr), il est passé un peu inaperçu parce que c’était basé plus sur la consommation d’écoute que sur la consommation corporelle de danse. Ça veut dire qu’on aurait du mal à danser André Manga en boite de nuit par exemple.

Que pensez-vous donc proposer au public camerounais ?

Une musique riche en couleurs. Mais surtout, le point important est que je voudrais faire découvrir au public les jeunes talents camerounais. Parce que j’ai pris 3 mois de mon temps pour travailler avec les musiciens locaux au lieu de venir avec un orchestre de l’extérieur, comme c’est l’habitude. Et là, il n’y a pas souvent de communion avec les jeunes musiciens, il n’y a pas d’échange réel. Donc je me suis dit que si je viens seul, je peux passer du temps à travailler avec eux, à les mouler de telle sorte qu’ils puissent m’accompagner. En même temps, ça leur permet de voir comment je travaille et fatalement d’apprendre une chose ou deux.

Et vous, qu’avez-vous appris en travaillant avec ces jeunes artistes ?

Déjà, j’apprends à recentrer mon image. J’apprends à me retrouver au pays. Ils m’apportent ce que j’avais depuis longtemps oublié. Ce sont des jeunes qui sont ici, ce sont les gardiens du terroir. Ils connaissent le mouvement actuel de la musique au Cameroun. Et surtout, j’ai appris que ces jeunes ont une bonne curiosité, ils ont vraiment le besoin d’être guidés et c’est la raison pour laquelle je suis content d’être là. Je me suis découvert cette auréole de parrain de beaucoup, tonton de plusieurs et j’avoue que c’est un pan de ma carrière que je n’avais pas prédit. Je découvre vraiment de jeunes gens qui sont talentueux, dynamiques. Ils m’apportent même des conseils.

Source : © Cameroon tribune

Par Rita DIBA