Amnsty International – Ilaria Allegrozi : « Le Cameroun n’a pas donné suite à notre requête »

Ilaria Allegrozi, Amnesty International | DR
Ilaria Allegrozi, Amnesty International | DR

La Chercheuse de Amnesty International pour l’Afrique centrale reparle des bavures camerounaises dans la lutte contre le groupe terroriste Boko Haram.

Votre rapport du 16 septembre relève des exactions imputables à l’armée camerounaise dans la lutte contre Boko Haram. Dans sa sortie du 17 septembre, le porte-parole du Gouvernement camerounais a réfuté ce qu’il qualifie d’allégations de votre part. quel est votre avis sur la question ?

Nous avons rencontré le Ministre camerounais de la Communication lors de la présentation du rapport. Nous avons eu un dialogue franc tant avec lui qu’avec d’autres autorités administratives. Parmi nos interlocuteurs nous comptions le Ministre des Relations extérieures, des responsables du Ministère de la Justice, le Secrétaire d’Etat à la Défense ainsi que de hauts gradés de l’armée. Le Ministre de la Communication avait admis l’existence de bavures dans la réponse de l’armée camerounaise à Boko Haram. 25 décès par exemple avaient été enregistrés suite à des arrestations effectuées le 28 décembre 2014.

Vous avez reproché aux soldats camerounais leur non-respect des droits de l’homme. De son côté le Gouvernement camerounais évoque l’existence d’un programme allant dans le sens du respect des droits de l’homme dans son académie militaire. Maintenez-vous vos accusations ?

Amnesty International sait parfaitement que dans les académies militaires et policières camerounaises, des modules de Droit international humanitaire font partie des programmes d’enseignement. Ceci est très important pour les troupes qui vont être déployées sur le terrain. Amnesty International encourage cependant les autorités camerounaises à s’assurer de la traduction pratique de ces notions théoriques, lors des descentes de l’armée sur le terrain.

Avez-vous rencontré les autorités camerounaises depuis la sortie médiatique le 17 septembre du Ministre de la Communication ?

Outre les personnalités déjà mentionnées, nous nous sommes entretenus lors de missions régulières au Cameroun avec le Président de la Commission des droits de l’homme, le Président du Tribunal militaire de Maroua, les régisseurs des trois prisons centrales et principale de Maroua et Yaoundé, le Président du TGI et le Procureur de la République de Maroua. Nous avons également consulté le Gouverneur de l’Extrême Nord, ainsi que les Sous-Préfets des Mokolo, Mozogo, Mora, Maga… etc… nous sommes restés en contact avec les autorités camerounaises et les avons informées de notre travail.

Depuis la publication du rapport, la situation décriée a-t-elle évolué ?

D’un point de vue sécuritaire la situation demeure volatile dans la Région de l’Extrême Nord, avec une série d’attaques suicide attribuées à Boko Haram. Elles semblent par ailleurs s’inscrire dans le cadre d’une attaque de grande ampleur visant systématiquement la population civile de la Région de l’Extrême Nord. La situation est préoccupante sur les plans sécuritaire, économique et humanitaire. L’on dénombre plus de 60 000 déplacés internes et environ 45 000 réfugiés nigérians à Minawao.

Au sujet des personnes interpelées à Doublé et Magdémé puis retrouvées mortes dans leur cellule en 2014, le rapport d’autopsie d’un médecin légiste parle d’intoxication alimentaire et d’empoisonnement à une substance traditionnelle. Dans votre rapport par contre vous parlez des mauvais traitements subis par les personnes interpellées, comme causes des décès sus évoqués. D’où tirez-vous vos informations ?

Le Gouvernement camerounais a attendu le 13 mars 2015 pour reconnaitre les faits. Il a alors déclaré que 25 détenus avaient perdu la vie dans la nuit du 27 au 28 décembre 2014 au quartier général de la Gendarmerie à Maroua. Lors d’une conférence de presse, le Ministre de la Communication a affirmé que seulement 70 présumés membres de Boko Haram avaient été arrêtés. 56 parmi eux ont été gardés dans un local aménagé pour la circonstance au quartier général de la Gendarmerie, toutes les autres cellules étant pleines.  Selon le Ministre de la Communication le tri des détenus devait être effectué le lendemain. Malheureusement 25 d’entre eux avaient déjà perdu la vie au petit matin. Il a ajouté en se basant sur le rapport du médecin légiste, qu’aucun de ces décès n’était le fait d’un acte délibéré de la partie camerounaise.

Des témoignages d’autres détenus indiquent que le nombre de victimes pourrait être encore plus important. Les prévenus auraient été placés dans deux cellules, soit 100 personnes par cellule. Du gaz aurait envahi l’une des deux pièces, provoquant des hémorragies nasales, des vomissements, des picotements dans les yeux et des difficultés respiratoires. Une substance toxique aurait été évoquée par d’autres sources. Une liste contenant les noms de 140 victimes a été communiquée à Amnesty International. L’organisme reste toutefois dans l’incapacité de confirmer ces statistiques, encore moins les causes exactes d’autant de décès. Une enquête indépendante et sérieuse devrait toutefois être faite pour établir la vérité. Neuf mois après les faits le Gouvernement n’avait toujours pas publié les noms des personnes mortes en détention, ni le lieu d’inhumation ni les causes de leur mort. Les témoins oculaires de cet épisode dramatique n’ont pas tous été entendus.

 L’affirmation du Gouvernement selon laquelle 70 personnes avaient été arrêtées ne correspond pas aux éléments d’information recueillis par Amnesty International. Ces informations indiquent que 200 personnes au moins avaient été arrêtées à Magdémé et à Doublé le 27 décembre 2014, et placées en garde à vue. Si l’on prend en compte les chiffres du Gouvernement selon lesquels 25 personnes auraient perdu la vie à la Gendarmerie de Maroua, il reste 175 des 200 personnes arrêtées dont l’on est sans nouvelles. De plus le registre de la prison ne mentionne que 45 personnes jamais transférées au quartier général de la Gendarmerie. Il manque donc 130 personnes, sans compter celles arrêtées dans les villages voisins.

Les familles de ceux des prévenus qui ne se trouvent pas dans la prison aujourd’hui, n’ont aucune information leur permettant de savoir si leurs proches sont toujours en vie. Amnesty International a communiqué ses conclusions aux autorités gouvernementales, avec lesquelles elle est restée en contact pendant la rédaction de ce rapport. Du courrier a été adressé le 8 juillet 2015, au Ministère de la Justice, au Ministre de la Défense, au Chef de la Police nationale et au Secrétaire général de la Présidence de la République. Il y était question d’obtenir des informations à jour sur plusieurs affaires. Les autorités camerounaises n’ont pas encore donné suite à cette requête.

© CAMERPOST par Propos recueillis par Olivier Ndema Epo

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1 Commentaire sur "Amnsty International – Ilaria Allegrozi : « Le Cameroun n’a pas donné suite à notre requête »"

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Appolinaire Mimbe

Excusez nous vraiment avec cette histoire, il n’y a pas qu’en Afrique où les sols sont favorables pour la culture des droits de l’homme Amnesty International, il y a aussi la France, les États-Unis et bien d’autres pays occidentaux, alors de grâce fichez nous la paix.

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