Afrique de l’Ouest – Ebola : un virus moins virulent mais une épidémie plus meurtrière – 13/06/2015

Une équipe de travailleurs Ebola en Sierra Leone cherche des malades et dispense des conseils à la population, le 27 mars dernier à Freetown | Michael Duff / © AP
Une équipe de travailleurs Ebola en Sierra Leone cherche des malades et dispense des conseils à la population, le 27 mars dernier à Freetown | Michael Duff / © AP

La souche du virus Ebola circulant actuellement en Afrique de l’Ouest serait moins virulente que celle découverte en 1976 au Zaïre. La mortalité très importante serait donc plutôt due à des facteurs socio-économiques.

La souche du virus Ebola à l’origine d’une épidémie sans précédent l’année dernière est moins virulente que la souche originale apparue pour la première fois en Afrique centrale en 1976, selon des virologues ayant comparé les deux virus.

Dans leur étude publiée mardi dans la revue Emerging Infectious Diseases, les chercheurs en virologie de l’Institut national américain de la santé et de l’Institut Bernhard Nocht de médecine tropicale à Hambourg expliquent: «En fait, cette nouvelle étude suggère que la souche actuelle du virus, dite Makona, a une moins grande capacité à provoquer des symptômes dans le modèle animal utilisé, comparativement à celle de 1976.»

Les chercheurs ont infecté deux groupes composés de trois macaques cynomolgus, les primates les plus utilisés en recherche biomédicale. Le premier groupe a été inoculé avec la souche Mayinga, isolée lors de l’épidémie au Zaïre en 1976, tandis que le second a reçu la souche actuellement implantée en Afrique de l’ouest.

Virus moins dangereux

Alors que les deux groupes de macaques infectés ont commencé à répandre le virus trois jours après la contamination, les singes infectés par le virus Mayinga ont développé des éruptions cutanées dès le quatrième jour de l’infection, plus rapidement que ceux infectés par la souche Makona (au sixième jour), et sont devenus très malades au sixième jour soit deux jours plus tôt que le groupe Makona (au sixième jour). De plus, les dommages au foie, typiques d’Ebola, se sont produits deux jours plus tard chez les primates affectés par la souche actuelle, comparativement à ceux contaminés par la souche virale de 1976.

La souche actuelle serait donc moins virulente que celle découverte il y a quarante ans. Pourtant, lors de son discours à la tribune de l’ONU en septembre dernier, la présidente de Médecins sans frontières Joanne Liu avait déclaré: «Six mois après le début de la pire épidémie d’Ebola de l’histoire, le monde est en train de perdre la bataille pour la contenir.»

Malheureux concours de circonstances

Pourquoi, si le virus est moins dangereux, l’épidémie encore en cours en Afrique de l’Ouest est-elle plus importante que toutes celles qui l’ont précédée? Dans une interview accordée au quotidien américain USA Today, le Dr Anthony Fauci, directeur de l’Institut national de l’allergie et des maladies infectieuses, explique ce paradoxe: «Ces résultats suggèrent que l’ampleur de l’épidémie n’est pas due au virus lui-même mais plutôt à une combinaison de facteurs, comme l’implantation du virus dans des villes très densément peuplées, avec des systèmes de santé défaillants et des flux humains importants aux frontières.» Reste à voir si ces résultats, obtenus avec des modèles animaux, seraient les mêmes chez des êtres humains.

Les virologues ont également noté que les macaques infectés par le virus actuel produisaient environ trois fois plus d’interférons gamma, des protéines du système immunitaire permettant de résister à l’agression virale, que ceux contaminés par la souche originelle. Selon eux, l’organisme, qui a besoin d’un minimum de sept jours après une infection pour établir une réponse immunitaire efficace, n’aurait pas le temps de se défendre contre la souche Mayinga en raison de la progression trop rapide de la maladie.

En 1976, l’épidémie d’Ebola s’était produite dans des zones rurales isolées et peu peuplées. Elle avait donc eu un impact plus faible: 318 morts «seulement» au Zaïre (aujourd’hui République Démocratique du Congo). L’épidémie actuelle, qui a débuté en décembre 2013 et à l’origine de la mort de plus de 11.000 personnes, n’est, elle, pas encore maîtrisée: l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a annoncé la survenue de 16 nouveaux cas de fièvre Ebola en Guinée cette semaine, et 15 en Sierra Leone.

Source : © Le Figaro.fr

Par Cécile Thibert